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Décines-Charpieu est une ville distante de 12 km du centre de Lyon. Une ville française, très française, qui ne ressemble à aucune autre ville algérienne ravagée par un urbanisme abject et une mauvaise gouvernance locale répugnante. Et c’est dans cette ville que l’ancien ministre des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, séjourne régulièrement auprès de ses enfants qui possèdent un joli pavillon, une villa, dans un quartier résidentielle de cette ville de la banlieue lyonnaise.

Des espaces verdoyants, des routes bien entretenues, des trottoirs propres, des immeubles d’un blanc immaculé, une administration locale bien organisée, Chérif Abbas, notre ancien ministre, trouve dans cette ville française ce que le gouvernement algérien auquel il avait appartenu n’avait jamais réussi à offrir à ses compatriotes. Dans cette petite ville de la région lyonnaise, le dirigeant algérien trouve ainsi ce confort et cette qualité de vie qui font, à n’en pas douter, le bonheur de sa famille, installée dans cette région.

A mon avis, il serait, à ce stade, stérile de polémiquer sur les origines des fonds qui ont permis aux enfants de Chérif Abbas, sa fille ou son fils, d’acquérir un beau pavillon à Décines. Le fils ou la fille d’un ministre n’est nullement comptable des gestes et des actes de son père. Un fils de ministre peut aussi travailler honnêtement et durement pour mériter de vivre dans le confort d’une petite ville française bourgeoise.

Je ne connais pas la fille ou le fils de Chérif Abbas. Je n’ai donc aucune raison de les clouer au pilori ou leur demander des comptes. Ce sont des compatriotes comme tous les autres. Mais, leur père, Monsieur Chérif Abbas n’est pas comme n’importe quel autre ministre algérien.  Monsieur Chérif Abbas est le ministre qui n’avait jamais cessé de criminaliser la France et ses méfaits. « L’Algérie ne cessera de réclamer la repentance et les excuses de ce pays sur ses crimes commis sur notre terre », ressassait-il inlassablement quand il était ministre des Moudjahidine.

Sa revendication est, dans le principe, juste et légitime. Mais a-t-il réussi à la concrétiser en faisant régulièrement son footing dans les rues de Décines, dans le pays qu’il diabolise tant et contre lequel il se bat pour obtenir des excuses ? Est-ce cohérent de s’installer auprès de ses enfants en France alors qu’il pourfendait avec tant de véhémence l’Etat français ?

 «Tant que des excuses ne sont pas formulées, il faut s’attendre au fait qu’il y ait toujours des tensions entre nos deux pays», avait déclaré en octobre 2008, Mohamed Chérif Abbas. Mais ces tensions, entretenues pour des raisons de propagande politicienne, n’ont en aucun cas dissuadé notre vénérable ministre d’aller couler des jours heureux à Décines. De nombreux Algériens établis à Lyon ont exprimé leur indignation face à ce double-discours, cette hypocrisie politique qui souille le combat pour la reconnaissance des crimes coloniaux en Algérie.

Un ministre, un politique, un dirigeant, lorsqu’il décide de porter à bras le corps une cause, il se doit au moins de faire l’effort de se montrer fidèle à l’esprit de son combat dans sa propre vie privée. Réclamer des excuses à la France alors qu’on incarne soi-même cette dépendance maladive vis-à-vis d’elle, relève de la schizophrénie la plus manifeste. Comment arracher à l’ancienne puissance coloniale quelque acquis dans ce délicat dossier de la mémoire, alors que celui censé incarner la sacralité du combat libérateur se la coule douce dans une paisible petite ville jfrançaise ? Un débat qu’il va bien falloir ouvrir en Algérie.

Nos dirigeants diabolisent la France en Algérie, mais profitent de ses bienfaits avec leurs familles. On dit aux jeunes algériens de ne pas servir la France pour ne pas oublier ce qu’elle nous avait fait subir. Mais nos hauts responsables sont les premiers à partir dépenser leurs devises dans les caisses de ce même pays contre lequel ils prétendent lutter pour la vérité.

En décembre 2007, dans les colonnes du quotidien El-Khabar, Mohamed Chérif Abbas épinglait «le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France ». Force est enfin de constater que ce lobby n’a guère dérangé notre ancien ministre qui se promène sans aucune gêne dans les allées des jardins de Décines. Ce même «lobby» pourrait soigner prochainement Mohamed Chérif Abbas comme il soigne, en ce moment, Abdelaziz Bouteflika et autres dirigeants algériens. Chérif Abbas, l’ex secrétaire général de l’Organisation nationale des Moudjahidine, comme tous les autres hauts responsables algériens, symbolise parfaitement cet échec dans l’édification d’un Etat fort, émancipé et prospère. Un Etat capable de bâtir des Décines-Charpieu en Algérie même.