A quelques semaines de l’élection présidentielle d’avril 2014, une échéance politique capitale pour l’avenir du pays, Algérie-Focus est parti à la rencontre des acteurs politiques qui ont d’ores et déjà annoncé leur candidature. Quels sont leurs projets, leurs intentions et leurs programmes ? Comment comptent-ils convaincre les Algériens de voter pour eux ? Pour répondre à ces questions, Algérie-Focus donnera la parole à tous les candidats en course pour la Présidentielle. Le général à la retraite, Mohand Tahar Yala,  a eu l’amabilité de répondre à nos questions. Ce candidat à l’élection présidentielle nous explicite son projet et nous parle des mesures qu’il compte adopter s’il est élu le 17 avril prochain Président de la République algérienne.

Entretien réalisé par Abdou Semmar

 

– M. Mohand Tahar Yala, pouvez-vous d’abord nous parler de vous, de votre parcours, de votre vie personnelle. Qui est Mohand Tahar Yala ? 

Je suis issu d’une famille traditionnelle algérienne. Mes études comme officier de marine m’ont permis de mener une carrière tout à fait linéaire et classique au service de la Défense nationale. Mes responsabilités aux postes que j’ai occupés à tous les niveaux de la hiérarchie ne me laissaient guère de temps pour moi et pour mes proches surtout à la deuxième partie de ma carrière. J’ai tout simplement accompli mon devoir pour mon pays.

– Quel sens donnez-vous à votre engagement en politique ? Et comment avez-vous éprouvé la nécessité de devenir politicien en Algérie après avoir embrassé la carrière militaire ? 

Vous savez, un marin est souvent en mer. Bien sûr, nous sommes témoins des préoccupations de nos concitoyens, mais nous sommes en premier lieu concentrés sur notre mission, c’est notre devoir. De toute façon, un militaire en fonction n’a pas à exprimer ses sentiments personnels, mais cela ne veut pas dire qu’un militaire ne pense pas… J’ai eu la chance de suivre pendant plusieurs années les séminaires de l’INESG, lesquels m’ont permis de compléter mes connaissances purement  militaires par une vision globale des problèmes et des enjeux qui se posent au pays grâce à des chercheurs talentueux dans différentes disciplines, notamment les sciences de l’Homme et de la société. Je suis un homme d’action. Lorsque j’ai pris ma retraite de l’ANP, une fois libéré de mon obligation de réserve, je ne pouvais rester muet face à un pouvoir qui gère l’Etat comme un patrimoine privé, je ne pouvais rester inerte face à un pouvoir aveugle devant les souffrances du peuple. Ce n’est pas la carrière militaire qui a fait de moi un homme engagé. C’est parce que je suis un homme de convictions et d’engagement que j’ai épousé la carrière militaire. Mon action politique, je ne la conçois pas autrement qu’un engagement au service de mon peuple et de mon pays.

– Vous avez annoncé votre candidature à l’élection présidentielle de 2014. Pouvez-nous résumer en quelques mots votre projet politique pour cette échéance cruciale pour l’avenir du pays ?

Notre projet de société vise d’abord à rétablir le peuple algérien dans sa souveraineté pour qu’il puisse prendre en main son destin. C’est une Deuxième République qui consacrera l’Etat de citoyenneté. La citoyenneté, ce sont les libertés qui sont garanties, toutes les libertés, individuelles et collectives. La citoyenneté, c’est la sécurité de chacun et de tous, c’est-à-dire de toute la nation. La citoyenneté, c’est le droit à l’éducation, à la santé et au travail. La citoyenneté, c’est le droit à l’identité, dans toutes ses diversités. La citoyenneté permet d’en finir avec toutes les injustices, avec le mensonge, la duplicité et la corruption qui rongent notre société, pour que nos richesses servent exclusivement le développement du pays et non à remplir les poches des corrompus au pouvoir et de leurs alliés corrupteurs dont les réseaux se déploient bien au-delà de nos frontières. L’Etat de citoyenneté c’est le bien-être du peuple. Notre projet, c’est le renouveau de l’Algérie pour l’inscrire parmi les pays phares du XXIe siècle.

– Comment comptez-vous incarner le changement tant espéré par les Algériens notamment les plus jeunes d’entre eux ?

Notre jeunesse constitue notre atout majeur pour mettre en œuvre une véritable révolution morale qui rétablira nos valeurs, celles de l’honnêteté et du goût du travail qui balisent le chemin vers la compétence, celles de l’effort et de la persévérance qui mènent à l’excellence, celles de la fraternité, de la justice sociale et de la solidarité dans l’action qui nous réconcilient avec notre culture et notre histoire multiséculaires. Je dis à notre jeunesse que le temps de l’incompétence intronisée au pouvoir à tous les niveaux de la société par la ruse, le vol, la corruption, le clientélisme, le clanisme, le népotisme et le régionalisme est définitivement terminé. Je dis à nos jeunes que nous allons reconstruire notre système d’éducation et de formation et réorienter notre économie pour que chacun d’entre eux puisse se réaliser dans la société selon son rythme et sa vocation, avoir un emploi, avoir un logement, fonder un foyer. Notre projet, c’est la libération de leurs énergies créatrices en leur donner les moyens d’innover, d’ouvrir de nouveaux horizons, de concrétiser une nouvelle espérance pour l’Algérie.

– Etes-vous pour le retour de l’ancien parti dissous le FIS ? Quelle relation entretenez avec la mouvance islamiste et quel regard portez-vous sur ce courant politique ?

