La charte d’Alger de 1964 puis celle de 1976 consacre l’Emir Abd-El-Kader comme ‘’Héro Fondateur de l’Etat algérien moderne’’. En 17 ans de guerre, l’Emir Abd-El-Kader a mené 116 batailles et affronté plus de 140 généraux, 5 princes et 16 ministres de la guerre.

Dans un discours énergique contre le système suivi jusque là en Algérie, Thiers a dit en substance ceci durant la session parlementaire de 1835, après la défaite française de la Macta :  »Ce n’est pas de la colonisation ; Ce n’est pas de l’occupation sur une large échelle ; Ce n’est pas de l’occupation sur une petite échelle. Ce n’est pas la paix ; Ce n’est pas la guerre. C’est de la guerre mal faite ». Abd-El-Kader Ben Mohieddine El-Hassani, âgé de 26 ans, a affronté en cette mémorable bataille, les colonnes du général Trézel composées de 2600 hommes d’infanterie lourdement équipés en plus d’un régiment de chasseurs d’Afrique, soit 6 escadrons de combat. Usant d’une tactique militaire d’un style nouveau et révolutionnaire, défiant toutes les stratégies militaires usuellement admises à l’époque, l’Emir infligera aux envahisseurs, une cinglante défaite le 28 Juin 1835 : Le bilan était lourd des deux cotés : les rapports militaires de l’époque (Clauzel, Tatareau, du Barail, Oudinot, Changarnier, Thomas, Berthezène) évaluent les pertes françaises à près de 1000 morts et quelques 1500 blessés ; L’Emir fera en outre de nombreux prisonniers. Les chiffres réels contenus dans ces différents rapports parlent de ‘’962 tués, près de 1500 blessés et quelques disparus (prisonniers ou déserteurs)’’ du coté français. Après cette bataille, Trézel sera remplacé par un autre illustre général, d’Arlanges, alors que le général Comte Drouet d’Erlon sera remplacé lui par le maréchal Clauzel. Cette valse de généraux prouve l’ampleur du désastre du coté français qui eut lieu d’abord à Ghabet Ezzeboudj (près de 500 morts du côté français) pour ensuite se terminer dans les fameux marécages de la Macta.

En face de l’armée française, l’Emir n’avait à opposer que ses 1100 réguliers (800 khiyala et 300 asker, jeunes recrues ou volontaires dont l’âge oscillait entre 16 et 29 ans) auxquels se sont ajoutés 1500 combattants de la région (1000 cavaliers et 500 fantassins). L’issue de la présence coloniale française aurait été autre si les Zmouls commandés par leur chef, général naturalisé français, ne s’étaient pas portés au secours de ce qui restait des fuyards -Trézel en tête- à l’embouchure de la Macta ! La bataille de la Macta avec celle de Sidi Brahem ou les retraites françaises de Constantine entre autres événements marquant la grande épopée du fondateur de l’état moderne Algérien, formeront pour les envahisseurs français, parmi les épisodes les plus douloureux des guerres en Algérie.

L’Algérie a cette chance inestimable d’avoir un des ses enfants devenu un référent universellement reconnu pour avoir été l’un des initiateurs d’un dialogue franc interreligieux, précurseur de la convention de Genève sur les prisonniers de guerre, pour son sauvetage, unique en son genre, de milliers de chrétiens menacés de mort à Damas en 1860 et pour sa contribution dans le rapprochement des peuples des deux rives de la Méditerranée qui a trouvé son expression dans son implication directe à l’inauguration du canal de Suez en 1869. L’Emir fut le symbole de l’Unité Nationale en réunissant toutes les tribus de l’Ouest, du Centre, de l’Est et du Sud du pays le 27 Novembre 1832 à Derdara près de Ghriss par la proclamation de la Moubaya’â où il est bien mentionné que ‘’toutes les tribus et autres non dénommées’’ étaient présentes ce jour là, ce qui en fait une ‘’élection nationale’’ et non régionale. N’est-il pas temps de faire encore une fois appel à l’Emir Abd-El-Kader dans ces moments douloureux que traverse le monde arabo-musulman ?

Chamyl Boutaleb, *Docteur d’état en médecine : chamylboutaleb@yahoo.fr

 

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