Par F | janvier 6, 2010 8:16

Question 1- Quelle sera l’année économique 2010 pour l’Algérie d’autant plus que le Ministre des finances a annoncé un taux de croissance hors hydrocarbures de 10% ?

Les économistes calculent le taux de croissance comme la somme des valeurs ajoutées des différentes branches par rapport à l’année qui précède. Outre qu’il faille savoir qu’un accroissement par rapport à un taux de croissance faible de l’année précédente donne toujours en valeur relative un taux de croissance faible même si le taux est supérieur l’année qui suit.

Par ailleurs, nous savons que le taux de croissance global du PIB a été officiellement inférieur à 3% entre 2004/2009. La technique connue des économistes – triangularisation du tableau d’échange interindustriel- permet de démontrer que les hydrocarbures irriguent presque l’ensemble de l’économie et le segment hors hydrocarbures l’est à plus de 80%. Aussi, le taux de croissance hors hydrocarbures de 10% invoqué par le Ministre des finances comme j’ai eu à le préciser largement dans la presse nationale est artificiel, restant aux seules véritables entreprises une participation réelle inférieure à 2/3% hors hydrocarbures du total du produit intérieur brut ( PIB) et ce malgré une récolte exceptionnelle. Aussi lorsqu’on invoque un taux de 10%, s’agit-il d’être plus nuancé et plus précis, car le tout tiré par le BTPH dont les infrastructures via la rente des hydrocarbures,ne partageant donc pas l’optimiste du Ministre des Finances.

Par ailleurs, pour l’Algérie cette performance est dérisoire comparée à la dépense publique qui sera clôturée entre 2004/2009 à plus de 200 milliards de dollars. Comparé aux dépenses sur la population, des pays similaires en voie de développement dépensant le 1/3 de l’Algérie ont des taux de croissance plus importants. L’économie algérienne enregistre, selon les rapports internationaux, un taux de croissance inférieur à la moyenne méditerranéenne pur la période 2004/2009.

Face à cette situation, la structure productive actuelle rend la croissance volatile et soumise aux chocs externes, les variations du prix du pétrole restant fortes, le prix du gaz lui étant indexé, et rendant difficile une action contra-cyclique à moyen et long terme. Le résultat est donc mitigé en espérant une perspective meilleure entre 2010/2013 et que les 150 milliards de dollars projetés donnent de meilleurs résultats, supposant une réallocation des ressources plus efficace.

Question 2- Le retour au patriotisme économique n’est-il pas la solution ?

Je suis pas contre un secteur public performent qui s’insère dans le cadre de la logique des valeurs internationales. Mais arrêtons de diaboliser le secteur privé national et international qui est freiné par le cadre environnemental contraignant des affaires, expliquant que tous les rapports internationaux sans exception pour 2008/2009 donnent pour l’Algérie un classement ne reflétant pas ses potentialités, climat détériorée par la bureaucratie, un système socio-éducatif non adapté, un système financier sclérosé sans parler du foncier. Car les assainissements répétées des entreprises plus de 3000 milliards de dinars entre 1991/2009 ( trois cent mille milliards de centimes pour un effectif inférieur à 550.000 personnes pour tout le secteur économique public), auquel s’ajoute 325 milliards de dinars pour la loi de finances 2010, la majorité de ces entreprises sont revenus à la case de départ, démontrant que ce n’est pas une question seulement d’argent . Par ailleurs qu’en sera t-il de l’application des Accords de libre échange avec l’Union européenne applicable depuis le premier septembre 2005 allant vers un dégrèvement tarifaire zéro horizon 2014.

Les fameux champions industriels seront-ils performants en termes de qualité et de coûts car nous sommes à l’ère de la mondialisation donc une économie ouverte ? En ce qui concerne l’adhésion à l’organisation mondiale du commerce OMC, avec la nouvelle orientation de la politique économique actuelle qui semble privilégier le tout État, ce n’est pas pour demain car allant à contrario de toutes les règles qui régissent l’OMC.

Question 3- Quelle orientation économique future ?

Il s’agit d’aller vers la nouvelle économie et il semble que la présidence de la république a conscience de cette situation afin de favoriser la création d’un nouveau tissu industriel rentant dans le cadre de la substitution d’importation adaptée aux nouvelles réalités mondiales Car pour répéter le président du CNES miser uniquement sur les infrastructures, l’Algérie va droit au mur. C’est que les infrastructures qui ont absorbé plus de 70% des ressources financières entre 2004/2009 ne sont qu’un moyen, la véritable création de richesses devant relever de l’entreprise y compris les services qui ont un caractère de plus en plus marchand. Il s’agit d’éviter le retour au tout État des années 1970 (confondant étatisme que même les pays fondateurs du communisme ont abandonné et Etat régulateur) suicidaires pour le pays par l’injection massive d’argent.

