Depuis plusieurs jours l’affaire Dieudonné prend des allures de scandale politique en France. L’humoriste accusé d’antisémitisme à cause de ses sketchs qui tournent en dérision la Shoah, a été officiellement interdit de produire son spectacle. Une première en France. 

Une première qui fait d’ores et déjà couler beaucoup d’encre car c’est le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative en France, qui est intervenue pour empêcher Dieudonné de donner son spectacle au Zénith de Nantes, première étape de la tournée nationale de l’humorist à travers tout le territoire français. Une intervention qui a choqué de nombreux juristes et défenseurs de la liberté d’expression. Une liberté d’expression qui aurait été violée, dénonce de nombreux observateurs français, par la méthode judiciaire utilisée pour museler la voix d’un humoriste aussi controversé soit-il.

Il faut savoir que le Conseil d’Etat français a annulé jeudi soir la décision rendue en début d’après-midi par le tribunal administratif de Nantes, qui avait suspendu l’arrêté d’interdiction du spectacle de Dieudonné en estimant notamment que« le risque de troubles publics causés par cette manifestation (…) ne pouvait fonder une mesure aussi radicale que l’interdiction de ce spectacle ». En temps record, et sans respecter la procédure imposée par la réglementation en vigueur en France,  le Conseil d’Etat a invalidé un verdict qui donne raison à Dieudonné. La présidente de l’Union syndicale des magistrats administratifs, n’a pas hésité à crier au scandale.

Dans une déclaration à l’AFP, elle a fait savoir qu’elle n’a « jamais vu ça, ça ne s’est jamais fait car pour qu’il y ait procédure contradictoire devant le Conseil d’Etat la requête du ministre doit être communiquée au défendeur » pour qu’il puisse préparer l’audience. « Même en droit électoral on ne juge pas aussi vite », s’est-elle indignée en expliquant clairement que des considérations politiques ont primé sur les principes et les règles du droit dans cette affaire. Et cela se passe en France, un pays présenté volontiers comme une terre de libertés et un Etat de droit exemplaire. Une exemplarité qui en prend un sérieux coup puisque de nombreux médias étrangers ont exprimé leur étonnement face à cette manoeuvre judiciaire qui rappelle certains Etats et systèmes totalitaires.

« La république française a emprunté quelques méthodes honteuses aux républiques bananières et autres dictatures africaines et maghrébines », a fait remarquer à ce sujet le site d’information marocain Demain Online d’après lequel « quelqu’un a fait le nécessaire en violant les principes fondamentaux de la république, afin que le président et son gouvernement ne perdent pas la face devant un humoriste ». La presse française n’est pas restée indifférente face à cette étrange interdiction décidée par le Conseil d’Etat français.

 Michel Guilloux dans l’édito de l’Humanté de ce vendredi a vigourement critiqué le ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, en estimant que « le locataire de la place Beauvau se livre à un jeu dangereux, singeant les pratiques de Zébulon de Nicolas Sarkozy: suractivité saturant les médias, et roulements de muscles pour passer par-dessus les lois, voire ceux qui sont censés les appliquer ». L’éditorialiste de l’Humanité a souligné dans ce sillage que désormais, à cause de Manuel Valls, Dieudonné est devenu un héros ! « Bel exploit en vérité que de transformer en victime celui qui fait son beurre sur l’insulte à la mémoire de six millions de morts », a-t-il regretté.

Christophe Bonnefoy du Journal de la Haute-Marne, abonde dans ce sens  car, selon lui, Dieudonné a « déjà gagné son pari, on a rarement autant parlé de lui » et l’on a « la désagréable impression que Dieudonné possède en permanence un coup d’avance sur ceux qui veulent le faire taire et restera toujours aussi audible ». Audible et terriblement intelligent car Dieudonné a transféré maintenant son combat sur le terrain de la censure et de la liberté d’expression.  Un terrain miné où Manuel Valls et ses alliés risquent de laisser des plumes car en France, comme à l’étranger, beaucoup commencent à se demander si la patrie de Voltaire est réellement encore une terre de libertés.

 

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