Les 5 et 6 Octobre derniers a eu lieu le Salon de l’éducation au Canada, à l’hôtel Hilton d’Alger. Il s’est tenu dans une ambiance bon enfant, avec des centaines d’étudiants, futurs étudiants, et beaucoup de parents ambitieux pour l’avenir de leurs enfants.

Avec plus de 35 millions d’habitants et une douzaine de provinces, les grandes villes canadiennes accueillent chaque année des milliers d’étudiants étrangers au sein de leurs universités. Actuellement, ce sont 336 000 étrangers qui étudient au Canada, dont 1300 sont de nationalité algérienne, et la proportion de nos compatriotes ne cesse d’augmenter d’après les chiffres de l’ambassade du Canada en Algérie.

Le Salon a mis tout en œuvre pour présenter une image idyllique des études universitaires au Canada : conférences, stands de présentation des universités, groupes de discussion. Ce salon de l’éducation n’est pas spécifique à l’Algérie, et s’inscrit dans une politique plus globale de promotion du système universitaire canadien dans de nombreux pays du monde (Maroc, Chili, Qatar, etc.).

« Les recruteurs viennent chercher les étudiants sur place dans nos universités » 

Avec plus de 10 000 programmes au sein d’une centaine d’universités, les différentes conférences ont présenté un système éducatif particulièrement accueillant pour les étudiants : professeurs accessibles, puissants réseaux d’anciens, excellents laboratoires, nombreux stages en industrie etc. « Les recruteurs viennent chercher les étudiants sur place, dans les universités, car ils connaissent la qualité de nos formations » explique une des responsables du salon.

Les problèmes surgissent quand survient la question du financement des études. Les frais d’étude du dossier, les visas, l’acceptation au sein des différentes universités, ainsi que le prix élevé des frais de scolarité, sont un véritable parcours du combattant pour des parents qui souhaitent offrir à leurs enfants des études d’une grande qualité à l’étranger. Avec une estimation à 22 000 dollars par année, le coût global d’une année universitaire paraît en effet incroyablement élevé pour une famille algérienne moyenne. Les études à l’étranger ne s’adresseraient-elles qu’aux jeunes élites algériennes ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour permettre aux meilleurs, même issus de milieux modestes, d’étudier dans les meilleures universités du monde ?

Lorsque des bruits s’élèvent dans la salle de conférence, au premier étage de l’hôtel Hilton, au moment de l’évocation de tous ces frais, des mains se lèvent et tout le monde s’interroge : comment financer de telle études ?

Une des responsables évoque la possibilité de travailler sur place, une fois étudiant à l’université : « avec le droit canadien, vous pouvez travaillez 20h par semaine pendant les périodes de cours, et à plein temps pendant les vacances ». Mais cette possibilité cache le véritable problème : la nécessité d’avancer le financement de la première année d’études, avec tous les risques et les complications administratives que cela comprend.

Pourquoi le Canada attire t-il donc autant les jeunes algériens ? « Pour la qualité des études, les infrastructures, les moyens », explique Fatima, dont la fille souhaite étudier le journalisme outre-Atlantique. Comment compte-t-elle financer ces études ? « Rien n’est encore décidé, mais c’est vrai que cela va être compliqué ».

« Les facultés vous prennent presque par la main »

Beaucoup de jeunes viennent aussi au salon par simple curiosité, sans véritablement avoir un projet en tête : « On vient pour voir, ça nous intéresse, peut-être pour le master », expliquent Abdel et Karim, actuellement en 3ème année de licence à l’université USTHB, à Bab Ezzouar.

Pour d’autres, l’objectif est clairement d’aller s’installer au Canada, après la fin des études : « Je suis en 4ème année vétérinaire à Alger, et j’aimerais faire une maîtrise au Canada, afin de pouvoir y travailler une fois les études terminées », explique Rima, une jeune algéroise.

Des politiques fortement tournées vers les populations francophones sont notamment mises en place dans les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. La représentante de l’ACUFC (Association des Collèges et Universités de la Francophonie Canadienne) évoque une population chaleureuse et accueillante, avec un niveau de vie élevé et un excellent encadrement des étudiants par les universités : « Les facultés vous prennent presque par la main », raconte-t-elle.

De plus, l’un des gros avantages de plusieurs universités canadiennes, notamment par rapport aux établissements francophones, est la possibilité d’étudier des cursus en français dans des milieux anglophones. Beaucoup d’universités dans des provinces anglophones offrent en effet la possibilité d’étudier en français, tout en évoluant dans des environnements permettant la pratique de l’anglais au quotidien.

Des atouts par rapport à la France 

Le Canada possède donc cet atout de qualité par rapport à la France ou à d’autres pays francophones, celui d’évoluer dans une culture anglo-saxonne, sans avoir à sortir de chez soi ou à prendre des cours d’anglais. Beaucoup d’écoles ou d’universités en France, dispensent leurs cours en anglais afin d’habituer leurs étudiants à communiquer dans la langue dominante actuelle. Le Canada, par sa double culture naturelle, n’a pas besoin de ces tours de passe-passe : bien souvent, l’anglais et le français coexistent au sein du même environnement linguistique. Le Salon du Canada, une réussite donc ? Le système éducatif attire, clairement, les étudiants algériens, mais la question du financement de ces études pose problème pour un grand nombre de familles. L’organisation du Salon était exemplaire, avec un étage dédié aux conférences, et le rez-de-chaussée consacré aux présentations des écoles et des universités. Mais certains étudiants regrettent l’aspect trop généraliste de l’évènement : « J’aurais aimé que les informations soient plus précises, qu’il y ait des stands dédiés en particulier à tel ou tel domaine universitaire, là on est un peu perdus », explique Rima. A méditer pour un prochain salon ?

Reportage réalisé par Tahar. S