Youcef Ould Dada, le blogueur de Ghardaïa, qui a diffusé une vidéo de ce qui semble être un flagrant délit de vol, commis par des officiers de police, a été condamné lundi en appel à deux ans de prison ferme et à une amende de 100.000 da. Ses avocats et les associations de Droits de l’Homme voient dans cette « lourde condamnation » une forme d’avertissement lancé aux autres cyber-activistes algériens.

Youcef Ould Dada n’a pas dit son dernier mot. En concertation avec ses avocats et les membres de la Ligue algérienne des Droits de l’Homme (LADDH), le blogueur mozabite envisage de se pourvoir en cassation. Lundi, à la surprise générale, il a retrouvé les chemins de la prison de Chaâbet Ennichène à Ghardaïa, où il a passé les huit derniers mois.

Alors que ses avocats s’attendaient à sa libération, « étant donné que les accusations retenues ne tiennent pas », le tribunal de Ghardaïa a confirmé le jugement émis en juin dernier contre le cyber-activiste de 47 ans. Youcef Ould Dada écope en appel d’une peine de deux ans de prison ferme et d’une amende de 100.000 da. Ce père de cinq enfants est condamné sur la base de l’article 96 du code pénal pour « atteinte à l’intérêt national » et « outrage à un corps constitué ». En cause : une vidéo de plus de 3 minutes montrant trois policiers en uniforme sortant d’un magasin de la ville d’El Guerrara, à environ 115 km au nord-est de Ghardaïa, les mains chargées de cartons. Cette scène filmée en novembre 2013, en marge des affrontements inter-communautaires, en cours dans la vallée du M’Zab, aurait pu être une pièce à conviction contre les agents de police dans un procès pour vol. Elle s’est finalement retournée contre Youcef Ould Dada.

Dans les rangs de la défense, étonnement et désolation à l’écoute du verdict. « Le dossier est vide, malheureusement la Cour a vu la chose autrement », lâche déçu Abdelmounène Khelil, Secrétaire général de la LADDH, joint ce mardi par téléphone. Les avocats de Youcef Ould Dada critiquent une condamnation « lourde » et disproportionnée sachant que leur client n’a pas filmé ces images mais les a seulement diffusées, arguent-ils. Pour la Ligue algérienne des Droits de l’Homme ce procès n’était tout simplement « pas équitable ». « La Ligue a demandé une seconde expertise de la vidéo car la première a été effectuée par les services de police. Or, on ne peut pas être juge et partie dans un procès. Mais notre demande a été rejetée », reproche Abdelmounène Khelil.

Liberté d’expression sur Internet

Cette affaire soulève la question du droit à la liberté d’expression et de diffusion d’informations sur Internet. Pour la première fois en Algérie, un blogueur est condamné à une peine de prison ferme pour le contenu d’une vidéo, qu’il a aidé à diffuser. Généralement, dans des cas similaires, les accusés s’en tiraient avec une peine de prison en sursis. Pourquoi cette fois la justice a sévi plus sévèrement ? « Parce que des agents de police étaient mis en cause directement », répond sans ambages le Secrétaire général de la Ligue, pour qui le verdict de ce procès aura pour effet de renforcer le sentiment « d’impunité » des officiers de police dans le pays.

La condamnation de Youcef Ould Dada à une peine de prison ferme est également un avertissement lancé à destination des autres blogueurs et cyber-activistes algériens, estime la LADDH. « C’est une forme d’intimidation, une menace contre les personnes qui diffusent des informations sur Internet. Dorénavant, on ne pourra plus mettre en cause des agents de l’Etat sur le net sans risquer de faire face à l’appareil judiciaire », s’inquiète le porte-parole de la Ligue.

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