Par F | novembre 11, 2012 10:10
ghoulgate

De quoi faire rire le rusé vendeur de moutons qui habite dans la tête de chaque algérien : la semaine où le ministère de l’Intérieur interdit d’activité et de création une simple association de lutte contre la corruption, un journal algérien “Algérie news”, publie deux lourds dossiers « prouvés », avec documents et sources, sur les pots-de-vins présumés reçus, selon ce journal, par Amar Ghoul le ministre de l’autoroute, patron d’un nouveau parti politique titularisé à la naissance, mais pas seulement lui.

Les révélations sont impressionnantes, détaillées, précieuses autant pour le cas de l’autoroute que pour les autres grands projets dit Présidentiels. On y voit la main d’un  cercle de professionnels et une industrie d’intermédiaires. Tout y est : noms, prénoms, montants, sommes, sociétés-écran. De quoi prouver l’évidence : l’Algérie est une vraie vache à lait dont les pis juteux sont situés en haut et les cornes en bas sur la tête de chacun. Bien sur, enfant des complots, nous y avons tous posé la question : pourquoi maintenant ?

Réponse : ce n’est pas mon problème. L’essentiel est sous les yeux, pas derrière le dos : les révélations d’Algérie news sont graves, lourdes et doivent être traitées par la Justice. Que certains disgraciés, envieux, calculateurs ou candidats aux prochaines présidentielles cherchent la peau de Amar Ghoul, Soltani ou Belkhadem, n’est pas notre affaire. On « achète » le premier qui est vendu par les siens, nous le peuple.

Pour le cas de Ghoul, on le sait trop « hand made » depuis quelques temps : il a un parti-SMS sur simple commande, l’ENTV parle de lui comme d’un ami, il glisse entre les gouttes de la pluie, gère trop d’argent et semble être un pur produit d’officines pour ne pas s’attirer les soupçons. L’affaire est grave cependant. Pour le moment il est présumé coupable. A la justice de se saisir. Sinon, on aura compris. Toujours. Et surtout pourquoi une simple association de lutte contre la corruption, a moins de chance d’être agrée que le parti Tadj de Amar Ghoul.

Pour le second dossier d’Algérie news, publié ce dimanche, c’est un autre baron de l’Algérie qui est cité : Belkhadem. Fabrication de Boumedienne, devenu Père forcé de la nation. Dans le second tome des « révélations », on apprend qu’il a intervenu, selon ces sources, pour « corriger » un appel d’offre pour un marché de plusieurs milliards. Les colonnes de ce journal démontrent qu’il existe une véritable industrie d’intermédiaires, d’entremetteurs et de corrupteurs nationaux qui ont enrichie un cercle du Pouvoir sous le nez de la Présidence et ses discours, dit-on. Les pourcentages de « la relance » s’y révèlent faramineux. Pendant que l’on parle de pomme de terre à 70 le kilo, certains parlaient de centaines de millions d’euros par contrat ou chantier. On y apprend que l’information se vend, les dossiers des ministères, les plans des projets, les ministres eux-mêmes, les directeurs….etc . Tragique et époustouflant comme révélations.

Et après ? Maintenant qu’on a les noms, les traces, les prénoms, les commissions, les pourcentages et les journaux qui en parlent ? Il manque le peuple, alias la société civile, l’Etat de droit. L’Algérie newsgate n’a pas eu de suite. A peine si Amar Ghoul a daigné répondre par des généralités sur une chaîne TV « Privée », Ennahar TV. La justice ne s’est pas auto saisie  Le peuple ne s’est pas soulevé. Les têtes ne sont pas tombées. L’Algérie est une chose riche et morte. Confirmant presque ce fatalisme ancien : il ne sert à rien de dire et de dénoncer.

Vrai ? Non. Il faut s’acquitter : des « révélations » ont été faites. C’est le propre des médias que de « dire ». Maintenant, le silence qui suit n’est que signe de la complicité. Active au sein des appareils du régime. Passive dans les têtes de ceux qui geignent sur le « sort du pays ».

Dénoncer la corruption ne sert à rien donc ? Non. Cela sert au moins à dénoncer le silence et de juger du désastre, à défaut de juger des personnes. Pour le moment. Car « ils » payeront, comme ils ont été « payés ».

 

 Kamel Daoud 

 



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