Désigné en juin 2011 nouveau sélectionneur de l’équipe nationale, « coach Vahid » a réussi son pari en qualifiant les Verts à la Coupe du Monde au Brésil. Aujourd’hui, le technicien bosniaque fait l’unanimité en Algérie. Même si le doute plane encore sur son avenir à la tête de l’équipe d’Algérie, Vahid Halilhodzic figure naturellement dans le classement des douze personnalités qui ont marqué les Algériens cette années :

Article initialement publié le 19 juin 2013

L’image des Algériens à travers le monde est celle de gens plutôt râleurs, très nerveux et ivres de fainéantise, de désordre et de sensations fortes. Et même si nous sommes heureux de coller au stéréotype la plupart du temps, vient un moment où nous devons échapper aux chaînes qui nous retiennent.

Et les maillons de ces chaînes commencent à rompre grâce à un homme, Vahid Halilhodzic, le sélectionneur de l’équipe nationale de football. Oui, cet homme, cet étranger, a pris en main une équipe nationale qui reflétait parfaitement l’état d’esprit de la société algérienne. Une équipe où les égos prenaient le dessus sur le collectif, la mentalité rentière sur la nécessité de fournir des efforts, l’orgueil et l’arrogance faisait de l’ombre au dépassement de soi. Une équipe où une classe de privilégiée s’est approprié des acquis que nul n’osait remettre en cause. En somme, une équipe qui incarne par définition cet esprit algérien rétif à l’effort, au travail et à la persévérance. Mais voila que Vahid, le coach étranger, est venu briser cette  « sous-culture » qui façonnait notre subconscient. Une sous-culture qui gâchait notre vie puisqu’elle nous empêchait de profiter pleinement de nos compétences nationales. Des compétences méprisées et rejetées au nom de la sacro-sainte mentalité algérienne qui sacralise le népotisme, le clanisme et la favoritisme. Vahid Halihodzic a déclaré la guerre à ces vices qui rongent notre âme. Et ce n’était nullement une promenade de santé. Vilipendé et décrié par la presse sportive, le coach Vahid s’est retrouvé rapidement au cœur de la vindicte populaire notamment après l’échec de la CAN 2012. Un échec qui a fourni l’occasion à nos commentateurs sportifs de lâcher leur haine sur cet étranger qui est venu changer notre mentalité pour nous imposer l’ordre, la discipline, la ponctualité, la bonne éducation, l’élégance dans le comportement, le respect de la hiérarchie, le travail, la créativité et l’imagination dans le jeu, bref, toutes ces notions et valeurs incompatibles avec notre personnalité collective.

L’étranger fut attaqué, menacé et bousculé de toutes parts. Mais lorsque les victoires se sont enchaînées et les résultats ont été au rendez-vous, les mauvaises langues se sont tues. Oui, l’étranger avait finalement raison : le problème était finalement en nous. La nouvelle équipe nationale attaque, se montre généreuse, décomplexée et laisse libre court à son imagination. Elle ne se contente pas de défendre et d’attendre les assauts de l’adversaire à l’image de cette société repliée sur elle-même qu’elle représente. La nouvelle équipe nationale accepte de se remettre en cause et travaille pour s’améliorer au lieu de chercher tout le temps des excuses infondées à l’image de la météo ou du vent ! Et la nouvelle mentalité donne des résultats : l’Algérie s’est qualifiée pour  le dernier tour des éliminatoires de la Coupe du Monde. Ce qui est une performance après une série de défaites cuisantes. Vahid et sa philosophie a remis l’Algérie sur ses rails. Mais au final, ne faut-il pas des managers semblables à Vahid Halilhodzic dans les autres secteurs du pays pour sortir l’Algérie de l’ornière ? Ne faut-il pas des dirigeants de la trempe de cet entraîneur pour nous libérer de cette culture de la soumission à la fatalité et la sinistrose ? Ne faut-il pas des décideurs qui partagent la même philosophie et la même vision du monde ? Certainement oui. Mais pour donner naissance à de tels dirigeants, il faudra mettre un Vahid derrière chaque Algérien…

Abdou Semmar