Éducation / “50% des violences à l’école cautionnées par les parents”

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Les violences scolaires constituent aujourd’hui un facteur déstabilisant de l’équilibre des établissements scolaires. On constate actuellement un vif débat dans lequel  enseignants et les parents sont partie prenante pour designer les responsables de cet aspect de la déliquescence de l’école algérienne.  

Hakem Bachir, professeur de mathématiques au lycée Colonel Lotfi d’Oran et responsable au sein du syndicat autonome (CLA), a tenté à travers une contribution de recadrer ce débat en fixant les obligations de chacune des parties en se basant sur les résultats d’une étude établie auprès des établissements scolaires.

L’instituteur relate dans cette contribution le quotidien difficile des enseignants qui sont, selon lui, sujet à toutes les dérives: « Des milliers d’enseignants ont été menacés sans aucune prise en charge, l’école est dévastée par une violence sans limites et non dévoilée ». Ce professeur de mathématique a également abordé un phénomène très grave, un phénomène qui tend à prendre de l’ampleur: «50% des violences verbales contre les instituteurs sont cautionnées et reçoivent l’approbation des parents d’élèves», a-t-il affirmé en se basant sur une étude menée récemment par le CLA dans plusieurs établissements scolaires répartis à travers le pays.

Il explique que «dans chaque salle d’examen, nous enregistrons au moins une insulte contre le surveillant ce qui oblige certains enseignants à refuser leur devoir et à déposer souvent un certificat médical et exaspérés, d’autres démissionnent ou décident de partir à la retraite».

Il a affirmé que l’école algérienne ne pourra jamais mettre fin à ces transgressions en l’absence de conditions favorables. La transmission du savoir ne peut avoir lieu dans un environnement caractérisé par un climat électrique où des enseignants mal formés se retrouvent face à des élèves difficiles et cela, sans aucune assistance administrative.

Le professeur a évoqué le processus de judiciarisassions du système, pour dire que les enseignants sont aujourd’hui soumis à la volonté d’enfants omnipotents qui profitent de cet état de fait pour commettre des agressions verbales ou physiques, avec le soutien de la famille et le regard complice de l’institution qui préfère ne pas faire de vagues. « Mal cadrés, dotés d’un fort sentiment d’impunité, voire de toute puissance, certains élèves n’hésitent ainsi plus à franchir toutes les barrières et ce, de plus en plus jeunes ».

Notant le manque de structures spécialisées dans la gestion des cas d’élèves difficiles, le professeur a affirmé que l’école n’est pas en mesure de gérer ces cas qui influent négativement sur le bon déroulement de la vie scolaire de leurs camarades. Il a expliqué que face à cette situation délétère, certains enseignants «distribuent de bonnes notes même sans mérite» pour avoir la paix et les faveurs aussi bien de l’élève que de ses parents.

En analysant en profondeur la condition actuelle de l’école algérienne, ce professeur et syndicaliste a relevé deux facteurs qui ont contribué à sa déliquescence, premièrement « l’affaiblissement de figures d’autorité et de transmission dans la société qui est reflété par le déclin de la figure d’autorité au sein même de la cellule familiale mettant ainsi fin, à la transmission verticale des valeurs» et deuxièmement, «la disparition de l’alliance éducative entre parents et enseignants, dans laquelle les figures symboliques du père (l’école) et de la mère (la famille) s’imposaient à l’enfant de manière cohérente et coordonnée». Dans le système actuel, les parents remettent en cause les enseignants sur les dires « de l’enfant sacralisé qui sert d’intermédiaire entre les deux mondes » ajoute-t-il.

Cette contribution dénonciatrice d’une certaine condition difficile que vivent les professeurs des écoles, reflète une réalité tangible qui a des origines sociales prenant racine au sein même de la cellule familiale. Cela dit, épouser cette approche et la considérer comme la seule pouvant expliquer une réalité sociale de cette envergure n’est pas une démarche objective, car elle disculpe totalement l’enseignant.

Combien de cas de violence ont été relevés et où les professeurs ont été à l’origine, les problèmes de l’école ne peuvent être causés par les élèves et leurs parents, les problèmes de l’école algérienne reflètent un malaise sociétal profond qui refait surface à l’école transformée alors en exutoire pour tous les maux de la société.

C’est aux sociologues de faire le diagnostic de ces dérives qui prennent de l’ampleur et non pas à un syndicat défendant les intérêts de sa corporation et c’est aux autorités compétentes d’appliquer la réglementation régissant la vie scolaire.

Massinissa Mansour