L’annonce du contenu de la révision constitutionnelle a fait réagir la classe politique et les personnalités nationales. Et entre les satisfaits de voir tamazight devenir, enfin, langue officielle et ceux qui avancent qu’il n’y a rien de concret, les avis sont partagés.

Pour Ali Benlis, «il est triste pour le pays que la constitution de la République ait été réduite à incorporer une logorrhée politicienne sans consistance, sans profondeur de vue et sans cohérence politique ou juridique. Il est triste pour le pays que la Constitution de la République soit instrumentalisée par le régime politique en place à la seule fin de gagner des sursis et de durer». L’homme se dit «attristé par la mouture que le pouvoir a publié». «Près de cinq années de perdues pour le pays pour un résultat aussi dérisoire. Près de cinq années de perdues pour le pays juste pour permettre à un régime politique d’avoir sa constitution qui ne sera pas celle de la République et qui en tout état de cause ne lui survivra pas»., ajoutera l’ancien premier ministre.

Le RCD estime que l’officialisation de la langue amazighe «consacre enfin le combat de plusieurs générations pour une demande légitime et essentielle pour l’harmonie et la crédibilité des paramètres définissant le cadre devant accueillir notre destin collectif». Par contre, le parti de Mohcine Belabbas indique que «l’annonce de la constitutionnalisation d’une commission de surveillance des élections apparaît comme une offre en trompe l’œil destinée à entretenir la confusion pour reconduire les méthodes du passé, ce qui ne répond ni au problème crucial de la légitimité des instituions ni, par voie de conséquence, à la demande de l’opposition».

Pour le MSP, «cette constitution n’est ni consensuelle, ni porteuse de réformes et n’exprime que les orientations du président de la République et ceux qui l’entourent», écrit le parti dans son communiqué. Le MSP note une continuité dans la nature du système politique qui «ne ressemble à aucun système constitutionnel dans le monde et qui fait que le président gouverne sans assumer les responsabilités». «Les textes n’ont jamais posé problème en Algérie, mais la corruption du système politique, le non-respect et la non-application des lois (…)», ajoutera le parti d’Abderazak Makri.

Pour sa part, le mouvement Nahdha indique qu’au lieu «de constitutionnaliser une instance indépendante de gestion des élections, il constitutionnalise une instance de surveillance pour tromper l’opinion publique et lui faire croire qu’il répond aux revendications de l’opposition».

«Nous prenons cette justice tardive sans remercier quiconque parce que c’est notre droit naturel de parler, écrire, travailler et vivre dans notre langue maternelle et parce que c’est le droit historique inaliénable d’une langue et d’une culture qui ont survécu à des millénaires de déni et de répression, de recouvrer, sans conditions, leur souveraineté sur leur territoire historique! L’Algérie et la plus grande part de l’Afrique du nord appartiennent aux espaces linguistiques et culturels arabophone et francophone, mais ne seront jamais arabe ni française parce qu’elles sont déjà amazigh et qu’elles doivent le rester!», indique, pour sa part, Ali Brahimi, militant berbériste.

 Essaïd Wakli