Le prêt  d’un milliard de dollars accordé, le 2 novembre dernier, par la Banque africaine de développement (BAD) à l’Algérie marque symboliquement la fin du tabou de l’endettement extérieur dans notre pays.

La BAD a annoncé l’approbation par son Conseil d’administration, le 2 novembre 2016, d’un prêt de 900 millions d’euros (990 millions de dollars ) à l’Algérie. C’est en fait un véritable prêt d’appui à la mise en œuvre du « nouveau modèle économique algérien » qui a été approuvé par l’institution financière panafricaine.  Pour s’en convaincre, il suffit de lire le communiqué officiel qui précise ainsi très significativement que la BAD a également approuvé le « document  pour la période 2016 -2018 , qui présente le cadre stratégique et le contexte du réengagement financier de la banque en Algérie ».

On retrouve donc normalement les principaux aspects du nouveau modèle de croissance, prôné depuis quelques mois par les autorités algériennes, dans les objectifs assignés à l’assistance financière de la BAD. Le prêt vise ainsi , explique la BAD, à « assurer une consolidation budgétaire par l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures et la rationalisation des dépenses ». Il vise également, poursuit-elle, à « améliorer le climat des affaires grâce à l’ouverture de l’économie, à l’amélioration du cadre de l’initiative privée et de l’activité économique », ainsi qu’à « améliorer l’efficacité du secteur de l’énergie et promouvoir les énergies renouvelables pour une offre énergétique durable ».

Quand le désendettement gèle la coopération

Mise en œuvre par les autorités algériennes depuis  2004, la politique de désendettement, avec d’excellentes intentions, mais appliquée de façon dogmatique, avait  quasiment gelé depuis plus de 10 ans, la coopération entre l’Algérie et les institutions financières internationales.

La raison de l’interruption quasi complète de cette  coopération tient d’une raison très simple qui est la politique de désendettement tous azimuts adoptée par les autorités algériennes à partir de 2003- 2004. Appliquée sans nuances, elle a provoqué  une série de dégâts collatéraux. C’est ainsi que des institutions comme la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement (BAD) ou la Banque européenne d’investissement( BEI), qui sont de plus en plus   actives dans les pays voisins de l’Algérie comme le Maroc ou la Tunisie, ont vu leurs activités se tarir et leurs représentations en Algérie réduites à leur plus simple expression. Seules exceptions significatives : les assistances techniques conclues dans le cadre du programme MEDA de l’Union européenne ont échappé à cette lame de fond en raison de l’absence d’endettement lié aux actions mises en œuvre.

Quelques spécialistes, en réalité assez peu nombreux, se sont émus au cours des dernières années des freins imposés  à la  coopération  avec des institutions disposant d’un savoir faire et d’une expérience considérable en soulignant notamment son caractère paradoxal dans un contexte ou, au cours de la décennie écoulée, l’Algérie mettait en œuvre des programmes d’investissements colossaux sans pouvoir toujours les accompagner de la maturation, des évaluations et des actions de suivi nécessaire. Certains d’entre eux n’hésitent pas à considérer, à l’image d’un banquier privé, que « les économies réalisées en désendettement auprès des institutions financières internationales ont  été payées cash en frais d’étude facturés par des partenaires privés dans le cadre des contrats d’équipement réalisés au cours de la  dernière décennie ».

La fin d’un tabou

Après avoir été presque totalement occulté par plus de 12  années d’aisance financière, le débat sur l’opportunité  du recours à l’endettement extérieur a rebondi depuis le début de l’année 2016Les déclarations de  responsables économiques algériens, anciens ou actuels,  se sont succédées à un rythme accéléré au cours des derniers mois. Chacun a sa petite idée sur la question. Pour ne citer que les plus importantes, on a entendu un ancien premier ministre, M. Ahmed Benbitour, déclarer en substance que l’Algérie « ne pourra pas s’endetter », sauf peut être « auprès  de la Chine et du Japon » du fait qu’elle n’est ne sera plus  solvable dans les prochaines années. Dans la même veine, c’est Ali Benouari, ancien ministre du Budget, qui mettait les autorités financières algériennes « au défi » de lever actuellement « ne serait-ce qu’un milliard de dollars sur les marchés internationaux de capitaux ». Quand au professeur Abdellatif Benachenhou, il affirmait voici quelques mois que « le recours  à l’endettement extérieur en ce contexte de crise financière doit à tout prix être évité » et qu’il ne  fallait pas « refaire deux fois la même erreur ».

Tergiversations gouvernementales

Du côté officiel, c’est-à-dire celui du gouvernement, le recours au financement extérieur avait  déjà commencé à être évoqué sans complexe au cours des derniers mois par certains membres du gouvernement. C’est ainsi que  le ministre du Commerce avait  expliqué qu’il ne fallait plus « diaboliser l’endettement extérieur ». M. Bekhti Belaïb, avait  annoncé, plus précisément la possibilité pour  l’Algérie de contracter un prêt auprès de la Chine pour financer certains grands projets. Le ministre du Commerce était cependant encore resté prudent en précisant qu’il s’agit d’une « exception » que compte faire l’Algérie « compte tenu des faibles taux d’intérêt appliqués par la Chine et de la qualité des relations entre les deux pays ».

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, de son côté, semblait avoir sifflé la fin de la récréation en écartant, le 3 mars dernier, à  l’occasion de l’ouverture de la session de printemps du Parlement, le recours à l’endettement extérieur « dans l’immédiat », ajoutant que « le gouvernement compte privilégier l’option de l’endettement interne » puisque la principale orientation contenue dans le projet de Loi de finance pour 2017 vise à les réduire de nouveau et cette fois dans la proportion considérable de 28 %.

Le principal risque associé à cette démarche est de pénaliser la croissance économique qui au cours des dernières années a été tirée essentiellement par les commandes publiques. Et donc de courir le risque de voir le chômage augmenter de nouveau de façon très importante à l’image de la situation qu’a connu le pays après le contre-choc pétrolier de 1986. Comment   maintenir l’effort de réalisation des infrastructures économiques  et sociales tout en diminuant les dépenses d’équipement de l’Etat ? La réponse est dans le recours à l’endettement interne et externe.

Le retour des institutions financières internationales

La relance de la coopération avec la Banque africaine de développement n’est certainement qu’une première étape. Pour résoudre l’équation devenue compliquée du financement des investissements publics, il faudra, selon beaucoup  de spécialistes, multiplier dans la période à venir les solutions en renonçant en chemin à un certains nombre de  dogmes. Au premier rang d’entre eux figure l’interdiction de l’endettement extérieur. Dés le printemps dernier, les chroniques économiques d’Algérie Focus annonçaient, en citant  Adel Si Bouakaz, qui se trouve être un membre de la « task force » réunie par M .Sellal, que «l’Algérie participe à un certain nombre de structures multilatérales comme la Banque africaine de développement ou la Banque mondiale, qui ne demandent qu’à pouvoir s’exposer un peu plus dans notre pays. En outre, de nombreux fonds d’investissements sont spécialisés dans le financement des  infrastructures  alors même que de nombreuses sociétés portuaires, aéroportuaires ou de gestion des autoroutes peuvent être très rentables comme le montre l’expérience des pays voisins ». Nous  y sommes.

Certaines sources annoncent déjà la possibilité d’un emprunt contracté par l’Algérie auprès de La Banque Européenne d’Investissement (BEI). Last but not least, on ne voit pas très bien non plus comment les relations entre l’Algérie et la Banque mondiale qui sont  quasiment au point mort depuis le milieu de la décennie écoulée, pourraient ne pas être relancées prochainement .