Autant le dire tout de suite, Youcef Nabi a changé de genre. La femme qu’elle est aujourd’hui est née garçon et si cette information devait être un problème, retenons que c’est le sien et qu’elle semble l’avoir réglé.

Youcef Nabi fait partie de ces élites algériennes de la trempe d’un Steve Jobs ou d’un Zuckerberg, capable de traduire toute idée créative en business additionnel. Si récemment Le Monde, Challenges, l’Express et d'autres médias en font le portrait c’est parce qu’elle était encore il y a deux semaines Présidente de la marque de cosmétiques Lancôme, symbole du luxe à la française.

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Pour y parvenir, son meilleur cocktail aura été : audace, humanité et pugnacité. Dans ce cursus, il aura fallu cocher toutes les cases : se réveiller stratégie, déjeuner marketing et s’endormir en pensant à la motivation de ses équipes. C’est d’ailleurs pour cela qu’au sein du groupe L’Oréal auquel la marque Lancôme appartient, son départ est vécu comme une véritable perte et que cette décision coûte sans doute quelques dollars à la cotation du groupe en bourse. Née en Algérie en 1968, « Sue » a obtenu son bac à 17 ans. Elle s’installe alors en France pour intégrer, après 2 années de prépa, l’Ecole nationale supérieure d'agronomie et termine son cursus par une spécialisation en marketing à l’ESSEC. Voilà un parcours des plus classiques pour les bons élèves dont fait partie Youcef.

Chef de secteur pendant 6 mois, son métier n’est alors que visites d’hypermarchés, mise en avant des produits dans les rayons et négociations des promos. Le métier de base mais aussi la base du métier de la grande consommation. Certains le font toute leur vie quand au bout de 6 mois, Youcef rejoint le siège du groupe pour intégrer la division marketing. C’était en 1994. Lancement après lancement, les innovations proposées par Youcef enchaînent les succès autant qu’elle gagne en séniorité et devient Directeur Marketing International de la marque « L’Oréal Paris » pour finir directrice générale en 2006. Pour se hisser à ce niveau, il faut être très bon. Youcef fait partie des meilleurs potentiels. Arabe et différente, parions que ce n’était pourtant pas gagné.

A son palmarès, la première senior dans la pub avec Jane Fonda. Julia Roberts qui devient ambassadrice de Lancôme. En terme de chiffres, la marque représente aujourd’hui 11% des ventes du groupe alors qu’en arrivant à sa tête en 2009, elle perdait année après année des parts de marché. Cette femme est le symbole d’une réussite personnelle et d’un échec national. Youcef aurait tant de choses à raconter aux étudiants des écoles de commerce en Algérie. Elle pourrait inspirer tant d’entrepreneurs, de patrons ou de dirigeants. Sur la stratégie ou l’innovation, il faudrait s’asseoir face a elle, faire silence et apprendre. Elle est le symbole de cette Algérie qui gagne à l’étranger. A elle seule, une sorte d’équipe de foot qui tous les jours marque des buts mais qu’on ignore. En claquant la porte de L’Oréal, ça n’est pas LVMH ou quel autre concurrent qui devrait la courtiser mais bel et bien l’un de nos champions nationaux. A moins qu’à ce niveau de compétences, il n’y a ait pas de terrain de jeu pour elle dans notre industrie. Si seulement nous faisions preuve de plus de tolérance, elle serait une ambassadrice iconique. Youcef fait partie de ceux qui ont ouvert une « brèche dans l’univers ». Souhaitons lui d’être heureuse et de bientôt venir donner une conférence dans son pays.

cleardot - Youcef Nabi, la transsexuelle algérienne qui a révolutionné le monde des cosmétiquesWael Hasnaoui