Histoire/ Chamyl Boutaleb: « La lutte contre l’esprit Daech se trouve dans la philosophie de l’Emir Abdelkader »

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Docteur d’Etat en médecine, écrivain, conférencier et chercheur dans les archives Ottomanes à Istanbul, en Turquie, Chamyl Boutaleb est également président de la Fondation Emir Abd-El-Kader, cette institution qui occupe une place incontournable dans le paysage culturel algérien et qui vit, ces dernières années, de nombreux problèmes internes entravant son rayonnement. Chamyl Boutaleb parle,ici, à cœur ouvert de ces problèmes et raconte les dessous des manœuvres hostiles qui cherchent à paralyser cette importante fondation. Il brise des tabous et éclaire notre lanterne au sujet des très controversées relations entre l’Emir Abdelkader et la France. Chamyl Boutaleb, de la 5ème génération des descendants directs de l’Emir, explique enfin que la jeunesse algérienne saura comment lutter contre la pensée radicale et fanatique de « Daech » en se nourrissant de la philosophie de cet héros national. Entretien.

Algérie Focus: Chamyl Boutaleb, vous êtes président de la fondation Emir Abdelkader et arrière petit-fils de l’Emir, pouvez-vous nous dire ce qu’il reste aujourd’hui réellement de l’héritage de cette figure incontournable de notre histoire ? 

Chamyl Boutaleb: L’Emir Abd-El-Kader avait très tôt pris conscience des progrès inattendus réalisés par l’Europe du 19e siècle et de la nécessité de réformer les sociétés musulmanes en général, et la société algérienne en particulier, pour qu’elles puissent se mettre au niveau d’évolution requis par l’époque et ceci dans la fidélité à leurs valeurs identitaires. Les événements qui ont jalonné sa vie, constituent pour un observateur attentif des sources indéniables d’inspiration dont les principes d’action auraient pour nous valeur d’exemple et dans lesquelles on peut y découvrir des pistes de réflexion ou, peut-être même, des propositions qui viendraient éclairer notre quête pour concilier le respect de nos valeurs authentiques avec la nécessité d’intégrer les apports incontournables de la modernité occidentale. L’évocation justement de cette mémoire de l’Emir Abd-El-Kader doit rester vive dans l’esprit de chaque Algérien et méditer sur l’héritage politique, civilisationnel et spirituel qu’il nous a laissé, afin de rendre hommage à ce grand homme exceptionnel de génie, bâtisseur de l’Etat-nation moderne algérien, symbole de la résistance et de notre unité nationale et symbole de la jeunesse. Les objectifs de l’Emir étaient basés sur la volonté de la nation, l’incarnation du djihad pour la libération du pays et l’organisation de l’Etat.

Comment expliquez-vous que les jeunes Algériens ne connaissent que très peu de choses de l’Emir Abdelkader ? Comment jugez-vous l’enseignement de l’histoire de l’Emir dans notre programme scolaire ? 

Depuis le 5 juillet 1966, lorsque le président Boumédiène avait promis que la sépulture de l’Emir à El-Alia n’était que provisoire, en attendant la construction d’un mausolée, la jeunesse algérienne attend toujours ce geste tant espéré afin de redonner sa place prépondérante à l’Emir pour lui rendre un hommage définitif et redonner confiance au peuple algérien. Les gouvernements successifs n’ont même pas offert le minimum à notre héros national pour que l’évocation de ce grand homme pieux, grand chef d’Etat, grand moudjahed, reste le symbole de la résistance algérienne; pour qu’également le génie de cet homme, qui regroupait en lui toutes les qualités (l’amour de l’islam, la dignité, la tolérance) s’impose à nous par le progrès, la science et l’exercice d’une démocratie véritable; pour qu’enfin nous nous nourrissions de son message plein d’universalisme ! En insufflant la résistance dès qu’il fut élu à la magistrature suprême, l’Emir a voulu préserver avant tout la liberté politique de son pays et de ses habitants, laquelle lui paraissait difficilement séparable de la notion de souveraineté. Toute politique suppose une vision et une idée de l’homme car il s’agit dans l’exercice du pouvoir de le servir, de l’élever, de le conduire dans la plénitude de son épanouissement.  Cette vision était celle de l’Emir. Malheureusement elle n’a jamais été suivie. La conjoncture va lui permettre de se révéler, de montrer et de démontrer que l’homme, pour son épanouissement, a besoin de la liberté comme la plante a besoin du soleil.

