Réunie depuis mercredi à Istanbul pour préparer notamment la conférence de Genève sur la Syrie, qui devrait se tenir au cours de la dernière décade de juin, la Coalition nationale a été incapable d’élargir son instance dirigeante pour lui donner une plus grande représentativité.

Alors que le régime a donné son accord pour participer à la conférence de Genève, le principal groupe de l’opposition àBachar el-Assad continue d’étaler ses divisions. Réunie depuis mercredi à Istanbul, la Coalition nationale a été incapable d’élargir son instance dirigeante pour lui donner une plus grande représentativité. Sur pression saoudienne, vingt-deux nouveaux membres devaient rejoindre les 60 dirigeants de la Coalition, reconnue par la communauté internationale comme «le représentant légitime» de cette opposition. Mais au terme de quatre jours de palabres, les tout-puissants Frères musulmans et leurs parrains qatariens s’y sont opposés. Résultat: seules huit nouvelles têtes ont été admises. Pas de quoi changer le rapport de forces. Grand perdant de cet élargissement, l’opposant Michel Kilo a claqué la porte en souhaitant «bonne chance» à ses amis. Cette figure libérale était soutenue par l’Arabie saoudite, qui veut réduire le rôle des Frères musulmans et du Qatar, ainsi que par la France – Laurent Fabius l’avait rencontré avant la réunion d’Istanbul. «Je ne crois pas que vous ayez la volonté de saisir notre main tenue», a déclaré Kilo, en laissant percer sa déception: «Nous parlions d’environ 25 noms sur la base de nos négociations, puis il y a eu un accord sur 22, puis le nombre a baissé à 20, puis à 18, puis à 15, puis à cinq.» Tout n’est pas perdu: les partisans de Kilo devaient se réunir lundi soir pour décider s’ils cessent ou non de participer aux travaux de l’opposition. «La Coalition ressemble à une société anonyme dans laquelle le Qatar posséderait 20 % du capital, la Turquie autant, la France un peu, mais aujourd’hui, les Saoudiens aimeraient bien monter à ce capital», ironise un observateur syrien.

Menaces américaines

Mais leur rival et voisin qatarien se montre plus que jamais hostile à ce que l’Arabie prenne en main cette restructuration de la Coalition, si souvent exigée par l’Europe et les États-Unis, mais jamais réalisée. À Istanbul, Moustapha Sabbagh, l’homme de main du Qatar pour acheminer argent et armes aux rebelles, ne s’en est pas laissé conter. «Tout cela est l’œuvre de Sabbagh, mais je ne vois vraiment pas l’intérêt d’agacer l’Arabie saoudite», déclare à l’AFP une source au sein de la Coalition. Même la France, pourtant longtemps au côté du Qatar, commence à se repositionner dans cette lutte d’influences.

Finalement, la réunion d’Istanbul a été prolongée de deux jours. La Coalition doit également se doter d’un nouveau président, après la démission de Moaz al-Khatib ; dire si oui ou non elle ira à Genève ; et enfin mettre sur pied son propre gouvernement de transition. Depuis sa nomination le 19 mars, le premier ministre désigné, Ghassan Hitto, s’est montré incapable de former un gouvernement transitoire susceptible d’administrer les zones tenues par les rebelles en Syrie. Tous ces atermoiements embarrassent les parrains russes et américains de la conférence de Genève qui devrait se tenir au cours de la dernière décade de juin. Pour y participer, la Coalition exige que l’agenda stipule qu’el-Assad sera exclu de la transition. «Si vous ne venez pas à Genève, on vous coupera toute aide politique et militaire, aurait menacé John Kerry, le secrétaire d’État, devant un groupe d’opposants à Amman. En revanche si vous venez, vous pourrez tout mettre sur la table.»

Lu sur Figaro.fr