• Par F | novembre 18, 2012 11:00
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    Qu’est-ce que la Palestine ? D’abord un champ de morts et de mots qui intoxique cette terre virtuelle. Religion. Islam. Arabe. Injustice. Mahmoud Darwich. Guerre Sainte. Saladin. Reconquête. Réparation. Trahison. Echec collectif. Malheurs. El Qods. La terre. Les croisades. L’Ennemi. Le complot. La preuve par Allah. Les « frères ». Arafat. La Télé. Le JT. Terres occupées. Sionisme. Fuite. Exile. Traversée du Sinaï dans les sens contraire. Qibla. Djihad. Fin de monde.

    Et Israël ? Cela veut dire L’Autre, dans les esprits des nôtres. Tous les autres. L’Occident. Les impies. La trahison. Kheybar. Coran. Fourberie. Complot mondial. Peur. Sombre. Noir. Couteau. Lobbys. Guerres. Poisons. Raids. Drones. Avions de chasse. Eternité. Adversité à Dieu. Ancienne histoire. Impossibilité de liens. Hommes armés avec casque et chars. JT. Colonies. Menaces. Tromperies.

    C’est donc l’actualité de la semaine et du siècle et d’un millénaire et demi. Les rapports entre les deux cousins Abel et Caïn, la vraie version, dont l’un veut ce que veut l’autre. Israël Bombarde Gaza mais cela est presque un détail dans la chronique des deux peuples. Au mot Israël est associé celui de juif et donc celui de la part ténébreuse et maligne du monde dans l’esprit du musulman. Palestine est un affecte, une cause, une frustration et un jeu de poupées russes : La Palestine est une cause, un effet, un produit dérivé, une légitimation, un strapontin, un bon dos, un outil et une société-écran. Les islamistes s’y investissent, Ben Laden, Zawahiri, les néo-nassérien, les néo-nationalistes, les « arabes » assis dans les cafés et les élites progressistes de la gauche restante. A force, ce drame sert à tout sauf aux Palestiniens. Il sert à annoncer la fin du monde comme à rire de soi et des « siens ».

    A quoi la Palestine nous est utile en Algérie par exemple ? A remplir les mosquées, soupirer, se consterner, crier, analyser le complot « juif » mondial présumé, consolider la paranoïa ou l’impuissance et à lever des foules pour les faire assoir. La culture anticoloniale locale est désormais investit par un messianisme religieux : la Palestine est un Palestinistan, sinon rien. La cause de décolonisation a basculée dans le messianisme. De part et d’autres d’ailleurs. Du coup, la Palestine est objet d’un double discours : celui du soutien dit indéfectible, officiellement. Celui de l’agacement, en sourdine. Les Palestiniens sont mal vus par les algériens mais on ne le dit pas. On les regarde de haut « parce qu’ils n’ont pas réussi leur FLN et l’ont trahis », « parce qu’ils se trahissent les uns les autres » et parce que se sont des arabes qui « méritent » leur sort.

    Paradoxe de cet esprit malin : beaucoup rêvent d’une Palestine libre mais… sans Palestiniens dedans. Presque comme une grosse mosquée de plusieurs centaines de kilomètres carrés. D’ailleurs, l’essentiel de l’histoire n’est pas de libérer les palestiniens mais de libérer la Palestine et de chasser les juifs. On ne veut pas faire plaisir à un peuple mais faire plaisir à un Dieu.  La Palestine est ce pays qui sert à dire que les Israéliens sont mauvais par nature, pour faire oublier que les « arabes » sont pires. Essayez de parler de cet affect et de ce jeu de dupes qui se cache derrière le dos du Palestinien pour faire semblant de le soutenir, est vous verrez tomber sur vous les foudres et les insultes. Car il ne s’agit pas d’une cause humaine, mais d’un effet religieux et émotionnel.

    La Palestine n’est qu’un prétexte pour quelque chose de plus sourd et de plus ténébreux dans l’âme morte du religieux et du revanchard. Ce n’est pas une cause de libération qu’il faut aider, mais une histoire de vengeance et de coups à rendre. De part et d’autres d’ailleurs. Pourquoi la Palestine n’est pas libre ? Parce que personne ne veut sa liberté chez les « arabes » : tous veulent l’utiliser, l’épouser de force, lui faire des enfants Djihadistes maintenant, monter sur son dos pour avoir une légitimité : au ciel ou par les urnes. C’est une bête de somme, pas une statue de la liberté.

    Abderrahmane Semmar



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