Le ministre de l’Énergie, Youcef Yousfi, a inauguré aujourd’hui, vendredi 4 juillet, la première ferme éolienne du pays.

Située à Adrar, la ferme éolienne a été inaugurée aujourd’hui après 32 mois de travaux, pour un coût total de 2,8 milliards de dinars. Elle se déploie sur 30 hectares et a une capacité de 10 mégawatts (MW).

La ferme éolienne d’Adrar devait être mise en service à la fin du deuxième trimestre 2013, mais les travaux ont pris du retard. Un retard qui « illustre bien un secteur qui n’arrive pas à décoller malgré un énorme potentiel et une énergie produite à des prix concurrentiels », selon Maghreb Émergent.

Les énergies renouvelables en Algérie : potentiel naturel et retard politique

L’Algérie, immense territoire à la géographie et aux climats contrastés, est un pays particulièrement à même de développer les énergies renouvelables. Le potentiel algérien est particulièrement important si l’on s’intéresse au solaire et à l’éolien.

Les autorités politiques nationales connaissent ce potentiel, et ont donc décidé, depuis plusieurs années, de se pencher sur la question. Mais elles ont toujours tendance à se reposer sur les énergies fossiles, dont le pétrole, qui occupe une place essentielle dans l’économie du pays.

Le développement des énergies renouvelables en Algérie est un projet inscrit dans la loi nationale depuis 2004. La loi n° 04-09 du 14 août 2007 stipule en effet, au terme de son article 6, que « la promotion des énergies renouvelables est réalisée à travers : un programme national de promotion des énergies renouvelables dans le cadre du développement durable [et] des instruments de promotion des énergies renouvelables ».

Le projet de développement des énergies renouvelables a semble-t-il été laissé de côté jusqu’en mars 2011. À cette date, l’Algérie s’est dotée d’un « Programme des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ». Ce programme prévoit une transition énergétique en 3 étapes :

  • études et projets pilotes entre 2011 et 2013
  • premières installations de production en 2014 et 2015
  • lancement de l’industrie à grande échelle d’ici 2020.

En termes chiffrés, les prévisions du programme national sont les suivants :

  • installation d’une puissance totale de l’ordre de 110 MW d’ici 2013
  • installation d’une puissance totale de l’ordre de 2 800 MW d’ici 2020 (2 600 MW pour le marché national, 2 000 MW pour l’exportation)
  • installation d’une puissance totale de 32 000 MW d’ici 2030 (12 000 MW pour le marché national, 10 000 MW pour l’exportation)

Le gouvernement a estimé que le potentiel solaire était le plus représentatif, et le programme national est donc axé essentiellement sur l’énergie solaire. L’éolien, la biomasse et la géothermie représentent une partie plus marginale du projet de développement des énergies renouvelables. Dans l’ensemble, le programme table sur la production de 40% des besoins d’électricité du pays à partir des énergies renouvelables d’ici 2030 (37% pour le solaire, 3% pour l’éolien).

Le programme national vise également à accompagner cette transition énergétique par le renforcement du tissu industriel. Par exemple, la première usine de silicium, produit entrant dans la production des panneaux solaires, devra être opérationnelle en 2020. De même, il est prévu de construire une usine de fabrication de mâts et de rotors d’éolienne pour accompagner le développement de l’énergie éolienne.

Très concrètement, d’ici 2020, une soixante de centrales solaires photovoltaïques et solaires thermiques, plusieurs fermes éoliennes et des centrales hybrides devraient permettre à l’Algérie d’atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables.

La mise en pratique, une étape compliquée

Les objectifs définis par le programme des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique sont donc ambitieux. Qu’en est-il de leur réalisation, 3 ans après l’adoption de ce plan national ?

Depuis 2011, le gouvernement algérien s’est illustré par de belles déclarations sur la nécessité de préparer l’ère post-pétrolière en Algérie. Des réalisations concrètes sont venues étayer ces déclarations : la ferme éolienne d’Adrar a été inaugurée aujourd’hui, et d’autres projets sont actuellement en cours de construction (une centrale hybride gaz-solaire à Hassi R’mel, une tour solaire à Boughzoul, une station photovoltaïque à Ghardaïa et une centrale solaire thermique à El Oued).

De plus, le rapport final sur l’état des lieux des énergies renouvelables à l’échelle mondiale de 2014, publié par le REN21 (Renewable Energy Policy Network for the 21st Century) a souligné que l’Algérie faisait partie des 12 pays qui ont atteint l’objectif qu’ils s’étaient fixé pour l’année 2013. En effet, l’Algérie est désormais capable de produire 10 MW d’énergie éolienne (grâce à la ferme d’Adrar), ce qui correspond à l’objectif qui avait été établi.

Cependant, les énergies fossiles constituent encore le cœur de la politique énergétique nationale. La preuve en est avec les récentes annonces sur l’exploitation du gaz de schiste, qui ont fait polémique : le ministre de l’Énergie a récemment estimé qu’il serait « irresponsable » de ne pas exploiter le gaz de schiste algérien.

Il y a en fait toujours une méfiance des autorités politiques envers les énergies renouvelables. Interrogé fin 2013 par la radio nationale, le directeur des études au ministère de la Recherche scientifique avait souligné que les énergies renouvelables n’étaient pas « fiables » et qu’elles ne permettaient pas de couvrir les besoins du pays en énergie, notamment pour le développement industriel.

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