La « Ftina » (discorde) est de retour à Ghardaïa. Les violences ont encore plongé cette ville située à 600 Km de la capitale Alger dans l’insécurité et la haine. Mercredi, les affrontements entre des groupes de jeunes ont repris dans plusieurs quartiers. Le bilan est lourd et la situation risque de dégénérer d’autant plus que l’escalade a atteint un stade jamais égalé auparavant dans cette région où les deux communuautés ibadites et malékites ont toujours cohabité ensemble en dépit des incompréhensions. 

Tout a commencé dans la nuit du mardi à mercredi lorsque des bagarres générales ont éclaté dans les quartiers de Mermed, Baba Djema, Bougdema et Salem Ouissa et El-Ain. Les heurts se sont poursuivis mercredi matin et les forces anti-émeutes ont été obligées de se mobiliser pour stopper ces violences et séparer les parties belligérantes. Selon plusieurs sources locales, ces affrontements ont éclaté lorsque  des jeunes cagoulés ont caillassé un bus assurant la liaison Ghardaïa-Daya Ben Dahoua (7 km au nord du chef- lieu de wilaya), ce qui aurait entraîné ainsi une réaction de l’autre partie qui a incendié, dans la zone d’El-Ain, un véhicule et une moto.

Pour l’heure, chaque camp accuse l’autre d’avoir déclenché ces violences qui ont sapé pour de bon tous les efforts consentis par les sages et les pouvoirs publics afin de ramener le calme dans la région. Pour les Malékites, ce sont des voyous ibadites qui ont attaqué des citoyens innocents alors que ces derniers préparaient une marche devant le siège de la wilaya. Et pour les ibadites, ce sont des délinquants arabes manipulés par des barons de la drogue de la région qui s’en sont pris aux personnes et biens mozabites. Face à cette impasse, la région s’enfonce dans l’instabilité.

Et comme tout cela ne suffisait pas pour semer la haine et la zizanie, des morts viennent s’ajouter encore à ce tableau sombre pour aggraver définitivement un climat de tension des plus délétères. Ainsi, un jeune étudient, BABAOUSMAIL Azzedine, de confession ibadite, est mort des suites de ses blessures à l’hôpital Brahim-Tirichine de Ghardaïa. Cet étudiant a succombé à ses blessures après avoir été atteint par un objet contondant, nous explique Khenine Mustapha,  membre du conseil des sages malékites de la région de Ghardaïa. Notre interlocuteur nous a révélé également jeudi matin qu’une autre personne est décédée à l’hôpital de Ghardaïa. La victime serait également un étudiant de confession ibadite. Des investigations sont en cours en ce moment pour vérifier toutes ces informations.

Quoi qu’il en soit, le bilan des victimes risque de s’alourdir d’un moment à l’autre au regard de la violence et des dégâts provoqués par les affrontements de mardi et mercredi. C’est ce que nous apprend Hamou Mesbah, membre de la Cellule de coordination et de suivi, président du bureau wilaya du partit FFS à Ghardaïa. Selon ce dernier, au moins une autre personne serait en danger de mort à l’hôpital car son état de santé ne cesse de s’aggraver. Bahmed Babaoumoussa,  président de la Cellule de coordination et de suivi confirme ces propos et précise que la deuxième victime décédée est sans doute le jeune ibadite, qui a reçu près de 20 coups de couteau. Il se trouvait depuis plusieurs heures entre la vie et mort.  Par ailleurs, 50 habitations ont été incendiées, rapporte notre interlocuteur qui s’est interrogé sur l’efficacité du dispositif sécuritaire déployé à Ghardaïa. Un dispositif qui s’avère encore incapable de faire face aux « Baltaguia » qui sèment la terreur dans toute la région. Des « Baltaguia » qui se sont attaqués aussi à un cimetière mozabite, le cimetière de Baba Oueldjamma et ont ravagé plusieurs tombes ibadites.

De son côté, la ligue Algérienne de défense des droits de l’homme confirme toutes ces informations que nous avons recueilli et fait savoir également que « quatre autres personnes ont été grièvement blessées » dans ces évènements. « En ciblent des cimetières comme celui de Baba Salah, Ammi Saïd et Baba Oueldjamma par leur destruction et profanation ainsi que les attaques envers des institutions coutumières ancestrales, les événements de Ghardaïa visent à l’élimination des spécificités de la communauté Mozabite », a déploré en dernier lieu la LADDH.

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