Les réserves de change ne sont pas le résultat du travail mais de la rente des hydrocarbures grâce à un cours élevé ces dernières années, rente qui devrait aller vers l’épuisement, 16/18 ans pour le pétrole, 25 ans pour le gaz tenant compte de la consommation intérieure presque équivalente horizon 2016 aux exportations,les 15% des gisements marginaux étant non rentables financièrement. Alors que l’Algérie est indépendante depuis 47 ans sans avoir préparé pour les générations futures l’ère de l’après pétrole c’est à dire une production et exportation hors hydrocarbures. Le résultat début 2010 est là, les exportations en 2009 représentant moins de 1 milliards de dollars sans inclure les déchets ferreux et semi ferreux dont les exportations, ont été interdites pour 2009, somme dérisoire l’Algérie important presque tout et exportant que des hydrocarbures à l’état brut ou semi brut, démontrant une économie totalement rentière.

Car les deux fondamentaux du développement du XXIème siècle sont la bonne gouvernance et la valorisation du savoir. Comment peut-on parler d’une économie de la connaissance alors qu’un professeur d’université en fin de carrière perçoit une rémunération en termes de parité de pouvoir d’achat 1/3 de ses collègues marocains et tunisiens qui ont moins de moyen que l’Algérie ? IL faut donc appliquer les directives du président de la république lors de la rentrée universitaire à Sétif qui a l’accent sur la revalorisation du savoir, et la lutte contre la corruption, discours qui a suscité beaucoup d’espoir. De ce fait, toute politique fiable doit insérer la politique salariale presque inexistante en Algérie se limitant à des transferts de rente, dans le cadre d’une vision globale revalorisant le travail et l’intelligence comme montré dans le dernier rapport du conseil économique et social.

Question 4- L’inflation qui a un impact sur le pouvoir d’achat est-elle maîtrisée ?

Je ne partage pas l’avis de mes deux amis pour qui l’inflation serait maîtrisée et je voudrai détruire un mythe largement entretenu. Malgré la baisse des prix au niveau mondial, les Algériens assistent à une chute continue de leur pouvoir d’achat du à la faiblesse persistante du dinar. En 10 mois, la monnaie nationale a perdu près de 25% de sa valeur face à l’euro et 15% par rapport au dollar, un euro s’échangeant à plus de 120 dinars sur le marché parallèle contre 103/106 dinars sur le marché officiel, donc que ni les consommateurs, ni les importateurs de matières premières n’ont profité de la baisse des prix au niveau mondial (déflation), ne pouvant invoquer l’inflation importée. Car, les causes principales du retour à l’inflation qui entraîne une détérioration du pouvoir d’achat de la majorité des Algériens sont par ordre :

-premièrement
l’inefficacité de la dépense publique dont la mauvaise gestion et l’accroissement des dépense improductives

-deuxièmement les assainissements répétées des entreprises sans corrélation avec la création de la valeur pour une paix sociale fictive en précisant que la loi de finances 2010 consacre plus de 1000 milliards de dinars aux transferts sociaux mais mal gérés et mal ciblés. Et selon les enquêtes disponibles les salaires ne viennent qu’en troisième position car la salarisation est en nette baisse étant passée en 20 ans d’environ de 50% à moins de 20% en 2008/2009 dans la structure du produit intérieur brut contre une moyenne supérieure à 50/60% dans les pays développés et émergents, la baisse de la salarisation dans la structure du revenu en Algérie s’étant faite au profit des indépendants et de couches rentières avec une concentration excessive, fonction du mode d’accumulation reposant sur la captation de la rente des hydrocarbures .

La sphère informelle reflet du dysfonctionnement des institutions publiques alors que l’Etat régulateur est stratégique en économie marché, contrôlent quatre segments-clefs : celui des fruits et légumes, de la viande, celui du poisson pour les marchandises locales et pour l’importation, le textile – chaussures. Or avec le retour de l’inflation entre 2008/2009 80% du revenu moyen s’adressent à cette sphère. Comme les derniers chiffres de l’ONS donnent un taux d’inflation de 18% pour les produits de première nécessité , taux seul significatif pour une grande majorité de la population car un taux d’inflation global sous réserve qu’il est bien calculé , a peu de signification.

Aussi on ne peut comprendre l’essence de l’inflation sans la relier à deux facteurs : premièrement à la logique de la régulation d’ensemble, l’Algérie étant toujours dans cette interminable transition depuis 1986, ni économie de marché concurrentielle, ni dans une économie administrée avec des signes de passage d’un monopole d’Etat à un monopole privé source de rentes beaucoup plus néfaste, et deuxièmement à la répartition du revenu par couches sociales. Aussi s’agit forcément d’analyser l’inflation et le niveau des salaires en saisissant les liens dialectiques entre l’accumulation et la répartition des revenus par couches sociales, enquêtes inexistantes en Algérie.

NB- Débat à la radio algérienne chaîne III : thème – les perspectives économiques e l’Algérie 2010/2013- Docteur MEBTOUL Expert International – Économiste


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