Abdelmalek Sellal aime son Président et il le lui rend bien. Peut-être un peu trop. Ces derniers mois la tournée nationale du Premier Ministre a été l’occasion de faire l’éloge des trois mandats d’Abdelaziz Bouteflika. Pratique et efficace à la veille de l’élection présidentielle 2014. Retour sur les principaux arguments du chef du gouvernement.

1 – La stabilité

Stabilité. Il s’agit du maître mot de cette pré-campagne électorale. S’il fallait résumer le bilan du Président, d’après Abdelmalek Sellal, ce mot serait parfait. La paix avec la réconciliation nationale a été l’oeuvre culminante des trois mandats d’Abdelaziz Bouteflika. L’Algérie a retrouvé le calme « grâce à la politique présidentielle de réconciliation nationale », d’après Abdelamlek Sellal, « un pari que peu de pays sont aujourd’hui en mesure de relever et encore moins de gagner », s’est-il targué lors de sa visite jeudi 23 janvier à Bordj Bou Arreridj. Un argument à rappeler lorsque le gouvernement peine à gérer les tensions incessantes dans le sud du pays, notamment dans la wilaya de Ghardaïa.

2 – Investissements

De l’argent, l’Algérie en a et sait s’en servir. C’est en tout cas la version du Premier Ministre : « par nos efforts et en nous appuyant sur nos richesses tant humaines que matérielles, nous sommes déterminés à ne laisser aucun des enfants du pays à la marge ». Pourtant les bilans faits pas les institutions internationales telles que le FMI ou les groupes de chercheurs, à l’instar de Nabni, soulignent la nécessité pour l’Algérie de revoir ses investissements pour apprendre à se diversifier, plutôt que de s’accrocher éternellement à son or noir, au risque de connaître un « scénario catastrophe » d’ici 40 ans.

Pas d’inquiétude pour le Premier Ministre qui perçoit « l’Algérie du 21ème siècle [comme un pays] avançant à pas « confiants et constants » vers le progrès et la prospérité », avait-il déclaré cette semaine lors de son déplacement à Skikda, où il vient d’officialiser un programme de développement d’un montant de 32,16 milliards de DA. Preuve que le progrès en Algérie, « nul ne peut l’arrêter ».

Ces derniers mois nul ne pouvait arrêter Abdelmalek Sellal dans la distribution de ses enveloppes à travers les wilayas. Mieux vaut tard que jamais dira-t-on, surtout que pour le Premier Ministre cette soudaine générosité de l’Etat algérien n’est pas liée à une campagne électorale où il est important de  « distribuer des enveloppes budgétaires »…

3 – Infrastructures et surtout logements à volonté

Les deux derniers mandats d’Abdelaziz Bouteflika ont également été les initiateurs d’installation d’infrastructures avec « 3.500 établissements éducatifs, de 29 universités, de 48 hôpitaux et de 99 cliniques médicales outre 10.000 km de routes et 1.900 km de voie ferré », a rappelé Abdelmalek Sellal, qui n’a pas oublié d’insister sur « la réalisation de 1,9 million de logements. »

Ce dernier a également souligné le fait que 1,9 million de nouveaux clients au réseau électrique, l’approvisionnement de 1,6 millions de foyers en gaz et l’extension de 80 à 92% du taux de raccordement au réseau national de distribution de l’eau potable, rappelait l’APS, jeudi dernier.

Or le Premier Ministre a oublié de rappeler, que dans ce fameux pays aux 200 milliards de dollars et de l’énergie, les émeutes du logement, de l’électricité l’été, et de gaz l’hiver sont devenues le quotidien des Algériens. Par exemple en décembre dernier, lors de sa visite officielle de Annaba, plusieurs demandeurs de logements vivant depuis des années dans des bidonvilles avaient décidé de manifester devant la wilaya. Ces derniers avaient menacé d’interpeller le Premier Ministre, mais les autorités locales avaient réussi à les faire taire notamment en coupant les routes reliant leurs cités au centre ville, le jour de la visite du chef du gouvernement. Toutefois ce dernier ne voit pas de problème et nous fait languir, car tout sera réglé si Abdelaziz Bouteflika est reconduit  car 750.000 autres logements, qui « permettra de maîtriser le problème du logement à l’horizon 2017 ».

4 – Lutte contre la bureaucratie

Mesure de Bouteflika ou de Sellal ? Peu importe, il est vrai que le gouvernement a décidé à l’issue des trois mandats du Président de lutter contre cette bureaucratie maladive qu’a le pays. 13 documents administratifs ont été supprimés du processus, le Premier Ministre nous fait même rêver avec la possibilité d’un seul numéro d’immatriculation regroupant tous nos documents !

5 -… et la stabilité !

Parce qu’on ne le dit jamais assez, la stabilité devait commencé et conclure ce top 5. Il faut dire que  le Premier Ministre tente de recycler ce thème depuis des semaines. L’Algérie est désormais « un pays, qui s’est réconcilié avec lui-même, a fortifié ses institutions et qui envisage l’avenir avec davantage d’optimisme », estime le Premier Ministre. La stabilité est importante c’est sûr, mais doit-elle être poursuivie par la même personne pendant 4 mandats présidentiels ?