• Par F | janvier 21, 2011 12:55

    Qu’a pu bien en solutions concrètes donner le deuxième sommet économique en présence des chefs d’Etat en Egypte dont le but d’intensifier les relations économiques entre les pays arabes ?

    L’esprit des principaux dirigeants arabes sera certainement préoccupé par les évènements de la Tunisie. Combien n’avons-nous pas vu l’accueil en fanfare relayé par les télévisions officielles et les embrassades entre les dirigeants arabes sous le slogan nous sommes tous frères.

    Cette présente contribution essaie de monter qu’existe un large fossé entre les discours et la dure réalité économique marquée par la mondialisation des échanges. Et qu’il ne suffit pas d’aborder le volet économique en occultant l’essentiel le volet politique à savoir la démocratisation des régimes arabes.

    1- La superficie du monde arabe est de 15 434 156 km², soit presque 3,53 fois la superficie de l’Union européenne et 3,02 % de la surface du monde.

    Le monde arabe couvre des musulmans, sunnites et chiites, qui suivent quatre écoles juridiques : malikite, shafîte, hanbalite et jafarite. Le monde arabe se divise en pays du Machrek et les pays du Maghreb. La population a évoluée de 92 millions en 1960 à 236 millions en 1994, et à 272 millions en 2000 et selon les statistiques récentes qui ne sont pas toujours fiables est évaluée à plus de 380 millions d’habitants.

    Et cela sur plus d’un milliard et demi de musulmans, dont le nombre est surtout localisé en Iran, Indonésie, Pakistan et le BenglaDesh. Le PIB des 22 pays membres de la Ligue arabe qui n’était en 1998 que de 531,2 milliards de dollars (était inférieur à celui de l’Espagne) de 1050 en 2005 dépasse pour la moyenne 2006/2009 1400 milliards de dollars. Mais, sous réserve d’un calcul correct du PIB qui omet souvent dans les pays arabes la sphère informelle prépondérante, le sous évaluant. Par rapport au PIB mondial d’environ, moyenne 2007/2009 les 50.000 milliards de dollars, cela représente moins de 3% et si l’on soustrait les hydrocarbures ce taux est moins de 1%.

    Cependant ce PIB global voilent d’importantes disparités avec à la fois des richesses disparates (pouvant les diviser entre ceux qui ont du pétrole et ceux qui n’en ont pas ou très peu ) et des pays ayant une population élevée ( Soudan Egypte, Algérie, Maroc ) et des micro- populations avec 700.000 à 2 millions d’habitants pas plus notamment certains pays du Golfe. Mais l’indicateur PIB global même calculé par pays peut voiler d’importantes disparités socio- professionnelles et des déficiences en matière d’éducation, de santé et l’indice du développement humain élaboré par le PNUD me semble plus fiable.

    Selon un communiqué publié le 7 janvier 2008 à Tunis par l’Organisation pour l’éducation, la culture et la science de la Ligue arabe (ALECSO), le nombre d’analphabètes dans les pays arabes est de 99,5 millions de personnes, ce qui représente 29,7% de la population du monde arabe et paradoxalement avec un exode de cerveaux de plus en plus élevé.

    Ce sont les personnes âgées entre 15 et 45 ans qui sont les plus touchées par l’analphabétisme (75 millions), selon l’ALECSO, que les femmes étant le plus touchées par le taux d’analphabétisme et sur la moitié de cette population, les femmes sont maintenue à l’écart de la vie sociale. La population urbaine, dépassera 400 millions d’individus vers l’année 2020, généralement pauvre (1 Arabe sur 5 vit avec moins de 2 dollars par jour) et souvent sous-employée (12 millions de chômeurs estimés en 1995, soit 15% de la population active, et cette urbanisation est extrapolé à 25 millions en 2010.

    2-Tout privé qu’il soit algérien, américain, européen, asiatique ou arabe est mu par la seule logique du profit car dans la pratique des affaires, il n’y a pas de sentiments de fraternité.

    Si un privé soutient l’action gouvernementale c’est qu’il trouve avant tout ses intérêts et il faut se méfier de ces phrases pompeuses sournoises « j’investis en Algérie pour le bien être de la population algérienne », car cela va dans le sens contraire de la logique de l’entreprise. C’est dans ce cadre que rentre cette modeste contribution, l’intégration des économies arabes : entre le rêve et la réalité.

    Combien n’avons-nous pas vu l’accueil en fanfare et les embrassades entre les dirigeants arabes sous le slogan nous sommes tous frères. Dans tous leurs discours les dirigeants arabes parlent d’intégration, invoquant souvent un mot contraire à la pratique des affaires ou n’existe pas de sentiments, tout entrepreneur digne de ce nom, investissant dans une espace et segment donné à l’ère de la mondialisation là ou le taux de profit est maximum tenant compte des contraintes politiques et socio- économiques.

