Ex-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin dénonce dans une tribune parue vendredi dans le quotidien Le Figaro le « massacre qui est perpétré à Gaza ». Ce proche de l’ancien Président Jacques Chirac compare la « stratégie terrifiante » d’Israël à celle des extrémistes français du temps de l’Algérie coloniale. Dominique de Villepin appelle l’ONU à « s’interposer ».

« Comment comprendre aujourd’hui que la France appelle à la « retenue » quand on tue des enfants en connaissance de cause? Comment comprendre que la France s’abstienne lorsqu’il s’agit d’une enquête internationale sur les crimes de guerre commis des deux côtés? Comment comprendre que la première réaction de la France, par la voix de son président, soit celle du soutien sans réserve à la politique de sécurité d’Israël? Quelle impasse pour la France que cet esprit d’alignement et de soutien au recours à la force ».

Alors que le gouvernement français, la majorité de l’opinion publique et des médias locaux approuvent l’intervention militaire d’Israël, au sol et dans les airs, sur la bande de Gaza depuis le 8 juillet dernier, un son de cloche différent vient de se faire entendre au sein de la classe politique française. Dominique de Villepin, ex-Premier ministre français, s’est fendu d’une tribune virulente ce vendredi dans les colonnes du quotidien français Le Figaro, connu pour sa position pro-Israël. A peine mise en ligne, la missive de l’ancien diplomate a été de suite très relayée sur les réseaux sociaux.

1.500 morts en 25 jours

Dans cette tribune, le responsable politique français, qui a dit « non » à George Bush en 2003 pour une intervention en Irak sans l’approbation du Conseil de Sécurité de l’ONU, dit cette fois « stop » à l’impunité de l’Etat juif, dont les missiles ont détruit pas moins de 6 écoles de l’ONU, tué plus de 1.500 Palestiniens en ce 25è jour d’intervention militaire. Dominique de Villepin dénonce : Israël outrepasse ses droits au vu et au su de toutes les diplomaties du monde. Il écrit ainsi :

Ayons le courage de dire une première vérité: il n’y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l’occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd’hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien.

Contrairement à la doxa dominante en France, l’ancien chef du Quai d’Orsay estime que l’assaut israélien sur la bande de Gaza n’est ni légitime, ni légal au regard du droit international. Il interpelle ainsi les autorités et l’opinion publique françaises :

Comment oublier le profond déséquilibre de la situation, qui oppose non deux États, mais un peuple sans terre et sans espoir à un État poussé par la peur?

Il ajoute :

Lever la voix face au massacre qui est perpétré à Gaza, c’est aujourd’hui, je l’écris en conscience, un devoir pour la France, une France qui est attachée indéfectiblement à l’existence et à la sécurité d’Israël mais qui ne saurait oublier les droits et devoirs qui sont conférés à Israël en sa qualité d’État constitué.

La France a été l’un des premiers pays, avant même les Etats-Unis, à apporter son soutien au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, alors qu’il lançait début juillet une opération aérienne sur la bande de Gaza. Ainisi, François Hollande a clairement marqué une rupture avec la position traditionnelle de l’Hexagone sur le dossier israélo-palestinien, connue pour vouloir faire avancer la solution diplomatique. Dominique de Villepin regrette ainsi le virage négocié par François Hollande :

Par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s’est tue, celle qui faisait parler le général de Gaulle au lendemain de la guerre des Six-Jours, celle qui faisait parler Jacques Chirac après la deuxième intifada.

Pour ce gaulliste chevronné, rien ne saurait justifier la folie sécuritaire d’Israël, qu’il assimile à l’extrémisme de l’Oragnisation armée secrète (OAS). Dans sa tribune, Dominique de Villepin établit effectivement un parallèle entre le gouvernement israélien, fondé sur une coaltion d’extrême droite, raciste et ségrégationniste, à l’organisation politico-militaire terroriste française, qui a voulu coûte que coûte poursuivre la colonisation de l’Algérie. Il compare ainsi :

L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. C’est la spirale de l’Afrique du Sud de l’apartheid avant Frederik De Klerk et Nelson Mandela, faite de répression violente, d’iniquité et de bantoustans humiliants. C’est la spirale de l’Algérie française entre putsch des généraux et OAS face au camp de la paix incarné par de Gaulle.

[…]

Il n’y a aujourd’hui ni plan de paix, ni interlocuteur capable d’en proposer un. Il faut tout reprendre depuis le début. Le problème de la paix, comme en Algérie entre 1958 et 1962, ce n’est pas «comment?», c’est «qui?».

Le gouvernement israélien assimilé à l’OAS

En réalité, Dominique de Villepin n’est pas le premier à rapporcher la situation en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés en 2014 de celle de l’Algérie, à l’époque de la guerre pour l’Indépendance. Dans un éditorial destiné au Président François Hollance, paru le 23 juillet dernier, le cofondateur du site internet d’information Mediapart, Edwy Plenel reproche au chef de l’Etat de reproduire dans sa gestion du dossier israélo-palestinien les mêmes réflexes coloniaux que les socialistes au pouvoir en France lors du déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie, au milieu des années 1950.

Avec un bilan humain lourd – la barre des 1.500 morts a été franchi ce vendredi -, il y a urgence à Gaza. Dominique de Villepin l’a bien compris, c’est pourquoi il est sorti de sa réserve. « Il est temps de parler et d’agir », écrit-il, enjoignant l’ONU a prendre ses responsabilités. Il appelle ainsi le Conseil de Sécurité à sanctionner l’Etat juif :

Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard, tout particulièrement à l’heure où il est question d’une opération terrestre de grande envergure à Gaza. Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies.

Il demande aussi le respect de la justice internationale, qui passe par l’intégration de la Palestine dans la Cour pénale internationale :

Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale.

Enfin, Dominique de Villepin veut que les Nations unies s’interposent entre la population palestinienne et Israël, en plaçant les Territoires occupés sous « mandat de l’ONU ». Il détaille :

Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition. À défaut de pouvoir négocier une solution, il faut l’imposer par la mise sous mandat de l’ONU de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, avec une administration et une force de paix internationales. Cette administration serait soumise à de grands périls, du côté de tous les extrémistes, nous le savons, mais la paix exige des sacrifices. Elle aurait vocation à redresser l’économie et la société sur ces territoires par un plan d’aide significatif et par la protection des civils. Elle aurait également pour but de renouer le dialogue interpalestinien et de garantir des élections libres sur l’ensemble de ces territoires. Forte de ces résultats, elle appuierait des pourparlers de paix avec Israël en en traçant les grandes lignes.