Non, monsieur le Ministre, la crise mondiale est structurelle et non conjoncturelle

Et ira au-delà de 2012/2013

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Expert International

Dans une interview en date du 29 janvier 2009 , Monsieur le Ministre des Finances qui nous a habitué à un optimisme exagéré puisque depuis plus d’une année , en se rétractant souvent selon la conjoncture, déclare je cite « l’Algérie n’est pas concerné par la crise qui est passagère » et que la reprise de la croissance de l’économie mondiale et par là du cours du pétrole se feront dès le premier trimestre de l’année 2010 pronostic qui contraste tant avec les analyses du Président de la République que du gouverneur de la banque d’Algérie beaucoup plus nuancées.et me semble t-ils plus lucides.

Or les analyses du Ministre des Finances portent à équivoque et il me semble qu’il fait trois erreurs fondamentales qui peuvent conduire les autorités du pays à faire de mauvais choix, car une erreur dans la politique socio-économique peut s’avérer catastrophique pour le pays, les pertes pouvant se chiffrer à des dizaines de milliards de dollars.
La première erreur est le rappel d‘évidences comme si le retrait de l’économie mondiale était un succès pour l’Algérie , comme ce constat banal que les banques algériennes n’ont pas de rapports avec les marchés financiers mondiaux en raison de leur spécialisation dans la banque de détail.

D’ailleurs, c’est plutôt une tare, car n’existant pas de banques de détail au sens international mais des guichets administratifs, la réforme bancaire accusant un retard considérable, aspect mis en relief par le rapport 2008 du Word Economic Forum qui classe l’Algérie pour la sécurité bancaire 134 ème sur 134 pays, le dernier. Comme n’existe pas de bourse avec une hérésie économique, mais une bourse étatique, ou des entreprises publiques souvent déficitaires (plus de 40 milliards de dollars d’assainissement entre 1991/2008, avec des recapitalisations répétées des banques) achètent des entreprises déficitaires.

La deuxième erreur est une analyse superficielle de la crise de l’économie mondiale -Entre janvier et début décembre 2008 les plus grandes places financières ont perdu presque la moitié de leur capitalisation soit environ 35.000 milliards de dollars soit plus de deux fois le produit intérieur brut américain, touchant tous les pays .Le taux de chômage au niveau mondial connaît une progression dangereuse Alors que la zone OCDE affichait, en 2007, son plus faible taux de chômage depuis 1980 (5,6%), le marché du travail s’est brutalement retourné. Et le BIT et l’OCDE estiment que le chômage risque de toucher entre 20 et 25 millions de personnes de plus dans le monde d’ici à 2010, atteignant un record de 210 millions de personnes fin 2009. Pour les USA 2,6 millions de logements ont fait l’objet d’une procédure de saisie en 2008.

Des milliers d’entreprises ont fait faillite et 2,8 millions d’emplois ont été supprimés l’an dernier uniquement en 2008. Le taux de chômage dans la zone euro est passé en une année de 7,2% à 7,8% et devrait s’accroître car les prévisions de la Commission européenne, la récession devrait s’accompagner d’une hausse du taux de chômage de près de trois points dans la zone euro entre 2008 et 2010 devant dépasser les des 10%, pour la première fois depuis dix ans, l’Espagne étant la plus fragilisée , dont la croissance s’était appuyée sur beaucoup de contrats précaires dans le bâtiment ou les services, son taux de chômage, le plus haut dans l’UE,allant vers 13,4% selon la Commission européenne en 2010 Cela touche tous les pays émergents les derniers en date étant la Corée du Sud et le Brésil fin janvier 2009. Car les institutions internationales désemparés, ne maîtrisant plus les perspectives de l’économie mondiale (4 prévisions contradictoires durant l’année 2008) viennent de revoir à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2009 à 0,5% contre 2,2% estimé en novembre 2008, le FMI anticipant une contraction de l’économie américaine de 1,6% en 2009 alors qu’il anticipait précédemment une contraction de 0,7%.

