La semaine politique ? Les islamistes. Sur diction et ordre de mission de l’internationale islamiste, le courant tente la réunification entre « frères » : tendance Djaballah, tendance Makri, tendance Nahda, tendance ex-FIS…etc. Tout ce que le régime a séparé, les frères Ghanouchi & Cie tentent de réunifier. Et pour accompagner les noces, il faut un discours : nous sommes la solution, le pouvoir a intérêt à nous écouter, sans nous c’est le chaos, nous somme le réveil des peuples, la colère de l’Histoire. Longtemps dans l’obédience, le courant se réveille donc au langage de la menace. Pourquoi ? Deux raisons.

D’abord les islamistes algériens vivent dans une double bulle spéculative qui fausse leur perception du réel. En premier, la bulle de l’ex-Fis qui croit encore à son raz-de-marée des années 90 et qui pense qu’il dispose encore d’un immense gisement électoral alors que la génération qui a voté pour lui a vieilli, a changé d’avis et de vie, est morte ou s’est dispersée. Victime d’une interruption électorale, l’ex-FIS et sa planète sont aussi victimes d’une interruption de la réflexion sur les réalités. L’actuel courant islamiste qui tente le coup d’éclat pense de même et voit le monde algérien à travers la grille 90.

Ensuite vient la bulle « printemps arabe ». Parce que sortis victorieux en Tunisie et en Egypte, les « Frères » pensent que l’Algérie suivra le même circuit de « califat » et que puisque les frères gagnent ailleurs, les frères des « Frères » ne peuvent que gagner ici. Comment ? Par les mêmes méthodes : foules, menaces, cris, Islam et populisme. Le soudain courage verbeux des islamistes algériens n’est pas né de leurs actes (on les sait lâches et opportunistes), mais des actes d’autrui. L’islamisme étant importé, ils en importent aussi l’argumentaire et les modes d’emploi et les bavardes et les cris de victoire. Bénie par Ghannouchi, la section locale de la Oumma générale pense que le cas algérien est mûr pour sa Foutouhate et qu’il suffit de crier pour faire peur.

Et entre les deux bulles, un seul chiffre commun : 88. Les islamistes sont toujours là quand le pouvoir est faible, quand d’autres font la révolution qu’ils vont voler, quand il y a le vide ou quand le bœuf est par terre : ils ont profité d’octobre 88 et aujourd’hui tentent de se replacer avec l’article 88. Celui de la constitution. Celui qui prévoit de destituer un Président quand il est malade et ne peut assurer ses fonctions. 88, chiffre magique du loto islamiste. Quand un régime tombe, ils sont là, quand vos enfants tombent sous les balles, ils sont là. C’est la règle de la meute.

Et ce sont ce courage né d’une logique de meute et cet opportunisme qui provoquent chez le chroniqueur cette envie de vomir et cette colère contre la lâcheté de ce courant. Les « Frères » voient dans Bouteflika un Chadli affaiblit et voient donc le reste du pays comme un remake possible de leurs victoires des années 90. Et voient dans le cas de l’Egypte et de la Tunisie une preuve de Dieu. Et c’est ce qui explique un peu qu’ils montrent des dents, font des gestes de menaces et s’essayent à l’opposition, juste après le clientélisme. Et c’est là leur tort : en Algérie, on sait depuis des années ce que les Tunisiens et les Egyptiens découvrent : les « Frères » ont un prix, des tarifs, sont corruptibles, achetables et jetables et n’ont aucune politique sauf pour les tapis de prières et contre les femmes et les libertés.

Kamel DAOUD

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