L’annonce du lancement de deux projets d’investissement américains dans le sud du pays donne lieu à une véritable polémique. L’expert financier, Ferhat Aït-Ali, a publié une analyse, en deux parties, dans Maghreb Émergent. Il doute de la faisabilité de ces projets et remet en cause la fiabilité des investisseurs américains. Des réserves qui n’ont pas été du goût de Smaïl Chikhoune, le président du conseil d’affaires algéro-américain qui a répondu dans le même média.

Dans une longue analyse, Ferhat Aït Ali relève notamment que si «la partie algérienne» du projet de la ferme d’Adrar est connue à travers les groupes Lacheb et Tifra Lait, la partie américaine, une société dénommée AIAG, l’est moins. «Il s’avère que ce groupe n’a dans les faits que le dernier mot de son appellation en anglais», écrit l’expert qui pense que la société américaine n’a pas d’existence réelle. « C’est une LLC, l’équivalent d’une Sarl, créée le 06 juin 2015, au 4031 Université Drive, dans le comté de Fairfax dans l’Etat de Virginie, sous le numéro USVAS565945, et sans aucune autre action commerciale depuis sa création, au capital social indéfini, sans aucun compte bancaire ni aucune activité connue dans son domaine d’activité supposé», note-il. Plus loin, Ferhat Aït Ali observe que l’un des patrons de cette entreprise est un vétéran des services secrets américains.

Sur le plan économique, Ferhat Aït Ali affirme que les partenaires américains n’ont pas les moyens de financer un aussi grand projet, dont les investissements sont estimés à 800 millions de dollars. «AIAG n’a donc aucun actif qui la prédispose à investir pour près de moitié de 800 millions de dollars (49 – 51) dans l’agriculture saharienne en Algérie». Plus, il croit savoir que les financements seront assurés par les banques publiques algériennes.

Les accusations n’ont pas laissé insensible Smaïl Chikhoune, président du Conseil d’affaires algéro-américain. «L’attaque de l’expert financier visant le dénigrement et le doute dans le travail des experts (confrères) des plus grandes universités américaines ne peut être justifiée. Car les propos sont non vérifiés, subjectifs et souvent hors contexte pour un expert dont la préoccupation doit être la vérité scientifique», écrit-il, citant dans les détails les références des entreprises américaines qui sont des «consortiums».

Pour Smaïl Chikhoune, seul le projet entamé à El-Bayadh est concret. Pour celui d’Adrar, «le partenariat est à ses débuts avec la signature d’une lettre d’intention. Le projet est à la phase de pré-étude de faisabilité, pour laquelle des experts américains se sont déplacés sur place afin de prospecter les lieux; d’autres suivront pour des analyses plus approfondies», indique-t-il tout en invitant son contradicteur et la presse à une visite sur le site d’El-Bayadh en mars prochain.

Essaïd Wakli