Le FMI a également revu à la baisse sa prévision 2009 pour la zone euro où la contraction de l’économie devrait atteindre 2% contre un recul de 0,5% selon l’estimation de novembre 2008. Par ailleurs, dans une étude réalisée par Groupama Asset Management, les profits des sociétés devraient reculer de 50 % pour l’année 2009. Le taux de chômage aux Etats-Unis atteindra 1,7 million de chômeurs supplémentaires au mois de mars 2009. Pour le cas de la Chine environ six millions sept cent mille (6,7 millions) de migrants sont rentrés dans leurs campagnes après avoir perdu leur emploi en ville. Du fait que 670 000 petites entreprises ont fermé en 2008 et ce n’est que le début.

Quant aux pays du Moyen Orient , les pays du Golfe ont perdu en sous capitalisation plus de 2500 milliards de dollars dont plus de 500 milliards de dollars en pertes sèches dues à des placements hasardeux .

La troisième erreur est de : compter sur une politique keynésienne extérieure notamment des pays développés, de court terme pour résoudre la crise intérieure algérienne et prendre comme hypothèse un modèle énergétique linéaire,croyant au reve d’un retour au cours du baril à plus de 100 dollars. -Je ne rentrerai pas dans les débats stériles de peu d’utilité pour les politiques concrètes Keynes est –il mort ou pas car la pratique des affaires et toutes les politiques gouvernementales depuis la crise de 1929 à ce jour ont combiné une politique monétaire active avec une politique de déficit budgétaire ciblée en premier lieu les USA.

La crise étant très profonde donc structurelle , l’économie politique traversant elle même une crise , ce qui donne de l’actualité à la théorie d’un des plus grand théoricien du capitalisme à savoir Karl Marx qui n’a pas écrit le socialisme mais le Capital et au grand économiste Schumpeter sur les cycles , le renouveau de l’économie politique doit donc combiner des actions structurelles en profondeur et des actions conjoncturelles dont la théorie keynésienne valable que pour le court terme. L’ensemble des experts s’accorde à dire que les effets ne pourront avoir des effets positifs que si l’on s’attaque au blocage d’ordre structurel dans un cadre cordonnée, le danger étant que des visions électoralistes peuvent privilégie le court terme.

En plus le raisonnement se fonde sur un modèle de consommation énergétique de type linéaire. Or de plus en plus d’analystes en énergie mettent récemment en relief que le monde est entré dans la décroissance de la consommation d’énergie et donc que postuler un modèle de consommation énergétique linéaire est erroné dans la mesure où à l’horizon 2020 le monde devrait voir s’équilibrer sa demande tenant compte du nouveau défi écologique dont la généralisation du transport électrique y compris en Asie qui représente actuellement plus de 40% de la consommation mondiale.

En résumé , au vu des dépenses 2008, qui se fondent sur un baril supérieur à 70 dollars, (uniquement l’autofinancement de Sonatrach /Sonelgaz étant de 20 milliards de dollars/an entre 2009/2013, devant compter les transferts dividendes/ services plus importation pour plus de 50 milliards de dollars ) et le besoin de financement des segments industries hors hydrocarbures pour dynamiser l’appareil de production, l’Etat étant selon les nouvelles directives majoritaires, des tensions budgétaires se manifesteraient début 2011 pour un cours de 50 dollars, supposant la stabilité du dollar, avec plus d’intensité fin 2010 pour un cours 40 dollars et une extrême gravité pour un cours de 30 dollars (l’équivalent de 15 dollars au cours de 2000). -Il existe un lien dialectique entre crise financière, crise économique, crise sociale et crise politique et récemment l’Algérie en a fait l’amère expérience après une décennie tragique au moment ou en 1986 les responsables déclaraient comme maintenant que la crise ne concernait pas l’Algérie. Non Monsieur le Ministre , la crise économique avec des incidences sociales, devant durer au-delà de 2012, pour le président Barak Obama jusqu’en 2018/2019.

Aussi, la période 2009/2014 en Algérie impose justement une autre gouvernance donc une autre politique socio-économique par un discours de vérité seule à même d’éviter les erreurs passées, de mobilier la population et non des déclarations utopiques source de démobilisation populaire et de névrose collective renforçant le divorce Etat /citoyens et ce pour atténuer les effets de la crise et de préparer les bases d’un développement durable loin des intérêt de la rente .
AM

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