Son Excellence Xavier Driencourt, Ambassadeur de France en Algérie
Son Excellence Xavier Driencourt, Ambassadeur de France en Algérie

Xavier Driencourt fait son retour à la tête de la représentation diplomatique française à Alger. Le diplomate français est passé par le Quai d’Orsay, le ministère des Affaires étrangères français entre 2013 et 2017, avant une deuxième nomination à la tête de l’ambassade de France à Alger. De son propre aveu, c’est lui-même qui a demandé à revenir en Algérie. Pour lui, ce pays est un partenaire important. Il évoque ici les différents aspects des relations franco-algériennes et donne une lecture des défis auxquels la société algérienne devra faire face à l’avenir. Entretien.    

Algérie Focus : M. Driencourt, vous avez déjà été à la tête de l’ambassade de France en Algérie entre 2008 et 2012 où vous vous êtes distingué avec votre sens de l’échange apaisé. Aujourd’hui, c’est vous-même qui avait demandé à être réaffecté à Alger. Une requête accueillie favorablement par le Quai d’Orsay et Alger. Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir à Alger alors que vous auriez pu demander à être affecté dans n’importe quelle grande capitale du monde?

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 Xavier Driencourt : il y a plusieurs raisons qui ont motivé ce retour à la tête de notre représentation diplomatique à Alger. D’abord, je dirais que je porte une affection particulière à l’Algérie, ce qui est en soi, une condition essentielle pour être efficace dans son travail. Je n’ai aucune attache, familiale ou autre, avec ce pays, mais je l’aime parce que je crois tout simplement en son potentiel et à son importance. Et l’Algérie est un partenaire exceptionnel pour la France. Je pense aussi que l’installation de nouveaux gouvernements en Algérie et en France après l’élection d’Emmanuel Macron va faire entrer les relations bilatérales dans une nouvelle phase.

 

Vous insistez sur l’importance du partenariat entre l’Algérie et la France. Pourquoi revêt-il une telle importance ? Et surtout, quels sont ses principaux axes? 

L’Algérie est particulièrement importante pour la France car le partenariat franco-algérien couvre tous les domaines. En effet l’Algérie fait partie de ces rares pays avec lesquels la France entretient une relation exclusive qui ne se limite pas à un seul domaine. Les enjeux économiques, pétroliers et gaziers etc revêtent, bien évidemment, une grande importance, mais le plus important reste la dimension humaine. Cette dimension se manifeste notamment à travers les migrations entre les deux pays. La communauté algérienne, franco-algérienne ou française d’ascendance algérienne qui est présente en France, confère un aspect unique à ces relations. Il y a aussi la dimension éducative et culturelle, l’Algérie est un pays francophone et la langue française joue un rôle dans la formation. En plus des aspects économique et humain, la dimension sécuritaire s’est imposée plus récemment avec la question du Sahel. En fait, tous ces aspects soulignent la variété et la densité des relations entre les deux pays ; c’est un défi particulièrement intéressant pour un ambassadeur qui est amené à intervenir dans tous les domaines.

 

On vous prête la réputation d’être un très fin connaisseur de l’Algérie. Vous avez toujours entretenu de bons rapports avec les différents acteurs de la société algérienne que ce soit avec les responsables politiques, les opérateurs économiques ou la société civile. Quel regard portez-vous sur les enjeux à venir auxquels la société algérienne devra faire face à court et moyen terme ?

Je ne sais pas si je suis un fin connaisseur de l’Algérie, comme vous le dîtes, mais les quatre années que j’ai passé dans ce pays m’ont permis de tisser des liens avec des responsables politiques, des acteurs économiques et de la société dite civile.  J’ai beaucoup apprécié ces contacts, certains m’ont profondément marqué. J’ai dit à mes futurs collaborateurs qu’il faut amplifier ce travail de proximité, sortir de l’ambassade, aller à la rencontre du peuple algérien, l’inviter à venir nous rencontrer. Il faut sortir d’Alger et voyager aux quatre coins du pays pour prendre le vrai pouls de ce magnifique pays.

