Freiner l’importation, booster la production nationale hors hydrocarbures, faire connaître le made in Algeria de part le monde et mieux représenter la maison Algérie à l’international. Tels sont les défis que s’est lancée Algérie consortium des industriels agroalimentaires (Acia).

Créé en 2013 dans le cadre d’un programme de partenariat entre le ministère de l’Industrie et l’Organisation des Nations-unies pour le développement industriel (ONUDI), ce consortium a réussi à regrouper en l’espace d’une année seulement pas moins de 45 entreprises activant dans le domaine. L’esprit mutualiste, qui est l’essence même de ce consortium, est visible lors de la 23e édition de la Foire de la production algérienne, qui s’est tenue du 24 au 30 de ce mois de décembre. En effet, ces 45 opérateurs de l’agroalimentaire, dont les stands sont disposés côte à côte, ont occupé  la moitié du pavillon Casbah au Palais des expositions, sis à El Mohamadia, à l’est d’Alger. Mieux encore, leurs stands sont faits en carton biodégradable. Ces stands écologiques sont 100% algériens. Ils sont fabriqués par la société Big Mag, une filiale du groupe Ifri, dont l’usine se trouve à l’intérieur même du Palais des expositions.

« Même les chaises et les tables que vous voyez ici sont en carton biodégradable », se réjouit M. Boudjemâa Ifri, président d’Acia et premier responsable du groupe Ifri, assis sur une chaise qui peut porter, précise-t-il, jusqu’à 300 kg, en posant ses deux mains sur une table basse du même matériau posée devant lui. « Notre produit, explique-t-il fièrement, est 100% algérien. Les plaques de carton que l’on transforme, on les achète chez Tonic et Genéral Embllage, qui sont deux entreprises algériennes, leader en la matière sur le marché national ». S’étant lancé dans la transformation de carton en produits biodégradables depuis maintenant cinq ans, Big Mag a acquis une expérience et un savoir faire qui la placent comme « leader en ce créneau dans le pays ». Sa gamme de produits est très diversifiée. Elle fabrique même des présentoirs en carton. « Beaucoup de plateaux de télévisions algériennes, publiques ou privées, sont faits en carton. Je suis très content quand je vois nos produits sur les écrans », se félicite-t-il. L’augmentation de la demande sur ces produits s’explique par plusieurs facteurs. « Outre le fait qu’ils soient récupérables et recyclables, ces produits coûtent 70% de moins par rapport à ceux fabriqués avec du bois, du plastique ou du métal. En plus, pour les fêtes et autres événements occasionnels, ils sont facilement transportables », justifie M. Ifri.

En sus des produits écologiques, le groupe Ifri s’investit aussi dans le biologique. Huile d’olives, miel, viandes ovines, bovines et de volailles, ainsi que des fruits et légumes 100% bio, sont entre autres les produits que les filiales du groupe, chacune dans son domaine, fournissent à destination du marché national ou étranger. Forte d’une expérience de plus de 80 ans dans l’extraction de l’huile de l’olive dans la vallée de la Soumam, à Béjaia, le groupe Ifri exporte depuis quelques années une bonne partie de sa production oléicole à l’étranger. « Nous avons même un magasin en Chine », exulte M. Ifri. La filiale oléicole du groupe s’approvisionne en olives auprès d’oléiculteurs de différentes régions d’Algérie. L’extraction se fait selon les normes, de manière professionnelle. « Nos olives sont parmi les meilleures au monde, mais notre l’huile d’olive n’a pas une aussi bonne réputation. Cela est dû au mauvais conditionnement des fruits. Les fellahs ne prennent pas soins de leur cueillette. Il faut qu’il se mettent dans la tête qu’une olive est comme une tomate. Il faut on en prendre bien soin pour avoir une huile de qualité. En plus, dans les huileries on ne lave pas les olives dans une eau bouillie à la température requise. On les passe souvent dans l’eau froide, et cela impacte gravement la qualité de l’huile », dit-il. Pour le miel, le groupe Ifri a acquis 250 ruches. Pour rendre son miel bio accessible aux petites bourse, l’entreprise Ifri Bio a décidé de vendre son produit en petits flacons de quelques dizaines de centilitres. « Beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre d’acheter un litre ou un demi litre de miel bio car ça coûte cher. C’est pour cela que l’on a pensé à le vendre en petites quantités, donc à amoindrir le coût ». Quant aux viandes, M. Ifri, affirme que ce secteur souffre de plusieurs dysfonctionnements. l’Acia, à travers le Groupement interprofessionnel des protéines animales (Gipa), fait partie du consortium. M.Ifri est vice-président,  il est en phase de terminer la mise en place d’une ferme dans la wilaya de Bouira, qui sera chargée d’organiser les secteurs des viandes ovines, bovines et blanches. Pour illustrer son propos, il affirme ainsi notre pays produit annuellement environ 7 millions de têtes de mouton. La consommation nationale est d’environ 2 millions durant la fête de l’aïd et un demi-million pour le reste de l’année. Où vont donc les 4 millions de tête restantes? « Elles sont exportées clandestinement vers la Tunisie et le Maroc par les contrebandiers du cheptel », estime M. Ifri. Cette ferme, d’après lui, qui sera une SPA ouverte à tous les producteurs et transformateurs du secteur, est à même de réguler le marché de la viande et de mettre fin à ce trafic.

Le président de l’Acia plaide pour le regroupement de toutes les entreprises de l’agroalimentaire dans le consortium afin d’être « plus visible et mieux représenter la maison Algérie à l’étranger ». « Notre objectif, c’est de regrouper le plus grand nombre possible d’entreprises activant dans le secteur de l’agroalimentaire. Ensemble, on peut faire beaucoup de choses, mais individuellement, on ne peut rien faire. Les petites entreprises grossissent les rangs du consortium et en contrepartie leur stature est rehaussée par les grandes entreprises en bénéficiant de leur expérience et leur savoir-faire », explique M. Boudjemâa Ifri, président d’Acia. Mais pour ce faire, il appelle les pouvoirs publics à lever les obstacles bureaucratiques qui bloquent l’essor de la production nationale et, du coup, l’exportation des produits hors hydrocarbures. Il réclame également des facilités d’accès aux foncier agricole et industriel à ceux « qui veulent créer de l’emploi et de la richesse ».

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