Ma photo week-end

Des affrontements. Des violences. Des blessés. Des maisons incendiées. Des émeutes. De la haine. De la discrimination ethnique et religieuse. Du fanatisme. Des morts. Cette longue litanie tragique n’en finit pas à Ghardaïa. Ville meurtrie. Ville martyre. Mais «ville-miroir» de nos turpitudes, nos lâchetés et nos complicités.

Oui, complicité parce que nous n’avons rien fait pour empêcher cette mini «guerre civile» qui se déclenche sous nos yeux dans notre propre pays. Non, nous n’avons rien voulu faire. Nous n’avons rien voulu faire pour empêcher les flammes de la fitna de ravager toute une région de notre pays. 22 morts en 48 heures. C’est un bilan de guerre. Ce n’est pas une simple bagarre qui oppose des jeunes désœuvrés, délinquants ou ignorants. Non, c’est une véritable fitna qui risque de mener le pays vers l’abîme. Un abîme qui porte un nom clair et significatif : la guerre civile ! Oui, osons dire la vérité en face : la situation à Ghardaïa  dégénère de jour en jour pour se rapprocher de plus en plus d’une guerre civile où chaque journée apporte son lot de morts.

Toutes les sources officielles locales le confirment : plusieurs victimes ont été tuées avec des armes à feu ! Un constat alarmant qui prouve l’entier échec des services de sécurité mobilisés dans cette région. Un constat amer qui démontre parfaitement l’échec de la logique sécuritaire employée par le régime algérien depuis de nombreuses années.

Un constat qui fait froid dans le dos car il prouve notre entière responsabilité et complicité. Complicité parce que très peu d’entre nous ont investi les rues, les espaces publics, les écoles, les universités pour faire pression sur nos autorités et leur demander des comptes à propos de la gestion chaotique de cette crise à Ghardaïa. Complicité parce que très peu d’entre nous ont réclamé des explications à notre puissante armée qui aurait pu intervenir il y a de cela longtemps pour imposer un couvre-feu et débusquer les véritables semeurs de la zizanie.

Complicité parce que très peu d’entre nous ont crié haut et fort leur refus du dogmatisme religieux qui étouffe la diversité culturelle et religieuse de notre pays. Complicité parce que très peu d’entre nous ont déconstruit les préjugés réducteurs et haineux dont font l’objet nos compatriotes ibadites. Complicité parce que très peu d’entre nous sont partis dire stop aux imams salafistes qui attisent la haine entre les Algériens qui ne partagent pas la même orientation religieuse. Complicité parce que très peu d’entre nous ont appris à leurs enfants que dans notre pays, il n’y a pas que les sunnites arabes, il y aussi d’autres compatriotes qui ont d’autres croyances, d’autres convictions.

Complicité parce que très peu d’entre nous ont soutenu comme il se doit nos concitoyens de Ghardaïa qui faisaient un travail de dialogue et de réconciliation sur le terrain. Complicité parce que très peu d’entre nous ont dénoncé l’inefficacité et l’incompétence de tous les walis qui ont failli à leurs missions à Ghardaïa.

Si nous étions davantage impliqués dans la gestion des affaires de notre pays, nous aurions pu éviter qu’un tel carnage ne se reproduise. Si nous étions de véritables citoyens engagés et déterminés, nos décideurs n’auraient jamais pris le risque de jouer avec le feu dans la région de Ghardaïa. Si nous étions des citoyens responsables et conscients, nous aurions fait de notre diversité culturelle et religieuse une intarissable source de richesse et de paix.  Honte à nos gouvernants ! Honte à nous aussi ! Nous avons laissé mourir sous nos yeux des jeunes, des hommes et mêmes des enfants sans bouger le petit doigt. Leurs mères, leurs sœurs, leurs filles pleurent leur disparition. Elles sont accablées par le chagrin. Et nous ? Nous serons accablés à jamais par la honte…