Sur fond de guerre au Mali, d’autres têtes sont tombées au Quai d’Orsay. François Hollande, a besoin de faire taire les voix discordantes par rapport à cette intervention militaire d’une part. D’autre part, le président français veut un résultat concret et concluant pour valider la justesse, toujours questionnable, de son intervention militaire au Nord Mali. Mokhtar Belmortar et son acolyte sont morts. Mission accomplie ? Toute chose égale par ailleurs, le président français souhaite accrocher à sa ceinture les scalps de deux grands terroristes, un peu comme Barak Obama avec Oussama Ben Laden. Enfin une éventuelle bonne nouvelle à livrer à l’opinion française. Pour le moment, la France ne crie pas Cocorico, mes ces deux morts déchargent toutefois la décision d’intervenir au Sahel de toutes arrières pensées politiques. Il s’agit d’une lutte antiterroriste classique menée à la demande d’un pays ami : le Mali.

Le livre blanc de la défense, toujours attendu mais dont les conclusions étaient déjà connu de l’ensemble des officiers de l’armée française, préconise le gèle des effectifs des militaires pour les quinze prochaines années, aussi de faire passer les dépenses de défense sous la barre de 1,3% du PIB. L’intervention au Mali tombe donc à point nommé. L’état-major français lance donc l’offensive contre les djihadistes au Sahel aussi pour faire la guerre aux réductions budgétaires prônées par ce livre blanc. Cette guerre n’est pas encore gagnée car elle se mène aussi et surtout dans un contexte économique morose. La « mère des batailles » est attendue lors de la prochaine loi de programmation militaire qui détermine les crédits.

A peine, les soldats français arrivés au Nord Mali, que le ministre de la défense français promet de commander 14 airbus A330, comme avions ravitailleurs. Est aussi annoncée la reprise du programme de construction de drones français. Mais c’est surtout la promenade de François Hollande dans les rues de Tombouctou, ce 2 février 2013, aux côtés de Dioncounda Traoré, président malien désigné par des putschistes improvisés, qui constitue, en termes de communication, la victoire française dans une guerre qui n’a pas vraiment encore commencé. « Le plus beau jour de ma vie politique », le président français n’est pas avare de superlatif pour qualifier une décision qu’il s’était promise de ne pas prendre. Quelques semaines avant ce plus beau jour, Monsieur Hollande a déclaré qu’il n’y aura pas de troupes françaises au sol. Un homme politique qui se contredit voire qui se renie est un homme normal, d’autant plus qu’Hollande a très tôt revendiqué sa normalité. En revanche, ce qui est moins normal, c’est la longue durée de la présence militaire française dans cette partie du monde. « La France restera le temps nécessaire », a aussi déclaré ce même président pour préparer son opinion au séjour indéfiniment prolongé de ses troupes au Sahel. Pourtant certains hauts fonctionnaires du ministère des affaires étrangères, de la direction Afrique-Océan Indien, ont émis des réserves et même des critiques contre : « la décision française de s’appuyer sur un gouvernement intérimaire contesté et une armée suspectée d’exactions contre les populations civiles, et, dans le même temps, de favoriser le MNLA, en utilisant ses hommes pour mener à bien la bataille des Ifoghas» (selon la lettre confidentielle, Très Très Urgent, parue le 7 mars 2013). Le pouvoir français tient à faire l’unanimité autour de sa politique, des diplomates sont donc limogés.

Après la lutte anti-terroriste, la France s’est fixée comme objectif la reconstruction de l’Etat malien. Normal, car au même moment où les militaires français et tchadiens se battent au Nord, les militaires maliens s’entretuent pour le pouvoir à Bamako, bérets rouge contre bérets verts. Avec de tels derby la déliquescence de l’Etat malien est achevée. Il n’y a plus d’armée malienne qui ne compte que 7.000 soldats pour plus de 13 millions d’habitants (alors que le voisin mauritanien en compte 20.000 pour une population de 3,5 millions). Il est donc inimaginable que la France laisse les Maliens seuls aux commandes de leur pays, même en pilotage automatique. Reste à gérer l’isolement réel ou supposé de la diplomatie française. En général, ce type d’intervention ne suscite pas d’engouement particulier, même chez les alliés les plus fidèles. Il suffit de rappeler l’abstention de l’Allemagne au sein du Conseil de sécurité de l’ONU lors du vote de la résolution 1973 autorisant la « protection » de la population de Benghazi. Et ce malgré la qualité des relations entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. La France a diplomatiquement surmonté cette abstention-camouflet. Avec l’opération Serval, le premier fait d’armes de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères est d’annoncer l’autorisation donnée par Alger pour le survol par les Rafales de son espace aérien. Cela n’a rien d’exceptionnel puisque de telles facilités ont déjà été données à l’aviation française lors de la crise militaire avec la Libye sur la bande d’Aozou. Justement, sur le terrain, c’est le soutien de l’armée tchadienne qui est déterminant. Idriss Debby, nouveau renard du désert, engage plus de 2000 soldats dont la moitié formés par les Américains qui sont à l’origine de l’initiative transsaharienne contre le terrorisme, lors du conflit du Darfour. A ce jour, plus de 40 soldats tchadiens tués, Idriss Debby est en mesure de presque tout exiger de son allié français. Il sera vraisemblablement l’un des derniers présidents à vie de la planète et Paris ne manquera pas de pallier les ressources de N’djamena en diminution depuis la chute de Kadhafi. Toujours est-il que tant la France que les Etats-Unis ne seront pas avars de leurs efforts pour faire du Tchad une puissance subsaharienne.

Revenons au président français, le prochain plus beau jour de sa vie sera le moment où de Tombouctou il lancera, parodiant le général de Gaule : « vive l’Azawed libre ». D’ici là, il doit ménager son opinion publique qui reste sensible aux dépenses démesurées par ces temps de crise. Déjà dans les années soixante, Raymond Cartier, alors éditorialiste à Paris-Match, a mené campagne contre les coûts de la colonisation avec une formule restée célèbre : «la Corrèze avant le Zambèze ». Argument qui ne sera pas inaudible à un président, ancien élu de Tulle, capitale de cette même Corrèze.

Naoufel Brahimi El Mili