Si l’attention est en ce moment fortement portée sur le sélectionneur de l’équipe nationale, Vahid Hallilhodzic, peu de gens s’intéressent vraiment à son histoire. Son passé est pourtant peu commun.

Il y a aujourd’hui vingt ans, Vahid Halilhodzic combattait dans son pays natal, la Bosnie. Durant la guerre opposant l’armée populaire yougoslave au peuple Bosniaque entre 1992 et 1995, ce dernier a, en effet, beaucoup souffert. Lors d’une interview accordée en 1992 à la chaine Yougoslave Yutel, il  était revenu sur sa blessure par balle. « Un soir, à Mostar, j’ai entendu une fusillade près de ma maison. Je suis allé voir le rond-point où se déroulait l’action. D’un côté, il y avait les soldats de l’armée fédérale, un commando spécial, qui venait faire de la provocation. De l’autre, il y avait des voitures de police. J’étais au milieu de la fusillade. Derrière des platanes de 200 ans d’âge, des soldats me pointaient avec des fusils. Il y avait une sale odeur de poudre. Moi, je me retourne vers eux et je leur lance: « Mais merde, que foutez-vous là, fascistes? », un barbu sort de derrière un platane et me dit « N’approche pas! Encore un pas et t’es mort ». Traumatisé, Vahid retourne chez lui après cet incident.

Sa maison n’échappe pas aux balles titrées pendant les fusillades. Il retrouve alors sa famille en larmes, femmes et enfants terrassés par la peur. Voulant les protéger, il décide de ressortir afin de constater l’ampleur des dégâts. Anticipant un éventuel danger, il tente de se munir de son arme, rangée dans sa ceinture, près de son dos. « J’ai voulu prendre mon arme et le coup est parti. La balle a traversé les reins pour sortir derrière une cuisse. La seule et dernière fois que j’ai tiré de ma vie, c’est sur moi, dans mon cul. »

S’il rapporte cet incident avec humour, Vahid Halilhodzic n’en a pas moins subi les conséquences. « En une journée, j’ai perdu tout le travail accompli en vingt ans » regrette-t-il. La totalité de ses biens immobiliers est en effet détruite car l’homme représente une cible facile. Fraichement rentré au pays après avoir joué au FC Nantes et au Paris Saint Germain, l’homme âgé de 38 ans est déjà connu à cette époque là. Il fait partie des personnalités aisées et des rares musulmans habitant le quartier croate de Mostar. La ville, principale victime de l’attaque serbe, était à ce moment là divisée en deux communautés. Une moitié est Croate et catholique, l’autre, Bosniaque et musulmane. Pour cela, l’ancien footballeur a été facilement repérable par l’ennemi.

Suite à ces évènements, Vahid décide de retourner en France et d’y emmener sa famille. C’est ainsi que débutera sa carrière d’entraineur.