Fournir des repas et de la chaleur humaine aux nécessiteux. Telle est l’ambition de deux frères jumeaux qui ont créé « Twins du Cœur », un restaurant de rahma basé à Hydra qui offre le ftour et le sohour tout au long du mois de Ramadhan.

Sidi Yahia, les fameux « Champs Elysées d’Alger ». Le quartier jeune et branché par excellence. Restaurants, glaciers, cafés et magasins se succèdent des deux côtés de l’avenue. Il suffit de bifurquer dans une autre rue et de marcher quelques minutes pour se retrouver face à la porte de « Kheimat Dar Sultan ». Un restaurant luxueux qui, pendant plusieurs heures, se transforme en restaurant de la rahma les soirs de Ramadhan. Lumières tamisées, canapés et coussins moelleux au tissu rayé rouge et noir, voiles transparents tendus au plafond. L’ambiance est chaleureuse et le visiteur s’imagine facilement dans une tente du sud de l’Algérie. Des effluves de chorba se diffusent dans la pièce. On entend le crépitement des boureks plongés dans l’huile bouillante. En cuisine et en salle, une dizaine de bénévoles s’activent. Ils sont tous là pour préparer le repas du ftour qui sera servi ce soir à une cinquantaine de personnes dans le besoin, dans le cadre de l’initiative Twins du Cœur.

Le Ramadhan, un mois de partage et de solidarité

Deux frères jumeaux de 26 ans sont derrière cette initiative. Le reste de l’année ils travaillent dans l’événementiel, la restauration et le transport. « Un peu avant le début du Ramadhan, on a par exemple organisé des soirées dans plusieurs lieux d’Alger », explique Ghiles qui a fait des études d’informaticien avant de s’associer avec son frère Juba pour créer la société « Twins Events ».

Juba et Ghiles, les deux frères jumeaux qui sont à l'origine du restaurant de la rahma "Twins du Coeur" à Hydra
Juba et Ghiles, les deux frères jumeaux qui sont à l’origine du restaurant de la rahma « Twins du Coeur » à Hydra

Des dizaines de restaurants de la rahma ouvrent leurs portes dans la capitale pendant le Ramadhan. Mais la plupart sont localisées dans des quartiers populaires. On en trouve moins dans les quartiers huppés d’Alger. « Les personnes défavorisées ou loin de leur famille vivant ici à Hydra doivent marcher au moins 20 minutes pour aller dans un restaurant Iftar, arriver en avance et faire la queue pour pouvoir manger », raconte Juba. « Alors on s’est dit : pourquoi ne pas faire quelque chose ici. Au moins, ils peuvent arriver juste au moment du ftour et sont à l’aise », poursuit-il.

Le Ramadhan est pour tout musulman une période propice à la générosité et au partage. « Dans l’année, pendant 11 mois on s’amuse, mais là c’est le mois de carême, il faut faire beaucoup de bien. On a décidé de faire ça pour le Bon Dieu et pour les parents aussi », confie Juba. Son frère Ghiles tient à nuancer : « Je ne fais pas ça dans l’attente d’une rétribution. Je le fais. C’est tout ». Les deux jumeaux ont déjà participé à divers initiatives solidaires, mais c’est la première fois qu’ils proposent une telle formule à Alger. Twins du cœur est un projet qu’ils n’auraient pas pu mettre sur pied seuls. Des amis et des bénévoles les soutiennent mais rien n’aurait été possible sans l’aide de Salim, le gérant de Kheimat Dar Sultan qui met tout le lieu à leur disposition : « La cuisine, la salle, le matériel et même la chef ! », précise-t-il.

 « Notre but n’est pas juste de donner à manger, c’est aussi et surtout de recréer une ambiance »

Ce restaurant du cœur est ouvert à ceux qui sont dans le besoin. Mais pas seulement. Ceux qui sont seuls pour rompre le jeûne sont également les bienvenus : « Par exemple, des ouvriers ou des Africains qui sont employés dans des entreprises ou travaillent sur des chantiers, ils n’ont pas de familles ici et n’ont ni le temps ni la possibilité de  préparer des repas chauds », explique Juba.

Le restaurant est ouvert à tous, mais ce sont principalement des hommes seuls qui s’installent au moment du ftour pour bénéficier d’un repas offert. Les femmes sont, quant à elles, peu nombreuses à rester le soir, préfèrent venir dans la journée pour qu’on leur donne de la nourriture à emporter. 19H30, l’heure de l’iftar approche à grands pas. Une femme pénètre dans le lieu mais ne s’assoit pas. Seule parmi les hommes présents dans la salle, elle patiente debout pour qu’on lui apporte un couffin. Elle repart. Petit à petit, la salle du restaurant se remplit. L’adhan retentit. Une quarantaine d’hommes issus de tous les horizons se penchent vers les tables basses qui leur font face, se servent à boire, goûtent la chorba. Un silence de satisfaction règne, celui qui suit la faim d’une intense journée de Ramadhan.

Les invités du soir repartent, un par un ou en groupe. Une fois la pièce vidée, bénévoles et employés de la khaima s’activent pour ranger, nettoyer et tout remettre en place. Dans moins d’une heure, le lieu reprendra sa fonction originelle et accueillera des dizaines de clients qui viendront se détendre avec du thé, des pâtisseries et de la musique en cette soirée ramadanesque. A 2 heures du matin, la khaima fermera ses portes et l’on commencera à préparer le repas du sohour pour ceux qui veulent venir manger, « du couscous sucré aux fruits secs», précise Salim, le gérant de Dar Sultan. Et ensuite, après quelques heures de sommeil, ce sera reparti pour une longue journée oscillant entre bénévolat et travail.

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