Revue de Presse. L’amour est réprimé au pont de Télemly à Alger

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Du rêve au cauchemar. De l’espoir au désespoir, est passé l’amour d’une jeunesse venue ce samedi, sceller son attachement à l’autre, au pont de Télemly, sur les hauteurs d’Alger. Après les intégristes qui ont trouvé dans cette initiative une forme d’«hérésie et de sorcellerie», c’est désormais la police qui prend le relais pour exiger : une autorisation administrative… pour s’aimer !


Samedi 14 septembre 2013. Il est 11 H. Quelques dizaines de jeunes et moins jeunes, pour la plupart en couple, arrivent au pont de Télémly. C’est la deuxième édition des «Cadenas d’Amour d’Alger», lancée le 7 septembre dernier, après que le symbole de leur amour, ait été brutalement arraché par ceux que les initiateurs de l’action nomment : «Les adeptes de l’archaïsme et les pêcheurs de l’hystérie. » Une banderole avait, pour rappel, pris place sur le grillage du pont et sur laquelle on peut lire : «Pas et pas de pouvoir que pour Dieu… Oh Dieu, ne nous punit pas pour ce qu’ont accompli les impies.» Sur la page Facebook des cadenas d’Amour d’Alger, les membres et adhérents à l’initiative n’avaient pas manqué de réagir : «Jusque-là, vous ne nous apprenez rien, car le pouvoir de l’amour fait aussi partie de celui de Dieu… Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi voulez-vous que Dieu vous punisse pour ce que nous avons nous-mêmes initié, si ce n’est que vous avez des choses à vous reprocher…». C’est à partir de là qu’une deuxième initiative a été décidée.

«Pas question de céder le terrain aux esprits rétrogrades», avaient lancé les initiateurs sur la toile. Il est 11h05, soit cinq minutes après l’arrivée des membres et adhérents à l’action des Cadenas d’Amour d’Alger, et la police débarque. Pris d’un excès de zèle, un policier ordonne, sur un ton et un geste quelque peu brusques, aux participants de quitter illico presto les lieux. Mais comme, personne n’est décidé à abandonner un idéal sur un pont que la génération d’amour d’Alger a voulu celui de l’espoir plutôt que du suicide, ce même policier passe aux menaces et à l’intimidation. Il commence d’abord par confisquer les cartes de presse de deux journalistes respectivement du quotidien l’Expression et l’Agence française de presse (AFP), qui sont, pourtant, venus assurer la couverture médiatique de l’évènement. A ceux qui sont venus sceller leur amour, il demande… une autorisation administrative. «Mais avons-nous besoin d’une autorisation pour s’aimer», réplique un des participants à l’initiative. Et au policier de répliquer sur un ton sec : «Oui.» En constatant que l’intervention de la police s’accorde avec leur position hostile à l’initiative, un groupe d’intégristes et de voyous saisissent l’opportunité, en s’emparant des lieux, menaçant et insultant cette jeunesse qui a eu, à leurs yeux, le «tort» de s’aimer.

La scène tournant au drame, une dame ne manque pas de marteler : «Les rêves et les espoirs s’évaporent sous la menace d’un service de sécurité qui semble avoir choisi son camp et des intégristes décidés à envenimer la vie de leurs égaux au nom d’un Dieu qu’ils croient eux seuls connaître et avoir sa bénédiction.»

Lu sur Le soir d’Algérie