Pour concrétiser cette liberté, l’Emir s’appuie sur les personnalités influentes du pays et ne prend jamais une décision, même en temps de guerre, sans discussion et consultation préalable de son Medjless Echoura. C’est la vraie démocratie imaginée et mise en application par lui, qui est le régime des peuples majeurs et heureux. C’est à l’originalité et la réussite de l’Emir qui a su, pendant dix-sept ans, lutter pour préserver d’abord son pays de la domination coloniale, construire, rénover en vue de l’institution d’un état fort, capable de se discipliner mais également garant des libertés des citoyens. A l’aube du 19e siècle, l’Emir aspire et prépare une nouvelle civilisation en défendant la liberté politique alors qu’elle n’était pas encore inscrite dans des codes ou déclarations universelles. En s’entourant aussi de conseillers de très hautes qualités morales, l’Emir, le croyant musulman convaincu, donne l’exemple d’un homme tolérant et libre d’esprit. L’Emir est le meilleur exemple pour les protagonistes des troubles dominés par la haine et l’intolérance que vit le monde actuel. Mohammed-Cherif Sahli écrira fort justement que « l’un des grands mérites de l’Emir fut d’avoir compris qu’en matière de civisme, il ne suffit pas de prêcher, mais qu’il fallait donner l’exemple à la fois aux serviteurs de l’Etat et à la population; il imposa à sa famille et à son entourage un train de vie simple et austère en harmonie avec celui des masses Algériennes ».

Aucun de ses « successeurs » n’a donné le bon exemple. Bien plus, tous choisirent leurs commis parmi les « inconditionnels », des thuriféraires qui se préoccupent davantage des prérogatives de leur fonction que du bien public.

Il est indéniable que dans nos manuels scolaires, l’Histoire est très mal enseignée au niveau des deux premiers paliers, l’Emir n’y occupant que cinq lignes qui prêtent à équivoque, en déclarant d’une manière aussi péremptoire qu’erronée, surtout à l’adresse de jeunes enfants que notre héros national, pieux musulman, cheikh et imam, s’est ‘’rendu’’ à la France en omettant de signaler (à mauvais escient) que tout musulman ne ‘’vient que d’Allah et on ne se rend qu’à Allah’’. La charte d’Alger donne pourtant une place éminente et supérieure au héros national qui se doit impérativement être mieux enseigné par de bons historiens et de vrais patriotes, car le référent dans le sens le plus moderne du terme pour notre jeunesse c’est incontestablement l’Emir Abd-El-Kader comme symbole de la résistance et de notre unité nationale, fondateur de l’Etat Algérien.

En ce sens et depuis plusieurs années, l’Etat a failli à sa mission de sauvegarde de l’image inaltérable de l’Emir Abd-El-Kader et notre jeunesse en paye le prix fort.

Certains Algériens vont jusqu’à affirmer que l’Emir Abdelkader n’est guère un héros parce qu’il s’est rendu à la France ! Qu’avez-vous à répondre à ces Algériens ?

Les réflexes du ‘’colonisé envers ses colonisateurs’’ perdurent même jusqu’à nos jours et précisément par ceux-là même qui doivent défendre le symbole fondateur de l’Etat moderne algérien. Car si on suit les raisonnements farfelus et mesquins, à la limite du blasphématoire de ces ‘’nostalgiques’’ d’ici ou de là-bas, et qui se permettent de diminuer les actions de l’Emir tout en ayant des arrières pensées machiavéliques (nawaya khabitha), pour ces gens-là, l’Emir n’aurait jamais dû exister. Oui, mais on le remplacerait par qui ? Il se trouve qu’il est l’un des trois hommes exceptionnels qui ont marqué le 19siècle et ces dénigreurs voudraient l’effacer de notre mémoire par leurs actions néfastes, subjectives, ridicules, mais ô combien tentaculaires, personnages en mal de grands hommes et qui véhiculent depuis plus d’un siècle et demi l’idée que l’Emir ne pouvait être que ‘’l’ami de la France’’ dans le sens le plus péjoratif du terme s’entend. D’ailleurs quelques photographies de propagande n’hésitent pas à le montrer bardé de plusieurs kilo de médailles alors qu’en réalité il n’en avait reçu que six pour son action de sauvetage humanitaire de plusieurs milliers de chrétiens menacés de mort à Damas. L’Emir s’est certes ‘’rendu le 23 décembre 1847 au rendez-vous’’ donné pour finaliser l’armistice ; mais au mot ‘’s’est rendu à…tel endroit’’ on a donné le sens de… ‘’reddition’’. La France coloniale a falsifié l’histoire de l’Emir Abd-El-Kader.

