Inflation/ La Banque d’Algérie renvoie la balle dans le camp du ministère du Commerce

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En cette période d’accélération de la hausse des prix, une querelle à fleurets mouchetés, assez méconnue du grand public, s’est développée entre le ministère du Commerce et la Banque d’Algérie sur les causes de l’inflation. Ce n’est pas du tout un  hasard si le ministre du Commerce, M. Bakhti Belaib a annoncé, jeudi dernier à Alger, une nouvelle réglementation pour les marchés de gros des fruits et légumes en réaffirmant au passage l’engagement du gouvernement à maintenir la subvention des prix des produits de large consommation.

Cette  nouvelle réglementation prévoit l’obligation de facturation en vue d’assainir les circuits de distribution et garantir la transparence dans la traçabilité des marchandises, a affirmé le ministre qui était accompagné du wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, lors d’une visite d’inspection à plusieurs infrastructures commerciales de la capitale.

L’objectif principal du nouveau dispositif est de limiter les intermédiaires dans la chaîne de distribution aux seuls producteurs, grossistes et détaillants. Outre les paysans, la réglementation touchera également les éleveurs et les pêcheurs qui auront l’obligation de recourir à la facturation. M. Belaib, qui  a rappelé la réalisation en cours de huit marchés dont deux (Ain Defla et Sétif) seront réceptionnés cette année, a également appelé à enrayer le phénomène des commerçants illicites qui représentent, selon la Fédération nationale des grossistes, 60 % de l’ensemble des intervenants activant dans ce domaine. Lors de sa visite sur les marchés de gros de fruits et légumes, M. Belaib a même évoqué, pour la première fois depuis très longtemps (le milieu des années 80), la possibilité de plafonner les prix de certains produits en vue de préserver le pouvoir d’achat du citoyen.

La Banque d’Algérie pointe l’ «organisation du commerce»

La dernière sortie du ministre du Commerce ainsi que les annonces qui l’ont accompagnées peuvent  clairement être interprétées  comme une réponse aux déclarations récentes des responsables de la Banque d’Algérie. A l’occasion du rapport de conjoncture présenté la semaine dernière, le Gouverneur de l’institution, M. Mohamed Laksaci  a reconnu  que «l’inflation s’est accélérée depuis le début de l’année 2015, en  précisant  immédiatement que « l’ampleur de l’inflation en 2015 ne peut pas s’expliquer par l’inadéquation de l’offre à la demande, ni par l’expansion de la masse monétaire, qui s’est accrue à un taux historiquement bas, ni par l’évolution des prix mondiaux des produits de base importés. Il convient plutôt d’en rechercher les causes profondes dans les dysfonctionnements du marché et notamment celui des produits agricoles frais, caractérisé par une traçabilité limitée des transactions et une faible régulation».

L’examen des poussées d’inflation relevées ces dernières années semble avoir convaincu les services de la Banque d’Algérie que les causes de l’accélération de la hausse des prix dans notre pays ne sont pas monétaires (comprendre que la Banque centrale considère avoir fait son travail en contrôlant l’émission de monnaie), mais se situent  dans l’économie réelle. Renvoyant la balle dans le camp du ministère du Commerce, la Banque centrale pointe clairement la responsabilité de l’organisation du commerce de gros et de détail caractérisée par un nombre trop faible de marchés de gros organisés de produits agricoles, une formation des prix «opaque», l’absence de publicité des prix et de facturation ou encore la faiblesse du contrôle. Tous ces facteurs faciliteraient  et encourageraient les hausses de prix abusives, pendant que des positions dominantes renforceraient ces pratiques. De même, le paiement des transactions en cash et le refus de l’utilisation des moyens de paiement modernes rendraient ces dernières encore moins transparentes, selon l’institution dirigée par Mohamed Laksaci.

Produits alimentaires: Hausse quasi-générale en 2015, selon l’ONS  

Les analyses de la Banque d’Algérie s’inscrivent  dans le sillage des chiffres publiés par l’Office national des statistiques (ONS). Selon les bilans  officiels rendus publics mercredi dernier, le rythme d’inflation annuel a grimpé à 4,8% en 2015 (contre 2,9% en 2014 et 3,3% en 2013). La principale cause de la hausse des prix est imputable aux produits alimentaires et particulièrement aux produits agricoles frais. En 2015, la grande majorité des produits alimentaires a enregistré des hausses du niveau moyen des prix par rapport à 2014. Les augmentations les plus importantes ont été constatées pour les légumes frais (+11,4%), la pomme de terre (+10,7%), les poisson frais (+10,3%) et les boissons non alcoolisées (+8,3%). Les prix des pains et céréales ont grimpé de 4,9% en 2015, ceux du lait, fromage et dérivés de 3,2% et ceux du café, thé et infusion de 3,1%. Côté viandes, le niveau moyen des prix des viandes et abats de mouton a augmenté de 2,5%, celui des viandes et abats de boeuf de 2,8% contre une hausse de 7,7% des prix du poulet. Selon l’ONS, les seuls produits alimentaires qui ont connu une baisse en 2015 sont essentiellement les fruits frais (-1,66%) et les œufs (-12,18%).

2016, année de tous les risques ?

Pour l’année à venir, les prévisions du gouvernement qui suscitent le plus de scepticisme sont certainement celles qui concernent une inflation «contenue à 4% en 2016», selon les éléments de cadrage de la dernière loi de finance. Outre que les chiffres des derniers mois de 2015 situent déjà la tendance de la hausse des prix  à un niveau  supérieur à 6%, les conséquences de la dépréciation du dinar n’ont sans doute pas encore été absorbées entièrement et la plupart des spécialistes s’attendent à une poursuite de l’accélération de l’inflation qui devrait cependant rester nettement sous la barre des 10 % l’année prochaine, en dépit des anticipations de nombreux acteurs économiques nationaux. Ce sera l’un des principaux enjeux des mois  à venir avec des pressions fortes exercées déjà au cours des derniers jours par de nombreux opérateurs économiques touchés par la hausse des prix des carburants. La mise en place progressive d’une gestion administrative d’une partie des importations du pays fait également planer le risque  de la (ré)apparition de pénuries pour certains produits avec des phénomènes associés de développement du marché noir et de spéculation qui sont déjà signalés ces derniers jours pour un produit comme le ciment.

Hassan Haddouche

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