Réplique presque identique du célèbre établissement parisien, l’institution militaire d’Aïn Naadja figure parmi les meilleures du continent. Pourtant, les dirigeants algériens continuent d’aller se faire soigner à l’étranger.

Abdelaziz Bouteflika hospitalisé au Val-de-Grâce, l’ex-président Ali Kafi décédé dans un hôpital de Genève, Abdelmadjid Sidi Saïd, patron de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), soignant son hypertension en France, Abdelaziz Belkhadem, ex-patron du Front de libération nationale (FLN), admis à la clinique ophtalmologique Barraquer, à Barcelone, Abdelkader Messahel, secrétaire d’État aux Affaires africaines, récupérant d’une rupture d’anévrisme en Belgique… Depuis deux mois, la liste des personnalités algériennes parties se faire soigner sous d’autres cieux plutôt que dans les hôpitaux de leur pays est impressionnante. Une « tradition » inaugurée par Boumédiène, hospitalisé en octobre 1978 dans une clinique de Moscou pour soigner un mal mystérieux (la maladie de Waldenström, qui l’emportera trois mois plus tard).

Ce ballet de personnalités interpelle l’opinion, tant en Algérie qu’à l’étranger. Dans la presse populaire, on dénonce la nomenklatura qui se soigne en Europe, on moque Bouteflika, qui critique le système colonial français mais séjourne dans un hôpital parisien, on se gausse des carences du système de santé algérien et de l’incurie des gouvernants, qui ne consacrent que 3,6 % du PIB aux dépenses de santé, alors que les voisins marocains et tunisiens, nettement moins riches, y allouent le double.

Pourtant, il existe un « Val-de-Grâce » algérien, réplique presque à l’identique de cet hôpital du 5e arrondissement de Paris où le président Bouteflika a été admis le samedi 27 avril à la suite d’un accident ischémique transitoire (AIT), huit ans après y avoir séjourné pour soigner un ulcère hémorragique. L’hôpital central de l’armée (HCA), couramment appelé Aïn Naadja, figure pourtant parmi les meilleurs établissements d’Afrique. Médecine de qualité, matériel moderne, personnel hautement qualifié… Sa réputation n’est pas usurpée. Tous les VIP du pays y reçoivent des soins de qualité sans débourser un millime. Ou presque. Relevant de l’autorité militaire, interdit d’accès aux journalistes, cet hôpital n’a jamais livré aucun de ses secrets, surtout pas ceux de ses illustres patients.

Excellence

L’idée de doter l’armée d’un hôpital remonte à 1972. À l’époque, Boumédiène rêvait d’un hôpital moderne, avec 1 200 lits et toutes les commodités pour soigner militaires algériens et chefs d’État d’Afrique et d’Asie. C’était le temps où Alger était La Mecque des révolutionnaires. Mais, faute d’argent, le projet reste dans les cartons. Il faudra attendre presque dix ans pour que l’idée soit exhumée par Chadli Bendjedid, élu président en février 1979. Ironie du sort, ce dernier rendra son dernier souffle le 6 octobre 2012 dans cet hôpital dont il autorisa la construction en 1981. « L’édification du HCA était d’autant plus nécessaire qu’aux débuts des années 1980 le montant des prises en charge de nos malades à l’étranger était aussi élevé que le coût d’un hôpital », se souvient un officier à la retraite.

Confié à une filiale du français Bouygues, l’établissement, qui s’étend sur une superficie de 120 ha, est construit sur les hauteurs de la capitale. La proximité avec l’aéroport international et la présence d’un axe routier desservant les quatre coins du pays expliquent le choix du site. « Vous avez 80 millions de dollars, pas plus. Et je veux un hôpital de référence… », aurait dit Chadli aux militaires. Les premiers coups de pioche sont donnés en 1984. L’enceinte sera livrée clé en main trente-quatre mois plus tard. Quand le président l’inaugure, le 27 février 1987, les premiers patients ont déjà été pris en charge par les médecins qui officiaient auparavant à l’hôpital militaire de Maillot, dans le quartier de Bab el-Oued.

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