Il est de notre devoir de dire et d’écrire la vérité historique sur les plus grandes supercheries qui ternissent la mémoire de l’Emir, fondateur de l’état Algérien dans le sens le plus moderne du terme et symbole de notre unité nationale, deux entités fondamentales et incontestables. C’est pour nous un devoir de ‘’mémoire » que de dire les ‘’vérités » sur cet homme universel qui a fasciné tant de générations d’écrivains, chacun plagiant les erreurs des autres, tout cela pour rayer des mémoires collectives le parjure français d’un accord survenu un certain 23 décembre 1847. L’Emir n’a jamais eu de mains tachées injustement du sang de ses coreligionnaires. Il n’avait qu’un seul ennemi : l’envahisseur français et ses affidés qui le combattaient. On ne doit pas jouer avec les mots en histoire car comme l’a dit Goethe, ‘’il suffit tout simplement de dire le vrai d’une manière étrange pour que cet étrange finisse par sembler vrai à son tour ». La charte d’Alger de 1964 était dans le vrai lorsqu’elle énonçait :  »Sa volonté (celle de l’Emir) de moderniser le pays en posant les fondements d’une économie moderne se heurta aux tendances antinationales des chefs locaux ». Mostefa Lacheraf, dont tout le monde connaît l’érudition et le patriotisme, affirmait  »que l’Emir fondait un véritable état algérien et détruisait la féodalité ».

Depuis le 23 décembre 1847 jusqu’à nos jours, la France a façonné notre histoire en général, et l’histoire de l’Emir Abd-El-Kader en particulier, à sa manière, aidée et relayée en cela par ses thuriféraires d’ici, lesquels ne se privent pas de toucher à l’intégrité de la mémoire et de la personnalité du symbole de notre unité nationale soit par la falsification, l’injure, la profanation ou la récupération.

Alors là, moi ce qui me chagrine le plus c’est cette phrase aussi péjorative qu’incorrecte, aussi gratuite que dénotant une certaine compréhension incomplète de la part de ceux qui ont le devoir de tout faire pour ne pas ternir la mémoire du fondateur de l’Etat-nation moderne algérien, et c’est une erreur monumentale que de dire ou écrire : ‘’l’Emir s’est rendu à la France’’.

Avec la copie conforme à l’originale de la lettre de l’Emir à Lamoricière, datée du 21 décembre 1847, document en notre possession, avec la lettre de Lamoricière au Duc d’Aumale du 22 décembre 1847 et celle de Louis-Napoléon Bonaparte du 16 octobre 1852, nous pouvons démontrer qu’il y a bien eu négociations pendant quatre à cinq jours entre l’Emir et Lamoricière pour l’arrêt conditionnel des combats, armistice qui n’a pas plu au maréchal Guizot (ministre de la guerre) qui s’est exclamé devant le roi Louis-Philippe : ‘’L’on ne détruit pas un grand homme à la tête de sa nation tant qu’on ne l’a pas tué ou capturé. Or, nous n’avons pas tué l’Emir, nous ne l’avons pas capturé. Cet accord est une défaite pour la France’’. Comment faire alors ? L’astuce est vite trouvée.

Dire que l’Emir s’est rendu à la France et le mettre en prison. Le temps fera oublier ce parjure. Après une captivité aussi dure qu’injuste, incarcéré dans des conditions lamentables et déshonorantes pour la France, leur faisant subir le plus grand des parjures, celui d’avoir failli à la parole donnée, le 16 octobre 1852, l’Emir et ses compagnons furent libérés par Louis-Napoléon Bonaparte en ces termes : ‘’Abd-El-Kader, je suis venu vous annoncer votre mise en liberté…Depuis longtemps, vous le savez, votre captivité me causait une peine véritable, car elle me rappelait sans cesse que le gouvernement qui m’a précédé n’avait pas tenu les engagements pris envers un ennemi malheureux; et rien à mes yeux de plus humiliant pour le gouvernement d’une grande nation, que de méconnaître sa force au point de manquer à sa promesse… Vous avez été l’ennemi de la France, mais je n’en rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère, à votre résignation dans le malheur ; c’est pourquoi je tiens à l’honneur de faire cesser votre captivité…’’