La question du FIS en tant que parti n’est plus d’actualité. En revanche, pour les anciens membres de ce parti, comme pour tous les autres citoyens, la question ne se posera plus avec l’Etat de citoyenneté puisque tous les citoyens auront les mêmes droits et les mêmes devoirs, et leurs libertés individuelles et collectives seront garanties dans le cadre des nouvelles institutions. Pour ce qui est des relations de ce que vous appelez le courant islamiste, pour ma part, je m’adresse à tous les Algériens et toutes les Algériennes, quelles que soient leurs appartenances idéologiques. L’Algérie a besoin de tous ses enfants pour se reconstruire. Le nouveau pacte, celui de la citoyenneté, est donc proposé à tous pour réaliser et consolider l’unité nationale afin d’affronter les défis présents et futurs en inscrivant l’Algérie dans une stratégie de puissance reposant sur un front intérieur solide.

– Concernant la femme, ses droits et sa condition, envisagez-vous de proposer dans votre programme présidentiel des mesures en direction des Algériennes ?

L’Etat de citoyenneté consacrera l’égalité de tous et toutes devant la loi. Etablir une législation spécifique pour les femmes est une forme de discrimination à leur égard. Cependant, sur un certain nombre de questions, nous renforcerons la législation pour protéger la femme contre toute forme de violence, favoriserons son insertion dans le monde du travail dans les domaines où elles excellent et revaloriserons la situation sociale des femmes qui choisissent de s’occuper exclusivement de leur foyer et de l’éducation de leurs enfants. Nous aurons l’occasion de détailler l’ensemble des mesures dans ce sens.

– Comptez-vous revoir le rôle de l’armée et sa relation avec les institutions de l’Etat Algérien ? Comment compteriez-vous composer avec l’establishment militaire Algérien ? 

L’ANP dans toutes ses composantes est une institution républicaine, et j’entends qu’elle le reste. Elle est sous les ordres du chef suprême des Armées, en l’occurrence le président de la République. Le rôle de nos armées et de nos services de sécurité est de garantir la souveraineté de la nation sous toutes ses formes et protéger l’intégrité du territoire. J’entends donner à notre sécurité nationale tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de cette mission. L’ANP sera protégée et mise à l’abri de toutes les instrumentalisations politiciennes.

Si Abdelaziz Bouteflika se présente demain officiellement pour un quatrième mandat. Pensez-vous que vous êtes suffisamment outillé pour le concurrencer et le battre dans cette élection présidentielle ?

Notre projet de société est soutenu par de larges franges de la société sur tout le territoire national. Le peuple algérien désire ce changement. Dans une élection régulière, avec l’aide Dieu, notre victoire ne fait aucun doute.

– S’agissant de la fraude électorale, envisagez-vous d’adopter des mesures pour la contrecarrer et l’empêcher ?

C’est en premier lieu à l’Etat de garantir la transparence de l’élection pour que le peuple puisse exercer sa souveraineté. Je mets en garde les institutions de l’Etat pour leur dire qu’empêcher le peuple de choisir librement ses dirigeants risque de mener le pays au chaos. Et nous prendrons toutes les dispositions pour faire face à une telle éventualité.

– Comment comptez-vous convaincre les Algériens pour qu’ils accordent leurs votes ? Et comment espérez-vous les mobiliser alors que le spectre de l’abstention plane sur ces élections ?

Il faut que nos concitoyens comprennent que l’abstention, suscitée et organisée par les tenants du pouvoir, est le principal moyen utilisé pour la fraude. Nous appelons donc nos concitoyens à participer massivement à cette élection pour faire échec à ceux qui veulent maintenir ce système mortifère pour le pays. Nous invitons les Algériennes et les Algériens à prendre connaissance attentivement, et sans a priori, de notre projet de société. Nous en expliquons clairement les objectifs, avec une stratégie mûrement réfléchie pour y parvenir. Nous appelons les Algériens et les Algériennes à se rassembler, dans l’unité et la solidarité pour mettre fin au système en place et construire l’Algérie qu’ils ne cessent d’appeler de leurs vœux.

Si vous êtes élu Président de la République, quelles seront les premières mesures politiques, économiques et sociales que vous allez adopter ?

Notre projet est très clair sur ce sujet. Nous déclencherons tout de suite une lutte implacable et sans merci contre la corruption associée à la consécration de l’indépendance totale de la justice. Sans cela, rien ne sera possible. Nous nous donnons trois à quatre  mois pour mettre en place ce dispositif. Dans le même temps, nous allons éliminer toutes les entraves administratives et bureaucratiques qui nourrissent la corruption, pourrissent la vie du citoyen et bloquent toutes les initiatives des acteurs économiques et sociaux. Ce sera le premier pas de notre réforme de l’administration. Dans le même temps, la concertation sera organisée pour mettre en place le processus de recomposition de notre système de gouvernance pour assurer le passage à la Deuxième République, c’est-à-dire à l’Etat de citoyenneté. Nous lancerons sans tarder la mise en œuvre des réformes structurelles qui y sont associées, dans l’éducation et la formation, la santé, la politique agricole et industrielle, et la transformation de notre économie d’un système de production totalement dépendant de la rente pétrolière et gazière à une économie productrice de richesses dans la perspective du plein emploi.

– Le traditionnel dernier mot… 

Le changement du système est devenu une nécessité vitale pour l’avenir de la nation. Rien ne peut résister à la volonté d’un peuple lorsqu’il est uni autour d’une vision commune de son avenir. Avec l’aide de Dieu et la mobilisation du peuple, nous sommes convaincus de notre réussite pour reconstruire une Algérie forte, prospère et juste.