Le ministre du commerce par interim prend apparemment  son mandat  intérimaire très au sérieux. A un mois et demi des élections législatives, il annonce qu’il veut  « réorganiser » complètement le commerce extérieur algérien.

 

M .Abdelmadjid Tebboune est un personnage sorti tout droit des années 70. Il a multiplié au cours des dernières semaines les déclarations  qui dessinent un modèle d’organisation administrative du commerce extérieur national  qui nous ramène carrément  40 ans en arrière. C’est à dire au « bon vieux temps » des monopoles, des pénuries tous azimuts et du marché noir généralisé, voire des copains et des coquins.

« Tous les produits qui entrent en Algérie seront désormais soumis à une licence où une autorisation » a déclaré mercredi dernier à Alger le ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune.

Cette annonce très martiale et très radicale fait suite à une série de déclarations plus prudentes qui ont émaillé l’accès de M Tebboune au poste sensible de ministre du commerce

Début février, Abdelmadjid Tebboune avait commencé par dénoncer dans la plus pure tradition du parti unique «les parasites et l’importation anarchique qui nous conduiront vers le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ». «L’Algérie n’est pas un déversoir des produits d’importations », avait -t-il ajouté

Vers la Mi-février, Abdelmadjid Tebboune passait à une étape plus concrète en   annonçant la volonté du gouvernement d’élargir la liste des produits dont l’importation est réglementée. Il citait à l’époque seulement le cas « des pommes, des eaux de source ou les viandes ». «Si l’on veut diminuer la facture d’importation, c’est d’abord ne pas importer ce que nous avons déjà sur le marché national », avait-t-il rappelé.

Le ministre du commerce par interim est désormais passé à la vitesse supérieure puisque ce sont « tous les produits »(sic)qui devraient être concernés progressivement par les licences d’importation. On est peut être à la veille de la mise en œuvre de cette politique.  M.Tebboune a fait savoir qu’une réunion concernant la délivrance des licences d’importation et la détermination des quotas, présidée par le premier ministre, pourrait avoir lieu dès cette  semaine  : « Nous allons nous réunir de nouveau en fin de cette semaine ou en début de la semaine prochaine afin d’arrêter approximativement les montants pour l’année 2017 » .

 

« Réguler le marché » ?

 

Il est intéressant d’examiner les arguments utilisés par M.Tebboune pour justifier la mise en oeuvre d’une politique aussi « ambitieuse »et potentiellement lourde de conséquences.

Le premier est qu’elle vise à « organiser le marché et éviter l’anarchie, notamment les cas d’abondance excessive des marchandises dans certaines périodes de l’année et leur pénurie dans d’autres périodes».  L’ennui c’est que cette procédure des licences et des quotas vient d’être expérimenté en 2016 pour la banane et que c’est elle qui  a précisément provoqué l’anarchie, la pénurie et une hausse vertigineuse des prix. Ce n’est pas moi mais c’est M .Tebboune lui-même qui le dit : « Personne n’a bloqué les importations de  bananes. Les licences de 2016 étaient arrivées à échéance. Maintenant, il faut de nouvelles licences qui vont arriver bientôt », promet-il

Mieux encore, selon le ministre dont les propos ont été rapportés par l’APS, les licences d’importation des produits de bases tels que la semoule, le blé, l’huile, le sucre, le lait et les médicaments seront renouvelées automatiquement pour éviter toute rupture sur le marché : «Nous ne réduirons pas d’un kilogramme tout ce qui est importé en matières de légumes secs, de céréales, d’huile et de sucre », a-t-il dit.

Il est donc bien clair, y compris pour M. Tebboune que les licences d’importation vont créer des « ruptures sur le marché ». Comment pourrait –il en être autrement ? Par quel miracle le ministère du commerce qui a été incapable de gérer les quotas d’importation de la seule banane en 2016 pourrait -il être capable de gérer l’approvisionnement du marché pour « tous les produits »en 2017 ?

 

Le marché entre les professionnels et les copains

 

“Nous devons professionnaliser le marché à travers une meilleure organisation et l’amélioration de la qualité. Je ne peux concevoir qu’un seul opérateur puisse importer 30 différents produits allant du blé au rond à béton”, a expliqué M. Tebboune.

Dorénavant, les importations de bananes et de viande seront confiées « à des spécialistes ». Pour le ministre, « s’agissant des viandes, il y a 200 importateurs dans cette filière. Mais pourquoi tout ce nombre ?  Il faut des spécialistes ». Spécialistes ou non, ils bénéficieront d’ailleurs  seulement d’une   autorisation limitée dans le temps  « dont la durée devrait être fixée à 3 mois » pour la viande par exemple .

    « Il ya des gens  qui travaillent depuis 20 ans dans l’importation de bananes,  qui connaissent le marché national et international et qui ont investi dans des très grandes surfaces de froid et de stockage allant jusqu’à 20.000 a ajouté  M. Tebboune qui a précisé  que l’importation de ce fruit sera confiée exclusivement à 7 ou 8 opérateurs activant dans le domaine. Comment éviter que cette véritable pluie d’autorisations et de licences à « durée limitée » et pour « tous les produits » ne se transforme en un puissant instrument de  développement du clientélisme et de la corruption ?  Mais au fait est*ce qu’il s’agit vraiment de l’éviter ou bien serait-ce le véritable objectif de la « réorganisation complète » du commerce d’importation prônée par M. Tebboune.

 

« Protéger les ressources en devises ? »

 

Dernier argument utilisé par Abdelmadjid Tebboune ; Il assure que « nous régulons nos importations afin de protéger nos recettes en devises affectées par la diminution des cours du baril de pétrole ». L’ennui, c’est que les dernières statistiques de notre commerce extérieur indiquent que le déficit commercial de l’Algérie a déjà été réduit de 2/3 en janvier et février 2017. A ce rythme, il est très probable que notre déficit commercial qui était encore de 17 milliards de dollars en 2016 devrait rester  inférieur à 7 milliards de dollars en 2017. Pas besoin donc de contingentement et de licences généralisées. Le rétablissement de l’équilibre de la balance commerciale est possible et même désormais très probable dès 2019, comme prévu d’ailleurs par les projections du gouvernement et de la Banque d’Algérie,  et sans recourir à des mesures dignes d’une « économie de guerre ».

 

Une « économie de guerre » pour quoi faire ?

Une « économie de guerre » et une situation proche de celle que connait actuellement un pays comme le Venezuela avec des pénuries généralisées et une inflation incontrôlable, c’est ce que nous prépare dans la précipitation et sans aucune nécessité objective M. Tebboune qui semble céder à un reflexe de panique inexplicable en engageant la gestion du commerce extérieur de notre pays dans une véritable impasse. A moins qu’il ne s’agisse pas d’une impasse pour tout le monde et que les objectifs annoncés officiellement par M .Tebboune ne soient pas ceux qu’il poursuit réellement. La « réorganisation complète » du commerce extérieur de M.Tebboune poursuit-elle des objectifs cachés ? Ah ces personnages sortis  des années 70……

Hassan Haddouche