« La sentinelle », comme l’a si qualifiée Mustapha Hammouche dans l’une de ses chroniques quotidiennes publiée dans le journal Liberté, a bien monté sa garde. Louisa Hanoune, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, sait bien des choses concernant le rapt puis l’exécution du touriste français Hervé Pierre Gourdel. La patronne du Parti des Travailleurs a laissé entendre vendredi que le MAK est impliqué dans l’enlèvement puis l’exécution de l’otage français Hervé Gourdel. Un dérapage de trop.

Hasard du calendrier : l’alerte de Louisa Hanoune intervient au lendemain de la parution d’une chronique de Mustapha Hammouche sur Liberté, qui  écrivait : « La plus préoccupée d’entre nos élites politiques des questions de sécurité nationale, Louisa Hanoune, reste murée dans son silence. Elle, qui voit partout la menace extérieure des soldats américains sur le point de nous envahir, pense, peut-être, que l’EI n’est pas « une menace extérieure » ! ».

La patronne du PT (Parti des Travailleurs), vraisemblablement touchée dans son amour propre, a rompu son silence, vendredi. Elle a ainsi avancé « l’éventualité d’une implication du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) dans l’enlèvement et l’assassinat du ressortissant français, Hervé Gourdel, commandités de l’étranger afin de placer la région sous protection internationale », dans des propos repris par l’APS.

Contactée ce samedi pour savoir sur quoi elle se basait en avançant une accusation aussi grave à l’encontre d’un mouvement pacifique, de surcroît connu pour sa répugnance à toute forme d’islamisme, la chef du PT a refusé de répondre à nos questions.

C’est l’un des membres de la direction du PT, le député Ramdane Tazibt, qui a finalement accepté d’expliciter les accusations lancées par son leader. « En tant que parti politique, nous nous posons des interrogations comme tous les autres partis », souligne-t-il d’emblée. Mais là, il ne s’agit pas d’interrogations, mais d’accusations. Sur quoi le PT se base-t-il pour avancer de telles accusations ? « Un communiqué du MAK dans lequel la Kabylie est comparée au Kurdistan irakien. C’est inacceptable ! », empeste-t-il. En quoi cela est inacceptable ? « L’Algérie n’est pas l’Irak. L’Algérie est souveraine. Il n’y a pas d’intervention militaire chez nous, contrairement à l’Irak », argumente-t-il. Mais une telle comparaison lorsqu’il s’agit d’une nébuleuse terroriste n’est pas la première du genre, beaucoup d’analystes et d’observateurs avaient alerté contre une éventuelle « pakistanisation » ou « afghanisation » de l’Algérie. Le PT n’a jamais régit. « Nous en avons jamais entendus parler », tente-t-il de convaincre. Et d’ajouter : « Le MAK s’est dit dans son communiqué prêt à être un allié de l’Occident dans la lutte anti-terroriste ». En quoi cela constituerait-il un mobile pour accuser le MAK d’une « éventuelle implication » dans la décapitation du touriste françaisHervé Gourdel ? D’autant plus que l’Etat algérien a toujours affiché sa disponibilité à coopérer à la lutte antiterroriste à l’échelle mondiale. « Cela profite au MAK »,  croit-il savoir. Même si cela profitait au MAK, cela ne voudrait pas dire qu’il en est le commanditaire. En plus, nombre d’observateurs estime que cela profiterait en premier lieu au régime algérien pour maintenir une politique sécuritaire répressive. « L’Algérie n’y est pour rien. Les responsables sont les puissances occidentales qui ont créé Daech », analyse le député du PT.

Le MAK dément

Contacté par nos soins, le président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), Bouaziz Ait Chebib, a tenu à présenter « en premier lieu nos condoléances à la famille et aux proches d’Hervé Gourdel ». Avant de se défendre d’une quelconque implication dans cet assassinat : « Quand cela émane de Louisa Hanoune, cela relève de la comédie plutôt que de la politique. Ça n’est pas sa première blague. Lorsqu’il s’agit de la Kabylie, elle joue toujours le rôle du porte-parole du pouvoir algérien. Elle le courtise pour avoir plus de sièges lors des prochaines échéances électorales », réplique-t-il, et de rappeler que « lorsque 17 militaires algériens ont été assassinés elle n’a daigné réagir ». Et de réaffirmer: « Notre combat a toujours été pacifique. Nous avons toujours réitéré notre attachment aux principes de laïcité et de démocratie dont la Kabylie a toujours été le fief . Quant au kidnapping puis l’exécution de l’otage français, c’est l’œuvre des services algériens qui veulent ternir l’image de la Kabylie dans un contexte international des plus favorables aux mouvements indépendantistes, comme c’est le cas en Ecosse, en Catalogne et au Kurdistant irakien ».

M. Ait Chebib conclut en soulignant que « le MAK a été le premier à avoir appelé à un rassemblement pour dénoncer le crime odieux des terroristes islamistes ». « Jeudi dernier, pendant que nous manifestions en Kabylie pour dénoncer le terrorisme islamiste, Louisa Hanoune était où ? ».

Yacine Omar

Article précédentChlef : Les hôpitaux, construits dans des préfabriqués, en décripitude
Article suivantVidéo. Algérie : Paroles d’industriels