    Business is business comme aiment à le dire franchement les Américains. Les dirigeants Algériens privilégiant parfois le sentimentalisme pour des raisons historiques, ont eu à le subir souvent à leurs dépens.

    3- Dans ces conditions peut-on parler d’une zone de libre échange arabe ? La ligue arabe a souvent abordé ce sujet important celui de la zone de libre-échange arabe notamment et notamment l’homogénéité des accords bilatéraux arabes avec les dispositions de la zone de libre-échange arabe, la coopération douanière arabe, le parachèvement du système de transit entre les pays de la région et la finalisation du processus de libéralisation du commerce ainsi que les retombées de la hausse des prix des produits de large consommation sur le niveau de vie du citoyen arabe.

    Lié à ces aspects non moins importants l’examen du plan de développement de l’éducation, de l’enseignement et de la recherche scientifique dans le monde arabe, dans le cadre du suivi de l’application de la décision afférente du sommet arabe de Ryadh.

    Or force est de constater que ce sont des discours et qu’il n’y a pas de vision commune à l’instar de ce qui se passe au Moyen Orient concernant la question du conflit israléo -palestinien ou le conflit du Darfour au Soudan.

    Aussi l’intégration des économies arabes pour le moment n’est un vœux pieux dans la mesure où les échanges interarabes représentant moins de 9% de leurs échanges globaux, préférant selon leurs affinités politiques, les USA et la Grande Bretagne pour les pays du Moyen Orient, l’Europe pour les pays du Maghreb. Pour preuve, selon les données d’avant la crise d’octobre 2008 environ 1200 milliards de dollars de capitaux arabes étaient entreposés au niveau des banques se trouvant à l’étranger (et personne ne peut donner de leçon de nationalisme à l’autre au sein des pays arabes y compris l’Algérie qui a déposé une grande part de ses fonds à l’étranger, plus de 80% selon les déclarations du Ministre des Finances algérien fin décembre 2008 à l’APN ) et que certaines estimations donnent une perte de plus de 500 milliards de dollars.

    Un chiffre qui trouve son explication principalement par le fait que les pays arabes détiennent des réserves importantes de pétrole et accessoirement de gaz, comme le Qatar , plus de 10% et 3% pour l’Algérie contre plus de 55% l’Iran et la Russie. Aussi, dans leur grande majorité, les économies des pays arabes ne sont pas complémentaires mais souvent concurrentes, surtout dans le domaine du pétrole et du gaz.

    Pour ma part, je pense qu’il faille commencer par le commencement, l’intégration du Maghreb arabe, région ayant les atouts d’une intégration économique, qui est au point mort, malgré de beaux discours, pourrait être le prélude à une dynamisation dans une seconde phase des autres économies arabes.

    4-Les pays arabes doivent d’abord améliorer leur gouvernance avant d’aller à l’intégration. C’est que dans la majorité des pays arabes la gouvernance, l’Etat de droit et l’avancée pour la démocratie, certes devant tenir compte leur anthropologie culturelle laisse à désirer.

    La bonne gouvernance reste cette capacité intrinsèque que possède une société à produire la politique et à faire ressortir à chaque fois la force de l’arbitrage pour piloter les clivages et contenir les contradictions débordantes.

    Car les quarante dernières années qui ont marqué la vie politique et économique de bon nombre de pays arabes nous réconfortent aujourd’hui dans notre conviction qui consiste à dire que le développement n’est pas une affaire de quincaillerie industrielle, de signes monétaires tant par l’importance des réserves de change ou de dépenses monétaires sans se soucier de la démocratisation qui conditionne la bonne gestion.

    Cela doit concerner avant tout la bonne gouvernance, la moralité des institutions par la lutte contre la corruption qui prend es proportions alarmantes dans le monde arabe, la considération du savoir, le respect et la promotion de la femme, la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident grâce au dialogue des cultures, qui a fait la prospérité du monde arabe et musulman en général à une certaine période historique.

    Cela passe par une visibilité dans la démarche, une politique socio-économique cohérente, des pays arabes, permettant de concilier l’efficacité économique et l’amélioration du pouvoir d’achat de la majorité tenant compte des nouvelles mutations très rapides du monde où toute Nation qui n’avance pas recule.

    La bonne gouvernance se conjugue toujours au présent et se chante selon les hymnes des cultures et vit comme une harmonie entre la force et la politique.

    La bonne gouvernance se vérifie dans la vision et les convictions des vrais acteurs et leurs capacités réelles à entreprendre les actions appropriées et engager la société dans la voie de l’efficacité et de la modernité fécondes et intelligentes. C’est ça le principal défi des nations arabes.

    Aussi, cette intensification des échanges entre les pays arabes est largement conditionnée par la démocratisation de leurs régimes. Pour l’instant force est de reconnaitre que cela est un mythe.

    Professeur Abderrahmane MEBTOUL, Expert international en management stratégique



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