Les quatre avocats grévistes d’Oran, dont un stagiaire, ainsi que le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Me Salah Dabouz, ont réitéré leur demande d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur « l’arbitraire » dont ils sont victimes de la part du bâtonnier d’Oran ainsi que « le parti pris de certains juges » ayant eu à traiter leur affaire, lors d’une conférence de presse animée ce mercredi 27 mai au siège du Mouvement démocratique et social, à Alger.

Les conférenciers ont ainsi, tour à tour, accusé le bâtonnier d’Oran, Me Ouahrani Houari, de les avoir suspendus « arbitrairement » et de « piétiner » une décision de la commission de recours de la Cour suprême qui s’est prononcée pour la levée des sanctions. Ils ont également reproché à l’Union nationale du barreau algérien « son laxisme face aux pratiques abusives » dudit bâtonnier.

En effet, Me Belkacem Saïdoune Souade, accuse le bâtonnier d’Oran de l’avoir suspendue, sans aucun motif valable, sur ordre de son ex-époux qui n’est autre que « le bras droit » de ce dernier, étant membre du bâtonnat et auquel elle réclame 200 millions de centimes représentant le montant de la pension alimentaire cumulé depuis leur divorce qu’il est tenu de verser aux trois filles issues de leur union. Elle dénonce également son harcèlement, qui devient de plus en plus intenable, car, affirme-t-elle, « la police d’Oran est à ma recherche pour m’arrêter suite à ma condamnation dans une affaire qui remonte à 2005, et pour laquelle j’ai été innocentée ».

De son côté, Me Naït Salah Belkacem réclame une commission d’enquête sur la gestion des fonds du bâtonnat d’Oran depuis l’intronisation de Me El Ouahrani à sa tête, comme le mobile ayant poussé celui-ci à le suspendre. Il affirme détenir des écrits bancaires prouvant le détournement de ces fonds par le bâtonnier. « J’accuse Me El Ouahrani de corruption et de détournement de fonds. J’ai des écrits bancaires prouvant ce que j’avance. Ce sont des preuves tangibles et irréfutable, et je sais de quoi je parle, car je suis un ancien cadre à la Banque Centrale. J’ai saisi le ministre de la Justice et le président de l’Union nationale des barreaux d’Algérie », soutient-il, en exhibant un dossier volumineux.

Me Ben Daoud Abdelkader, pour sa part, justifie sa suspension par le fait d’avoir plaidé la cause de certains de ses collègues suspendus par le bâtonnat.

L’avocat stagiaire, Mohamed Boutaleb, accuse, lui aussi, le bâtonnier d’Oran d’avoir bloqué son stage pour « avoir refusé de participer à l’AG d’adoption du bilan moral et financier du bâtonnat pour l’exercice 2013 ».

Le journaliste Mohamed Belbekkouche, ayant mené en 2012 une enquête sur le sujet pour le journal arabophone ‘Sawt El Ahrar’, dénonce, pour sa part, le harcèlement tant moral que judiciaire de Me El Ouahrani. Me Benaissa, avocat au barreau de Sidi Bel Abbès, reclame, de son coté, une commission d’enquête sur la gestion des fonds par l’actuel bâtonnier, Me Othmani, depuis son installation à la tête de l’organisation. Ces deux derniers se sont joints dernièrement aux avocats grévistes « en signe de solidarité » avec eux, à en croire leurs propos.

Me Dabouz a, quant à lui, démenti les allégations selon lesquelles son organisation servirait des intérêts étrangers et tenterait de faire pression sur l’Etat algérien. « Nos rapports sur ce dossier envoyés à quatre instances internationales n’ont pas ciblé l’Etat algérien, dont la responsabilité directe n’est pas engagée, mais les auteurs directs de ces dépassements et violations de droits garantis par des conventions internationales ratifiées par notre pays. En plus, le recours à ces instruments internationaux est prévu et garanti par la législation nationale », s’est-il défendu.

A souligner que trois des avocats sus-cités poursuivent toujours leur grève de la faim, entamée le 20 février dernier et qu’ils n’ont suspendue, depuis, que pendant une dizaine de jours. L’un d’entre eux, Me Saadoune en l’occurrence, a été admis dernièrement en urgence à l’hôpital où elle a subi une réanimation. Les séquelles de cette action était aujourd’hui visibles sur leur visage, voix et corps sérieusement affaiblis.

Yacine Omar