Comment maintenir l’effort de réalisation des infrastructures économiques tout en diminuant les dépenses d’équipement de l’Etat ? La réponse est dans le recours au financement par le partenariat public-privé mais également à la coopération internationale.

Une information publiée dans la torpeur du week-end est passée pratiquement inaperçue. C’est l’agence officielle APS qui le dit. Quatre  projets pilotes dans les transports susceptibles d’être retenus pour un financement par la Banque mondiale (BM), après décision du gouvernement, ont été examinés, jeudi, à Alger, à l’issue d’une rencontre sur le partenariat public-privé. Et il ne s’agit pas de n’importe quels projets. L’un d’entre eux concerne la construction du métro d’Oran, un deuxième l’extension du métro d’Alger et les deux autres, le  projet du péage sur l’autoroute Est-Ouest, et de la ligne pilote de bus «à haut niveau de services» qui doit relier Tafourah à l’Aéroport international Houari-Boumediene. L’information a été donnée à l’APS par  le directeur général des infrastructures au ministère des Travaux publics et des  transports, M. Boualem Chetibi.

Ces projets feront l’objet d’une étude de faisabilité dans le cadre du partenariat public-privé avec le soutien technique et financier de la Banque mondiale (BM) après décision du gouvernement, a précisé M. Chetibi. »On a examiné avec les experts de la BM tous les aspects réglementaires et techniques et même financiers pour accélérer le processus d’un partenariat gagnant-gagnant, qui vise essentiellement à développer et à diversifier les  infrastructures dans notre pays », a-t-il ajouté. Le même responsable  a précisé que les quatre projets sont susceptibles d’être retenus pour un financement par la Banque mondiale dans le cadre du PPP, notant que la BM assure l’accompagnement technique ainsi que le financement des études d’expertises.

Plus de deux milliards de dollars de financements nécessaire

Le montant des financements nécessaires pour les deux principaux projets a été révélé. Pour  le métro d’Oran (19,7 KM avec 20 stations), le coût total estimatif est de 168 milliards DA (environ 1,5 milliards de dollars). Le projet d’extension du métro d’Alger (Place des Martyrs –  Chevalley) sur une distance de 9,5 km avec 8 stations devrait coûter de son coté 74 milliards DA (environ 770 millions de dollars )

Endettement extérieur :  Fin d’un « tabou »…

Dans le but de résoudre l’équation devenue compliquée du financement des investissements publics, il faudra dans la période à venir  multiplier les solutions en renonçant en chemin à un certains nombre de «dogmes». Au premier rang d’entre eux figure l’interdiction de l’endettement extérieur. Déjà, l’année dernière, à peu près à la même époque, on annonçait de façon très officielle que  l’Algérie venait de formaliser sa décision de recourir à des emprunts extérieurs pour le financement d’un premier grand projet d’équipement. Il s’agit du  nouveau port commercial du Centre, prévu à Cherchell. Le coût du projet, très élevé, est évalué à 3,3 milliards de dollars. Il sera soutenu financièrement grâce à un crédit chinois à long terme. Les deux sociétés chinoises et le Groupe public national des services portuaires qui ont signé le protocole d’accord ont procédé à la création d’une société mixte de droit algérien. C’est cette  société qui  se chargera de l’obtention d’un prêt auprès des banques chinoises.

Vers la reprise de la coopération avec la Banque Mondiale

Entre l’Algérie et la Banque mondiale, les relations sont  quasiment au point mort depuis le milieu de la décennie écoulée. La raison de l’interruption quasi complète de la coopération entre la BM et l’Algérie tient à une raison très simple qui est la politique de désendettement tous azimuts adoptée par les autorités algériennes à partir de 2003- 2004. Mise en œuvre sans nuances, elle a provoqué une série de dégâts collatéraux, au premier rang desquels figure la tarissement presque complet de la coopération avec les institutions financières internationales. La Banque mondiale n’est pas la seule concernée et des institutions comme la Banque africaine de développement (BAD) ont également vu leurs activités et leurs représentations en Algérie réduites à leur plus simple expression jusqu’à l’annonce, à la fin de l’année dernière, de l’octroi d’un prêt de 900 millions de dollars à l’Algérie. Seules les assistances techniques conclues dans le cadre du programme MEDA de l’Union européenne ont échappé à cette lame de fond en raison, à la fois, de la signature de l’Accord d’association et de l’absence d’endettement lié aux actions mises en œuvre.

Quelques spécialistes, en réalité assez peu nombreux, se sont émus au cours des dernières années des freins imposés  à la  coopération  avec des institutions disposant d’un savoir faire et d’une expérience considérable en soulignant notamment son caractère paradoxal dans un contexte où, au cours de la décennie écoulée, l’Algérie mettait en œuvre des programmes d’investissements colossaux sans pouvoir toujours les accompagner de la maturation, des évaluations et des actions de suivi nécessaires. La décision d’associer la Banque Mondiale à la réalisation de plusieurs  projets d’infrastructures de transport doit encore être approuvée par le gouvernement. Ce serait une excellente nouvelle pour la poursuite de l’effort de réalisation des infrastructures économiques dans notre pays au moment ou  la rareté des ressources financières va obliger de façon croissante les pouvoirs publics à explorer d’autres horizons que celui du seul financement budgétaire.