C’est une image rare. Tellement rare qu’elle laisse les Algériens perplexes. Des juifs portant la Kippa se recueillent tranquillement et en paix avant d’enterrer la dépouille d’un des leurs né en Algérie. La scène se déroule au carré juif du cimetière chrétien de Bologhine à Alger. Des pompiers algériens, des musulmans, ont participé à cette cérémonie solennelle en respectant les rites juifs de cet enterrement. Personne n’a été dans la gêne, aucun incident n’a été enregistré. Respect, calme et dignité. Ce vendredi 13 février, l’Algérie a prouvé qu’elle pouvait être plurielle, réconciliée avec son histoire et ouverte au reste du monde.

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Plus qu’une image, l’enterrement de Roger Hanin, le célèbre acteur français, a délivré à tous les Algériens une véritable leçon de tolérance. Nous sommes capables de faire preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit contrairement à ce que veulent nous faire croire les fanatiques et les conservateurs de tous  bords. Les autorités algériennes, longtemps critiquées, et à raison, pour leur passivité face aux courants les plus conservateurs de notre société, ont fait preuve, cette fois-ci, d’un bon sens rassurant. De l’arrivée de la dépouille de Roger Hanin à l’aéroport international d’Alger jusqu’à son inhumation à Bologhine, tout a été bien organisé pour empêcher les esprits tordus de gâcher le retour symbolique d’un juif fils de l’Algérie. Oui, un fils de l’Algérie car Roger Hanin n’est pas moins Algérien que nous tous. Il fut parmi les rares qui ont pris une position courageuse durant la décennie noire en écrivant dans les colonnes du quotidien « L’humanité » en avril 1999 que « l’Algérie n’est pas un pays de chaos mais une terre noble qui ne refuse pas la fraternité ». Ce vendredi 13 février, l’Algérie a prouvé aussi qu’elle ne refuse pas la fraternité aux enfants qui l’ont aimée. Juif et Algérien, oui ça existe ! Juif, musulman, chrétien, l’Algérie, c’est tout cela à la fois aussi. Roger Hanin va reposer maintenant en paix. Il aura fallu que cet artiste décède pour que nous puissions retrouver, le temps d’un enterrement, un peu de cette diversité culturelle qui a fait notre histoire millénaire.

Photo de couverture prise par le photographe Zinedine Zebar