La chronique économique d’Hassan Haddouche

Il n’y a rien à faire, on a beau avoir, depuis plus de 15 ans maintenant, une société de gestion de la Bourse d’Alger, une commission de surveillance des opérations de Bourse (la Cosob) et même un dépositaire central des titres (Algérie clearing), sans compter un nombre respectable  d’intermédiaires en opérations de Bourse ( les  IOB), le marché financier algérien reste obstinément réduit à des proportions lilliputiennes.

La capitalisation financière de la Bourse d’Alger représente moins d’1/1000éme du PIB national. Son bilan est squelettique : trois titres cotés, un nombre d’obligations qui se compte sur les doigts d’une seule main et un niveau de transaction annuel qui ne dépasse pas 2 millions de dollars. « Le chiffre d’affaire d’une petite agence immobilière qui aurait vendu  deux terrains bien situés  » commentait voici quelques jours un expert financier algérien .

En comparaison, la Bourse  de Palestine, qui ne dispose quand même pas de toutes les facilités, compte plus de 40 titres cotés et même celle du Vietnam, toujours dirigée d’une main de fer par le parti communiste  , représente déjà plus de 15% du PIB au pays de Ho chi min. Sans parler de nos voisins tunisiens qui arrivent à 20% du PIB et encore moins de la Bourse de Casablanca qui accueille des centaines de sociétés et représente en capitalisation plus de 60% du produit national marocain.

Une Bourse, pour quoi faire ?

La Bourse n’est pas un gadget ou un monument qu’on fait visiter aux touristes, c’est un instrument puissant et efficace de financement de l’économie et surtout des investissements des entreprises. « A quelques exceptions près l’économie algérienne ne compte pas de champions nationaux faute de marché financier » affirmait la semaine dernière à un séminaire à l’hôtel Aurassi  ,Lyès Kerrar , patron de la société Humilis, qui relève que dans la plupart des pays du monde la capitalisation boursière fait quasiment jeu égal avec le volume des  crédits bancaires.

La maladie de croissance infantile qui frappe la Bourse d’Alger n’est pas seulement un obstacle à l’éclosion de belles entreprises privées algériennes qui pourraient y trouver notamment une nouvelle source de financement pour renforcer leurs fonds propres et contourner ainsi les difficultés d’accès aux financements bancaires classiques. Elle  pénalise aussi , entre autres conséquences,  le développement du leasing , si utile pour le financement des équipements des entreprises «  parce que le marché obligataire est le mode de financement naturel des sociétés de leasing » soulignent les experts. Le potentiel du marché algérien dans ce domaine est estimé à 3 milliards de dollars alors que le chiffre d’affaire actuel des sociétés spécialisées ne dépasse pas 300 millions de dollars.

L’atrophie du marché boursier algérien   bloque également  l’essor du capital risque faute de porte de sortie pour les investisseurs. Pour tourner la difficulté, au cours des dernières années  , les autorités financières algériennes  ont exigé des banques publiques nationales qu’elles créent  des filiales spécialisées dans le capital risque. On a également créé des fonds d’investissement publics  de wilaya doté chacun d’un capital d’1 milliards de dinars , mais le bilan de l’activité de ces nouveaux  acteurs financiers reste extrêmement maigre et la plupart d’entre eux ne sont même pas encore opérationnels..

Comment réveiller la Bourse d’Alger ?

La quasi-totalité des spécialistes en sont convaincus, ils l’ont encore répété la semaine dernière à la journée d’étude  sur les relations  banque- entreprise organisée par le Forum des chefs d’entreprise ,Il faut initier à la Bourse d’Alger  « un flux d’émissions permettant d’atteindre la taille critique de capitalisation boursière», en lançant un plan de «privatisation par la Bourse de toutes les entreprises publiques éligibles immédiatement ou à terme». A commencer par  les banques et  les établissements financiers ainsi que le secteur des télécommunications dont les sociétés doivent  ouvrir leur capital en Bourse. En fait c’est ce qu’on fait pratiquement tous les pays du monde avant nous mais une démarche  que nos dirigeants, par  dogmatisme, prudence excessive, ou par souci de garder dans les mains de l’Etat  le contrôle des circuits de financement de l’économie ne se sont pas encore résolus  à adopter.

Une lueur d’espoir

C’était la seule  bonne nouvelle de la journée d’étude organisée lundi dernier à l’hôtel Aurassi : un plan de sauvetage de la Bourse d’Alger est en voie de concrétisation. Il devrait  selon ses initiateurs permettre « dans un délai de 5 à 8 ans » de faire passer le nombre de sociétés cotées de 3 à 38 et à la capitalisation boursière de grimper à 10 milliards de dollars. En attendant , et à plus court terme, il faudra se contenter du maigre programme annoncé récemment par le directeur de la Bourse ,Mustapha Ferfara, qui affirme qu’ «  il y a déjà une nouvelle entreprise privée qui a déposé sa demande de visa d’introduction à la Bourse auprès de la Cosob tandis qu’ au moins une dizaine d’autres entreprises sont  clairement intéressées par des opérations d’admission en Bourse et  comptent se préparer activement à cet effet ».

Hassan Haddouche