L’un a voté pour un Abdelaziz Bouteflika, qui aligne son quatrième mandat, parce qu’il avait estimé que ceci peut lui permettre de boire son verre de whisky sans être importuné; l’autre a manifesté dans les rues de Dakar, en 2012, pour dire non à la tentative de coup de force d’Abdoulaye Wade, qui voulait briguer un troisième mandat, alors qu’il avait consommé les deux que lui autorisait la constitution. 

L’un s’est blessé lors d’une manifestation dans la rue contre le « Coup d’Etat constitutionnel » de Wade, l’autre sillonnait les hôtels, les salons d’honneur et les studios de télé pour chanter à la gloire d’un président malade, affaibli et reconduit à la tête de l’Etat dans des conditions plus que honteuses. Le premier s’appelle Youssou N’dour, le deuxième Cheb Khaled. Ils sont incontestablement deux grands artistes qui portent la voix de leurs peuples dans le monde entier. Sauf que Youssou N’dour a participé activement à la démocratisation de son pays, le Sénégal. Quant à Cheb Khaled, son verre de Whisky lui semblait nettement plus important que l’avenir de l’Algérie.

Le fossé qui sépare Youssou N’dour de Cheb Khaled est aussi grand que celui qui sépare l’Algérie du Sénégal. Oui, du Sénégal. Ce pays n’est pas situé en Europe du nord. Il n’a pas comme voisin la Norvège, le Danemark ou la France, ces pays européens sur lesquels fantasment tant les Algériens. Le Sénégal est exactement le contraire de l’Algérie. Depuis 2012, il connait une véritable transition démocratique. La rue sénégalaise, grâce à la mobilisation de la jeunesse dans le mouvement « Y en a marre », a imposé l’alternance à Wade, le vieillard de 85 ans qui voulait s’éterniser au pouvoir. Au Sénégal, l’opposition manifeste dans les rues sans subir de répression. La liberté d’expression s’étend et l’autoritarisme recule sans cesse. Youssou N’dour, lui-même patron du premier groupe de presse privé au Sénégal, est devenu ministre du gouvernement issu des élections démocratiques de 2012. Il n’avait jamais accepté que ses journalistes s’alignent sur la politique gouvernementale. Il a défendu jusqu’au bout leur indépendance éditoriale.

En 2015, en Algérie, tout au nord de ce continent africain, ni alternance au pouvoir ni élections démocratiques. Les rassemblements sont réprimés et les manifestants bastonnés. La liberté d’expression subit les assauts incessants des lobbies gravitant dans l’orbite du pouvoir. C’est véritablement tout un monde qui sépare ces deux pays africains. Pourtant, les Algériens méprisent l’Afrique, la snobe et la rejette. La racisme abject dont sont victimes les migrants sub-sahariens dans notre pays est l’une des illustrations éloquentes de ce mépris algérien. Et pourtant, dans cette partie du monde, on est loin de l’aigreur du quotidien lugubre de notre pays.

Au Sénégal, presque aucune pression sociale n’est exercée contre la jeunesse pour l’empêcher de vivre sa vie. Les femmes sortent tard la nuit sans subir les viols collectifs ou les enlèvements. La corniche de Dakar est d’une propreté qui ferait rougir le plus fier des Algérois ou Oranais. Les lieux de fête sont légion. Les lieux d’expression artistique se multiplient. La créativité de la jeunesse sénégalaise n’est guère étouffée par le conservatisme. On sort, on s’amuse et on s’éclate. On manifeste, on s’exprime et on participe à l’édification d’une nouvelle société.

En Algérie, les villes vivent encore un véritable « couvre-feu » la nuit. Les sorties nocturnes sont d’une rareté affligeante. Le pays est replié sur lui-même. Les couples sont surveillés, leurs amours diabolisés, leurs rêves anéantis. Au moment où l’aéroport de Dakar grouille de monde et les avions en provenance de Washignton, de New York, de Madrid ou de Barcelone font la queue sur le tarmac, la piste de l’aéroport d’Alger est d’une morosité proverbiale. Les étrangers sont quasiment inexistants et la mine effrayante des policiers algériens est aux antipodes des sourires affables des agents de sécurité sénégalais.

En 2016, le Sénégal réalisera une croissance économique de 6%.  L’Algérie se contentera d’un hypothétique 4,6%. Le tourisme ouvre des perspectives prometteuses au Sénégalais. Les investisseurs étrangers se bousculent au portillon. Dans notre pays, les Amar Ghoul, Abdelmalek Sellal and co plombent notre pays avec une mauvaise gouvernance qui fait rire dans la brousse africaine. Qu’on se le dise, le pays de Cheb Khaled a tellement à apprendre de celui de Youssou N’dour.

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