Benghabrit, ses prédécesseurs et les donneurs de leçons Par Abdou Semmar

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121e rang mondial. C’est la position qu’occupe l’Algérie concernant la qualité de l’enseignement dans les écoles primaires. 121e sur 144 pays. L’école primaire algérienne se retrouve ainsi parmi les 23 pires écoles dans le monde. C’est le très sérieux Forum économique mondial qui le dit dans son rapport sur la compétitivité en Afrique 2015.

On aura beau dire que le Forum économique mondial est une instance «occidentale», «impérialiste» qui déteste l’Algérie comme tous les autres organismes internationaux de l’univers qui accablent l’Algérie pour sa mauvaise gouvernance, la réalité demeure bien amère : notre école est mauvaise. Très mauvaise. A qui la faute ? A Nouria Benghabrit qui occupe son poste depuis à peine une année ? C’est ce que veulent nous faire croire ses détracteurs qui se recrutent parmi les idéologues islamistes et conservateurs. Tout est de la faute de Nouria Benghabrit. Si nos enfants ne s’expriment dans presqu’aucune langue, c’est la  faute à Nouria. Si nos enfants ne maîtrisent ni les maths, ni la géographie, ni l’histoire, c’est la faute à Nouria. Nos enfants sont mal-éduqués ? C’est la faute à Nouria. A en croire ses adversaires, en une année, Nouria a ruiné l’école et dévasté l’intelligence de nos enfants.

Selon les conservateurs qui lui reprochent son arabe rudimentaire -certains continuent à croire qu’elle a des origines juives-, Nouria Benghabrit est nulle, catastrophique et dangereuse. Mais avant Nouria Bengharbit, l’Algérie était-elle comme le Japon, la Corée du Sud ou la Finlande, ces pays considérés parmi les meilleurs dans le monde concernant la qualité de leur système éducatif ?

Absolument pas ! Avant que notre Nouria nationale ne soit nommée ministre, c’était un certain Boubakeur Benbouzid qui a régné durant 19 longues années sur le ministère de l’Education nationale. 19 ans. Ce dernier parlait parfaitement l’arabe. Là-dessus, il n’y avait rien à dire. Et pourtant, en dépit cette maîtrise louable de la langue d’El-Moutanabi, l’école primaire algérienne demeurait classée parmi les pires écoles dans le monde. Aucun classement international ne dit le contraire. Les écoliers algériens avaient connu mille réformes. Mille changements, manœuvres, manuels scolaires sans oublier les sempiternelles grèves ainsi que les débrayages des enseignants. Pendant 19 années, les conservateurs et islamistes qui réclament la tête la «mauvaise» Nouria n’avait pas élevé la voix avec autant de véhémence et de férocité pour s’en prendre à Benbouzid. Et pourtant, son bilan parle de lui-même : une école déstructurée, des élèves en perte de repères, un niveau scolaire médiocre et des enseignants abandonnés à leur sort.

Après 19 ans d’échec, personne n’a demandé des comptes à Benbouzid. En 19 ans de règne, il n’a jamais fait l’objet d’une campagne féroce comme celle qui vise Nouria Benghabrit. Pourquoi ce traitement à deux vitesses de la part de nos conservateurs rétifs à tout changement ? Bengharbit est une femme. Elle parle beaucoup mieux le français que l’arabe. Elle ne porte pas de Hidjab. Ah que des attributs de pécheresses qui énervent tant nos conservateurs. Ces derniers regrettent presque Benbouzid et ses échecs.

 Mettons les choses au clair : la ministre Nouria Benghabrit est totalement critiquable. Tout le monde a le droit de soumettre son action à la critique rationnelle. Tout le monde a le droit de lui demander des explications, des comptes.  Mais soyons objectifs et sincères ! Pourquoi autant d’acharnement alors qu’elle occupe son poste depuis uniquement une année ? Elle a hérité de 19 ans de “benbouzidisme” (1993-2012) ! Pourquoi refuser de lui laisser le temps de travailler ? Quel ministre brillant et inventif peut prétendre réparer les dégâts causés par 19 ans d’absence de réflexion et de stratégie éducative conformes aux normes internationales, en une simple année ?

Nouria sort des voies obscures de la démogagie. Contrairement à ses prédécesseurs, elle reconnait les déficiences de l’école publique et son rôle dans l’abêtissement de la société. Elle ne ment pas aux Algériens. Elle ne caresse pas leur conservatisme pour s’attirer leurs faveurs.  Elle essaie d’accomplir des choses. Elle réfléchit à des réformes en écoutant les enseignants, les pédagogues, les experts.  Peut-être se trompe-t-elle. Peut-être va-t-elle échouer. Mais au moins critiquons là sur son bilan et arrêtons de lui en vouloir parce qu’elle est une femme qui ne parle pas l’arabe classique comme un démagogue islamo-conservateur.  Et que ceux qui veulent son départ nous montrent leurs solutions pour notre école. Que ceux qui veulent sa tête nous dévoilent ce qu’ils ont dans la leur. Ce jour-là, nous prendront au sérieux leur haine…