Pilote de ligne, expert judiciaire et enquêteur sur les accidents et incidents aérien, Benzerroug Mohamed Redouane s’exprime au sujet de la nomination de Mohamed Bouderbala à la tête d’Air Algérie. Il évoque les défis à relever et évalue les chances de redressement de la compagnie aérienne. Entretien.

Algérie Focus: Pouvez-vous nous dire sincèrement ce que vous pensez de la nomination de  Mohamed Bouderbala, ancien DG des Douanes algériennes, à la tête d’Air Algérie ?

Benzerroug Mohamed Redouane: La nomination de M. Bouderbala est tardive mais probablement judicieuse, sachant qu’il vient du ministère des Finances. Le mode opératoire d’une compagnie aérienne diverge sensiblement de celui des douanes. Air Algérie est une société par action (SPA), elle a un capital social, dispose d’un directoire avec ses mauvaise pliures et un associé majoritaire et imposant qui est l’Etat, qui ne cesse de renflouer cette compagnie. Il aura des partenaires indissociables, à savoir le ministères des Transports, la Direction de l’aviation civile et de la météorologie (DACM), VERITAL, l’IATA et l’OACI.

Quels sont, selon vous, les principaux défis que devra relever ce nouveau PDG ?

 Tout d’abord rétablir la bonne image de la compagnie et restaurer le respect total et dans les deux sens entre les clients et le transporteur. Cela exige des réformes profondes et douloureuses dans la compagnie. Cela suppose, en effet, compression et licenciement du surplus de personnel. La  venue du nouveau PDG est trop serrée, car c’est déjà bientôt les vacances et ce sera un sacré défi de redresser le manche avec les ratés d’un moteur à piston. Mais c’est peut-être une bonne occasion de mettre les pieds dans le « couscoussier » !

 Ce nouveau PDG aura également à faire face au personnel navigant technique et commerciale (PNT/PNC) et leur redoutable syndicat. Contrairement au sSystème d’information et de gestion automatisée des Douanes (SIGAD,) il aura a manager des systèmes complexes de programmation, de planification des vols, de maintenance, de réservations ainsi que la sécurité des appareils et celle des passagers.

 Quels sont, d’après vous, les trois ou quatre mesures qu’il devra décider rapidement ? 

Je les résumerai ainsi pour notre cher nouveau directeur : importation, dédouanement et enfin exportation. En d’autres termes, il faut importer du bon management, le dédouaner et exporter à l’étranger la nouvelle image de notre cher compagnie, sans  minoration humaine, mais  avec majoration de la valeur ajoutée-

Comment pourrait-t-il, selon vous, redresser la barre et améliorer la gestion d’Air Algérie qui souffre d’une terrible image à l’étranger ?

 Le PDG sera confronté à des défaillances chroniques, notamment pour ce qui est du service commercial, la gestion des retards et les prix des billets. Compte tenu que c’est la compagnie dominante sur le marché national, il aura à faire respecter  les nouvelles lois et  réglementations nationales de l’aviation civile et cela, en conformité avec les conventions  internationales visant à moderniser le régime juridique régissant la responsabilité civile des transporteurs aériens, en cas de dommages causés aux passagers, à leurs bagages et aux marchandises, à l’occasion d’un transport aérien international et qui est destinée à remplacer à terme l’actuelle Convention de Varsovie. Cela sous entend les interactions entre les facteurs humains et techniques, les politiques et les procédures, l’environnement et la culture de sécurité.

Quel est l’avenir qui se dessine pour la compagnie ? 

Cela dépendra tout simplement de sa composante et de la bonne gouvernance. Au cours des années à venir, les Algériens solliciteront de plus en plus le transport aérien. Cette demande représentera de nouvelles possibilités d’affaires pour l’industrie locale, mais elle lui posera en même temps de nouveaux défis. Sommes-nous prêt à l’accroissement des activités aériennes ? Les leçons du passé récent sont riches d’enseignements.

Propos recueillis Par Abdou Semmar