Pour répondre à votre question sur les enjeux auxquels la société algérienne devra faire face, je préfère plutôt parler de dimensions sur lesquelles il est urgent de travailler et pas d’enjeux. À mon sens, il y a trois dimensions. Encourager les Algériens à avoir confiance en eux-mêmes, car l’Algérie est un pays qui a un énorme potentiel. Tout en restant à la place qui est la nôtre, je crois que nous pouvons accompagner les Algériens et les encourager à développer ce potentiel. La deuxième dimension a trait à la transition économique du pays, car c’est l’intérêt de tous que l’Algérie surmonte les difficultés nées de la baisse du pétrole et réussisse cette transition économique. Il me semble que les entreprises françaises, mais aussi la communauté algérienne établie en France et les Franco-Algériens parce qu’ils représentent des acteurs importants, ont vocation à accompagner l’Algérie dans cette transformation. Nous avons été trop absents dans les années 90, nous devons donc être présents aujourd’hui. Le troisième aspect concerne quant à lui, les questions liées à la formation et à l’éducation qui sont prioritaires.  Beaucoup a été fait depuis 2012 dans ces trois secteurs, par mes prédécesseurs et je pense que nous pouvons amplifier ce mouvement. Je tiens à saluer le remarquable travail effectué par Jean-Louis Levet.

 

Vous avez parlé d’accompagnement de l’Algérie dans sa transition économique par des entreprises françaises. Pourtant, les Algériens ont toujours le sentiment que les accords signés avec le Maroc sont meilleurs que ceux signés avec l’Algérie, le cas de l’usine Renault est particulièrement révélateur de cet état d’esprit. Qu’en pensez-vous ?

 Il peut y avoir une part de vérité là-dedans, mais est-ce bien la réalité ? Vous évoquez le cas de l’usine Renault à Oran et celle de Tanger au Maroc en soulignant que celle d’Oran n’avait pas le même degré d’intégration et les mêmes possibilités d’exportation. Il m’a été donné de répondre à une question similaire lors de ma première conférence de presse en qualité d’ambassadeur de France en Algérie en 2008. Ce jour-là on m’avait demandé pourquoi Renault avait choisi de s’implanter au Maroc et non en Algérie. Cette situation s’expliquait à l’époque par la disponibilité d’un environnement favorable à l’investissement de Renault. N’oublions pas que les entreprises ne sont pas particulièrement altruistes, dans la mesure où ce sont d’abord leurs intérêts qui priment et que l’administration française n’a pas prise sur ces entreprises en ce sens qu’elle ne peut  les obliger à s’implanter dans tel ou tel pays. Elle peut, en revanche, les orienter, les accompagner, les conseiller et c’est cela le travail d’une ambassade. Il faut expliquer l’Algérie, son potentiel, ses avantages.

 

Vous avez énuméré les enjeux des relations entre les deux pays soulignant l’existence de liens étroits qu’il faudrait renforcer à l’avenir. Quelles sont vos priorités et les dossiers à traiter en urgence ?  

 Avant toute chose, il faut me faire une idée précise à mon arrivée à Alger pour fixer ces priorités car l’Algérie a changé en cinq ans. Cependant, je peux vous dire qu’en sus de ce qui a été dit tout à l’heure notamment en ce qui concerne la coopération économique et la coopération dans le domaine de la formation, je crois qu’il faut identifier, avec nos partenaires algériens, des projets concrets que nous pourrons mettre en œuvre ensemble. Le Président de la République, Emmanuel Macron avait évoqué lors de sa visite à Alger, la réflexion sur une chaîne de télévision Franco-algérienne sur le modèle d’ARTE ou encore la création d’un office Franco-algérien pour la jeunesse. Ce sont des pistes à explorer.

Je veux également souligner le fait que nos partenaires algériens ont une parfaite maîtrise de notre langue, ils sont souvent formés dans nos écoles, ces partenaires ont les mêmes « codes » que nous, ils ont également une parfaite connaissance de l’environnement politique et administratif français ; c’est pour cela qu’il faut faire comprendre aux chefs d’entreprises de Marseille, Toulouse  ou Montpellier  que leur « arrière-pays » économique, c’est l’Algérie, et que c’est là qu’il faut investir. Alger ou Oran ne sont pas plus éloignées de Marseille que ne le sont Lille ou Strasbourg. C’est pour cela qu’il faut les convaincre de regarder vers le Sud et pas seulement vers le Nord.

Laissez-moi en conclusion redire que c’est un immense honneur pour moi de servir à nouveau en Algérie : j’ai dit en quittant Alger en 2012 « qu’on ne sortait pas indemne de quatre années en Algérie » : revenir à Alger est la preuve de mon engagement, de ma détermination et de l’immense confiance que j’ai dans l’avenir et la force des relations algéro-françaises.