Abdelaziz Rahabi livre, aux lecteurs d’Algérie Focus, son analyse des récentes déclarations de Nicolas Sarkozy, ex-président français, sur l’Algérie, faites en marge de sa visite en Tunisie. L’ancien ministre et diplomate décortique les propos de Sarkozy et tente d’expliquer ses motivations. Entretien.

Algérie Focus: Comment avez-vous réagi aux accusations de Sarkozy portées à l’Algérie à partir de la Tunisie ?
Abdelaziz Rahabi: Ses propos m’ont parus aux débuts surprenants venant d’un ancien président de la république et chef d’un parti qui est le principal parti d’opposition en France. Ses propos m’ont parus surprenants à double titre : premièrement parce qu’il fait un mauvais procès à l’Algérie et à l’engagement de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme. Je dis que l’Algérie est victime du terrorisme et n’est pas pourvoyeuse de terrorisme. Or lui, il donne le sentiment que c’est un pays déstabilisant. La seconde déclaration qui m’a paru particulièrement grave, c’est de considérer que les solutions aux problèmes de l’Algérie se trouvent au sein de l’Union pour la Méditerranée, qui est une union qui a été enterrée dès l’invasion de la Libye et qui n’a pas vocation à régler les problèmes internes de ses membres. Mais si on observe les dernières déclarations de Sarkozy sur les questions de l’islam et de l’identité en France, là il me semble que ses propos en Tunisie ne sont que le prolongement direct de son discours  en France : populiste qui vise à élargir sa base et à porter le débat sur les questions qui font peur en France : l’identité, le terrorisme. C’est du marketing interne à la France
 
 N’est-ce pas de la surenchère de la part de Sarkozy ?
La preuve on en parle. A travers ses déclarations, il donne le sentiment que l’Algérie est un pays pourvoyeur de terroristes et ne rend pas justice au rôle stabilisant de l’Algérie dans la région et de son engagement dans la lutte contre le terrorisme et en plus cela vient d’un ancien chef d’Etat. Et puis penser que les problèmes de l’Algérie seront résorbés dans l’Union pour la Méditerranée, une union enterrée, ce n’est pas sérieux, ce n’est pas crédible et c’est inamical.
S’agit-il d’une provocation ?
 
Je pense qu’il a voulu faire une déclaration de circonstance pour plaire à ses hôtes et qu’il n’a pas mesuré sa portée.
 
Mais cela n’apporte rien sur le fond ?
 
Il n’apporte rien sur le fond, il nous rappelle juste que le courant de l’extrême-droite est dominant dans sa formation politique et que les lobbies du sud de la France, c’est-à-dire les harkis, sont encore déterminants dans la définition de la politique étrangère de la France vis  à vis de l’Algérie.
 
 Les déclarations peuvent-elles porter atteinte à l’image de l’Algérie ?
 
Quant ça vient d’un ancien président de la république et d’un chef de parti qui est candidat aux présidentielles de 2016, bien sûr que ça porte atteinte. Cela ne rend pas justice au combat de l’Algérie contre le terrorisme et ça porte atteinte à son image incontestablement.
Les officiels algériens doivent-ils réagir à ce genre de déclarations ?
 
 Il y a plusieurs façons d’exprimer son indignation, rejet ou mécontentement. Je pense que rien n’empêche les partis politiques de réagir.
Entretien réalisé par Omar Soltani