La prétendue adhésion de l’Emir Abd-El-Kader à la franc-maçonnerie est une des plus grandes duperies et manipulations qu’il est du devoir de tout intellectuel arabe et musulman de faire connaître. Bruno Etienne, ‘’grand maître’’ de la franc-maçonnerie, voyait celle-ci partout. Il n’a cependant pu présenter aucun document écrit de la main de l’Emir prouvant son appartenance incontestable à cette société secrète, ce qui est étrange quand on sait que la correspondance de l’Emir s’élève à des dizaines de milliers de lettres. Même si on admet l’initiation de l’Emir, il n’y a aucune trace de correspondance ou de quelque type de relation que ce soit. Etrange !!!

Quant à la lettre-réponse de l’Emir aux questions qui lui ont été posées par la confrérie, ce sont des réponses qui ne dérogent en aucun point au ‘’3ilm el qalam’’ tel que l’ont connu nos ancêtres. Un autre point faible de la thèse est bien sûr ‘’l’initiation par procuration’’. L’Emir aurait été initié par la loge Henri IV mais via la loge alexandrine, ce qui fait intervenir encore plus de suspicion sur ce point. Et encore, l’inconsistance de la thèse réside principalement dans le manque de sources indépendantes pour confirmer la thèse d’Etienne qui est incapable de présenter d’autres documents que des archives de sa secte.

D’un autre côté, son objectif est avoué entre les lignes, quand il insinue de façon sournoise la soi-disant relation entre ‘’Ennahda’’ et la franc-maçonnerie via l’Emir, El Afghani et Abdou. Enfin, quand on sait que Bugeaud, le bourreau des peuples, était franc-maçon, je pense qu’il n’y a que les maçons qui soutiennent mordicus cette thèse farfelue de la soi-disant appartenance de l’Emir à la maçonnerie… Connaissant l’estime et la considération que vouent tous les peuples d’Afrique du Nord à cet illustre homme de foi, homme de lettres et militant, les Francs-maçons veulent par leur geste rappeler que si le plus populaire des Maghrébins était maçon, il n’y a pas de quoi rougir pour le devenir ou pour critiquer n’importe quel musulman après lui pour son adhésion à la franc-maçonnerie.

Le monde en général, et l’Algérie en particulier, sont confrontés à la menace terroriste incarnée par la pensée extrémiste de Daech. Que peut apporter le soufisme de l’Emir Abdelkader comme réponses à cet extrémisme intégriste qui menace notre avenir ? En quoi la philosophie de l’Emir Abdelkader peut nous aider à lutter contre l’esprit criminel de Daech ? 

L’Emir était ‘’chrif’’ et ‘’mrabet’’, cheikh et imam. Il a été initié par son père à la Tariqa El Qadriyya qui était la première tariqa de l’histoire musulmane. Grâce à son père, il était déjà rattaché (grâce à Sidi Mortadha Ezzabidi d’Egypte) à la Silsila El-Akbariyya, du nom du plus grand interprète musulman de la doctrine métaphysique, Cheikh El-Akbar, Aboubekr Mohammed Mohieddine Ibn Arabi. Enfin, c’est lors de son long périple en Orient que El-Hadj Abd-El-Kader devint, à Damas, disciple du grand Cheikh Khalid Ennaqshbandi et à la Mecque, il eut pour maître le grand Cheikh Echadili, Mohammed Ben Mess’oud El-Fassi Echadili, descendant spirituel du fondateur de la Madaniyya, Cheikh Abou-Mediène Cho’aib Ben El-Husein El-Ansari (El-Qotb El-Ghaouth).

Le message universel de l’Emir et sa dimension intellectuelle ont rendu cet homme extraordinaire comme l’un des plus grands ‘’intellectuels’’ du 19e siècle, auteur d’une Som’aa métaphysique que sont ses ‘’Mawaqifs’’ ou ‘’le livre des haltes’’, qui sont des ‘’écrits spirituels’’, dans lesquels nous retrouvons au chapitre de ‘’l’imitation du Prophète’’ (saws) une infime partie de son message qui résume cette sorte de syncrétisme, d’universalisme dont il s’inspire : ‘’Les gens de notre voie (qu’ALLAH  soit satisfait d’eux) n’ont jamais prétendu apporter quoi que ce soit de nouveau en matière spirituelle, mais seulement découvrir dans la tradition immémoriale des significations nouvelles’’, c’est en ce sens que le soufisme est une réponse cinglante et sans équivoque à l’intégrisme. D’ailleurs, l’Emir était contre toute forme d’intégrisme qu’il combattait dès qu’il apparaissait sous quelque forme que ce soit. La lutte contre l’esprit criminel de ‘’Daech’’ se trouve dans la philosophie de l’Emir et l’étude de ses ‘’mawaqifs’’.

