11H :arrivée au Bardo : je me précipite pour voir les tentes qui ont été mises en place pour les sitinners, Il y avait 4 grandes tentes, l’une pour des associations qui ont décidé de revendiquer par des graffitis et par des œuvres artistiques, une autre pour des chômeurs de Bizerte, une troisième pour des chômeurs du bassin minier du Rdhayef et enfin une 4ème du mouvement du 24 Octobre. Une seule remarque intrigante : trop de moyens pour une tente de protestation.

D’un autre côté, j’étais surprise de voir deux barrières des deux côtés de la route devant l’assemblée constituante.
Pendant un moment, j’ai eu peur que ce soit là pour diviser les pro et les anti sit-in, mais une fois partie voir les gens sur place, j’ai réalisé que des deux côtés on faisait les mêmes revendications : travail, liberté, dignité nationale, qui s’additionnent à la revendication concernant l’organisation provisoire des pouvoirs proposée par Ennahdha, qui ne contribuerait qu’à instaurer une nouvelle dictature puisque le premier ministre accaparerait tous les pouvoirs et le président aurait moins de pouvoir que la reine d’Angleterre !!

Avec un ami, on s’est mis à écrire nos pancartes, on les voulait expressives et choquantes, des gens venaient donner leur avis, et quelques passants proposaient des slogans.

13H : la place devant l’assemblée constituante se remplit de plus en plus : artistes, universitaires, chômeurs, étudiants, quelques fonctionnaires, des femmes au foyer, médecins, militants de droits de l’Homme,… des deux rivent les revendications s’alternent, synchronisées, c’était magnifique.

Pas loin, des gamins criaient « i3tissam i3issam 7ata yas9ot el I3tissam !! », ce qui voulait dire « on fait un sit-in jusqu’à ce que les si-tin prennent fin », mais au même temps ils profitaient de la présence de la foule pour s’incruster aussi !!

Quelques instants après, Maya Jribi la députée du Parti Démocrate Progressiste sort saluer les gens, et affirme son soutien pour le sit-in.
On voit défiler aussi des étudiants de la faculté de lettre de la Manouba qui ont vécu des moments difficiles à cause de l’obstination de quelques étudiantes qui voulaient entrer en mettant le voile intégrale, mais ceci est une autre histoire…

16H: ma voix était éteinte, j’allais partir lorsque j’ai aperçu un ami entrain de discuter avec des d’hommes, des quarantenaires. Je me suis approchée, mon ami parlait avec un salafiste qui l’accusait d’être mécréant, en lui disant que c’est à l’Islam de triompher et qu’avant Ennahdha il n’y avait pas de musulmans en Tunisie (ceci n’a aucun sens puisque le salafisme reproche à Ennahdha son apparence modérée et les militants d’Ettahrir, le parti salafiste, ne considèrent pas Ennahdha comme des islamistes )

Mon ami ne voulait pas mettre fin à la discussion bien qu’elle était vouée à l’échec dès le départ, par contre, de l’autre côté il y avait un monsieur(comptable) qui passait et qui ne comprenait pas pourquoi on manifestait, il pensait qu’il valait mieux que tout le monde aille travailler ou étudier…

Après avoir échangé quelques mots avec lui, j’ai su qu’il n’avait pas lu la loi de l’organisation provisoire des pouvoirs, lui aussi était déçu par Marzouki qui risque d’accepter un poste de président sans fonction. 20 minutes après, le monsieur en question rejoint les rangs des manifestants. ..

17h : je suis partie, mais je suis revenue 3 heures après suite à un coup de fils de la part de quelques amis qui venaient dormir sur la place du sit-in pour supporter la cause, l’un deux a même déposé un congé au travail pour y prendre part.

20H30 : il ne restait que le dixième du nombre des personne venues à midi, une ambiance de foire régnait. Avec des mais j’ai fait le tour des cercle de débats, chaque participant exposait son point de vue, racontait ses anecdotes, donnait son avis, parfois les débatteurs échangeaient dans le calme , et d’autre fois la tension augmentait crescendo. Mais il faut comprendre que la démocratie àa s’améliore avec l’exercice, et qui ne tente rien n’a rien !!!

Petit accident : une dame s’accaparait tous les dons destinés aux protestants, malgré le fait qu’elle habitait à deux pas, sous le prétexte qu’elle était handicapée !

22H : les gens continuaient à arriver, d’autres quittaient les lieux, une ambiance de camping marquée d’une note de fraicheur nocturne et de quelques gouttes de pluie…

Ma journée sur le champ de bataille pour une constitution libre était finie… et demain et toujours un autre jour !

Sameh Krichah, activiste tunisienne