Par deux actes politiques majeurs en une semaine, à savoir l’installation d’un cacique du FLN au perchoir de l’APN et la nomination d’un premier ministre dont la trajectoire se confond avec celle du régime, le pouvoir algérien a largement fait preuve, dans un croc-en-jambe monumental aux réalités de l’heure mais aussi au bon sens, de son intention de faire perdurer le statu quo. 

A l’image des Danaïdes et leur fameux tonneau, le pouvoir, n’appréhendant la chose politique que sous le prisme de sa propre survie et visiblement dans l’incapacité de mettre à jour ses logiciels politiques, semble condamné à reconduire à l’infini les mêmes méthodes et les mêmes hommes, malgré quelques retouches cosmétiques. Hermétique au changement et allergique à l’ouverture, il continue de recycler l’échec et les visages qui l’incarnent.

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Car, qui peut en effet imaginer un seul instant que ceux qui ont précipité le pays dans la situation délétère qui est la sienne, puissent l’en extraire aujourd’hui ? Qui peut croire que ceux qui faisaient la cigale lorsque la rente irriguait généreusement les artères du régime puissent, comme par enchantement, devenir fourmi ? Comment concevoir que ceux qui ont érigé la prévarication, la corruption et l’enrichissement personnel en programme politique puissent se repentir et se convertir aux vertus de la bonne gouvernance ? Les mêmes causes produisant inévitablement les mêmes effets, la démarche est d’ores et déjà promise à une inéluctable bérézina. Sauf que cette fois, le pays ne dispose plus du parachute des pétrodollars pour amortir la chute.

Il ne s’agit évidemment pas de verser dans l’alarmisme ni encore moins dans l’abattement, mais d’avoir la lucidité de mettre le doigt sur la plaie afin d’identifier les voies et moyens idoines d’une véritable sortie de crise. Cela commence par la nécessite que doit éprouver le régime de cesser d’ignorer le peuple, de le minoriser et de ne le percevoir que sous le prisme réducteur de la satisfaction de ses besoins de base.

Le message fort adressé par les Algériennes et les Algériens à l’occasion des dernières législatives, en boycottant massivement et activement le scrutin, doit être compris pour ce qu’il est, à savoir l’expression d’une soif inextinguible de changement, de désir ardent de rupture avec un système à bout de souffle, mais qui rêve encore d’une seconde jeunesse. Cette aspiration ne doit pas être contrariée au risque de provoquer une descente aux enfers inexorable. Dévastatrice.

L’heure de nettoyer les écuries d’Augias à grande eau a sonné et ne saurait être différée. Cette tâche, aussi titanesque que vitale, doit inclure tous ceux qui tendent vers une Algérie meilleure, une Algérie apaisée, libre, souveraine et prospère. Sans exception. Sans exclusive. Tous les patriotes sincères, indépendamment de leurs convictions idéologiques et philosophiques, doivent s’asseoir autour d’une table et se parler les yeux dans les yeux. Ils doivent, coûte que coûte, esquisser une nouvelle espérance, un nouvel horizon. Il n’y a plus aucune autre alternative à cela. L’heure est grave et l’Algérie ne peut plus attendre.

Rachid Ikhenoussène