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Nacer Saad Ben Mohamed, Madani Mezrag et Abdelhak Layada, trois personnages et trois destins différents. Le premier a été chef de Daïra, dans les années 1994 et 95 de Tablat, une localité montagneuse frappée de plein fouet par les violences meurtrières du terrorisme aveugle des années 90. Le deuxième a été le chef de l’armée Islamique du Salut (AIS). Il a écumé les maquis, pris les armes contre un Etat qu’il considérait comme impie et affirme sans aucune gêne qu’il assume avoir tué un soldat de ses propres mains.

Le troisième fut l’un des 35 membres fondateurs du « Groupe Islamique Armé » (GIA). Un nom qui évoque à lui seul la terreur, la barbarie et les massacres collectifs. Trois personnages que tout oppose. Mais trois personnages qui n’entretiennent pas le même rapport à la décennie noire.

Le premier, Saad, a été grièvement blessé lors d’un faux barrage dressé par un groupe terroriste à Magtaa Kheira, dans la wilaya de Blida. Traumatisé, blessé à vie, il se retrouve en plus démis de ses fonctions pour ne pas avoir toléré les agissements d’un Wali qui ne se préoccupait guère de la sécurité de ses concitoyens de Tablat. Saad avait assisté à tous les drames qui ont secoué toute une région meurtrie. Des équipements publics brûlés, des administrations attaquées, des bâtiments ravagés et incendiés par des groupes armés assoiffés de sang et guidés par la haine. Saad avait mobilisé des citoyens pour affronter la bête immonde. De simples citoyens amoureux de leur pays qui refusaient de le laisser mourir sous leur yeux dans les tranchées de cette guerre civile.

Lui et ses compagnons ont défendu jusqu’à la dernière minute la ville de Tablat, pour qu’elle ne soit pas transformée en cimetière à ciel ouvert. Et à la fin de ce combat, notre Chef de Daïra dévoué et patriote a été remercié par une longue exclusion et une marginalisation extrême. Saad a été licencié, on lui verse à peine 9000 Da d’indemnités. Blessé, traumatisé, avec cette somme modique, il doit nourrir une famille de 9 personnes. L’Etat qu’il a servi refuse de l’embaucher et de lui tendre une main généreuse. L’ancien commis de l’Etat et victime de la terreur terroriste se retrouve donc à vivoter en quémandant le couffin de Ramadhan dans cette même Algérie à qui il a dédié toute sa vie pour la sauver du péril terroriste. Saad quémande, mendie et cherche de l’aide.

Et pendant ce temps-là, notre ami Madani Mezrag se promène sur les plateaux des télévisions algériens, crie encore sa haine et affiche ses ambitions politiques. Madani Mezrag possède plusieurs biens immobiliers et jouit aujourd’hui d’une véritable fortune. Durant les années 2000, il sillonnait la capitale Alger avec son 4X4 somptueux et rentrait chaque soir dans sa villa majestueuse à Baraki. Saad, l’ancien chef de daïra mendie, supplie et Madani Mezrag s’enrichit et pense à une carrière politique. Et pourquoi pas une élection présidentielle ?

Saad mendie, pleure, supplie et Abdelhak Layada profite du confort de son immense villa située aussi à Baraki. Une villa, non un château que l’ex émir terroriste, et dirigeant du groupe terroriste le plus sanguinaire des années 90, a bâti grâce à l’argent amassé par son business de la vente des matériaux de construction. Un business qu’il pratique grâce à un parc de matériaux de construction appartenant à une ancienne entreprise publique, qu’il gère et possède depuis qu’il a bénéficié des dispositions de la Charte de la Réconciliation Nationale. Un parc qui lui est revenu dans des conditions douteuses et mystérieuses. Et le jour où un ancien Wali délégué de Baraki a tenté de le récupérer en considérant qu’il s’agissait d’un bien public confisqué, de hauts responsables du DRS sont intervenus pour protéger les droits et intérêts de Layada.  Et pendant ce temps-là, Saad, l’ex Chef de Daïra qui s’est battu pour que cette Algérie puisse continuer à exister dans la tolérance et la paix, mendie, quémande, supplie et cherche désespérément à nourrir ses enfants…

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