Décidément, les autorités algériennes tolèrent de moins en moins le sens critique et la satire des caricaturistes algériens. Preuve en est, le caricaturiste Tahar Djehiche a été convoqué par la police de Lemghir, dans la wilaya d’El-Oued, située à plus de 600 Km au sud-est de la capitale Alger, lundi dernier pour subir un interrogatoire en bonne et due forme au sujet de cette caricature jugée offensante à l’égard du Président… Bouteflika. 

Et pourtant, dans cette caricature, le président Bouteflika est uniquement représenté dans un sablier croulant sous le sable d’In Salah où la population lutte pacifiquement contre l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Diffusée sur les réseaux sociaux par le caricaturiste Tahar Djehiche, cette caricature n’a choqué aucun internaute algérien. Beaucoup d’Algériens n’ont vu dans ce dessin de presse aucune offense à l’égard du Président de la République. Mais, visiblement, les policiers algériens ne partagent pas cette vision et estiment que cette caricature est « diffamatoire » envers le Chef de l’Etat.

Face à cette grave accusation,  Tahar Djehiche  a tenté d’expliquer que “la caricature est un langage universelle que chacun interprète selon ses idées et sa compréhension du message”. Mais les policiers ne semblent pas avoir été convaincus par cet argumentaire. Cette nouvelle atteinte à la liberté d’expression en Algérie nous rappelle les déboires d’un autre caricaturiste algérien, à savoir le jeune Djamel Ghanem qui a été malmené pendant plusieurs mois en 2014 à cause d’une caricature jugée aussi offensante à l’égard du Président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Djamel Ghanem risquait même 18 mois de prison pour un dessin qui portait sur le 4e mandat !

Fort heureusement, grâce à une mobilisation nationale et internationale, Djamel Ghanem s’en est sorti indemne face au harcèlement policier et judiciaire dont il avait été victime. Mais, aujourd’hui, c’est au tour d’un autre caricaturiste de subir le même traitement policier. En Algérie, de nombreux avocats et défenseurs de la liberté d’expression ont tiré la sonnette à propos des mauvaises interprétations faites de l’article 144 bis du code pénal punissant les outrages au président de la République. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, aucun débat sérieux n’a été enclenché pour réclamer la révision de cet article de loi très controversé. En attendant, Tahar Djehiche continue de défendre sa liberté d’expression et répond à ses bourreaux par ces caricatures comme celle-ci :

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