En ces temps obscurs, nous constatons que la Fondation Emir Abdelkader est pratiquement absente sur le terrain ! Et pourtant, ce ne sont pas les défis qui manquent pour réhabiliter l’héritage de l’Emir. Qu’est-ce qui explique réellement cet immobilisme ? 

Depuis un certain temps, un regain d’activités, je dirais plutôt d’activisme, ici chez nous en Algérie, mais aussi de l’autre côté de la Méditerranée, plus particulièrement en France, se concentre autour de l’Emir Abd-El-Kader. Récupération pour certains, sur fond de falsification pour d’autres, se fait autour de cette pyramide universelle, cette pyramide intellectuelle dans toutes ses dimensions éso et exotériques, depuis 2001 soit depuis la fin de la présidence de la Fondation Emir Abd-El-Kader par S.E. M. Idriss Jazairy. Le 24 mai 2012, les membres de toutes les sections de wilaya de la Fondation Emir Abd-El-Kader ont élu à l’unanimité, lors de l’assemblée générale extraordinaire élective de la Fondation Emir Abd-El-Kader, le Dr Chamyl Boutaleb comme 4e président de cette noble association. S.E.M. Idriss Jazairy en est le président d’honneur tout comme M. Mohamed Boutaleb, comme le prévoient nos statuts.

Malheureusement, ce dernier n’a pas accepté le résultat du vote, empêchant par la suite, les nouvelles instances dirigeantes élues d’assumer leurs fonctions, faisant fi du respect de la démocratie et de la rotation dans l’exercice des responsabilités au sein de la fondation. Ce principe a d’ailleurs été respecté par les deux premiers présidents de la Fondation, Maitre M. Ferhat et son S.E. M. I. Jazairy. Par manque de moyens financiers, les activités de la Fondation Emir Abd-El-Kader que je préside ont été réduites, avec regret, aux seules commémorations dans des conditions minimales et quelques conférences en Algérie et en France (Centre Culturel Algérien, Grande Mosquée de Paris, Académie des Sciences, entre autres institutions). Ce semblant d’immobilisme est dû principalement aux lenteurs administratives pour l’octroi de l’agrément national, alors qu’un dossier complet de mise en conformité avec la nouvelle loi 12-06 sur les associations a été déposé en bonne et due forme le 23 octobre 2012. J’ose espérer que les instances compétentes nous accorderont l’agrément et l’assistance nécessaires au début de cette année 2016, pour faire mieux connaitre à notre jeunesse les moments forts de la vie et de l’œuvre du symbole de la jeunesse et de notre unité nationale qu’était l’Emir Abd-El-Kader.

Selon vous, quelles sont les leçons que les jeunes algériens de 2015 doivent tirer de la vie, pensée et parcours de l’Emir Abdelkader ? 

L’Emir Abd-El-Kader a été porté à la magistrature suprême dès l’Age de 24 ans. A 25 ans, il signe un ‘’traité’’ avec le général Desmichels. A 26 ans, il affrontait les colonnes (2800 hommes) du général Trézel composant la plus forte armée de l’époque (armée Napoléonienne). A 29 il signe un deuxième ‘’traité’’ avec le Général Bugeaud. Il aura combattu l’armée coloniale française durant 17 années, lui usant 142 généraux, 16 ministres de la guerre et cinq princes de France. Il a été épaulé par 17 khalifas aussi prestigieux les uns que les autres, issus de toutes les régions d’Algérie. Le plus jeune des djoundi était âgé de 16 ans, le plus âgé avait 29 ans…

Notre jeunesse actuelle doit avoir le respect de nos valeurs authentiques dans le progrès, la science et l’exercice d’une démocratie véritable pour préserver, avant tout, la liberté politique de notre pays et de ses habitants, liberté difficilement séparable de la notion de souveraineté. Le travail et la discipline des jeunes algériens seront les garants des libertés des citoyens. Cette vision est celle de l’Emir, symbole de la résistance.

Dites-nous enfin ce que doivent faire les autorités pour ressusciter la pensée de l’Emir Abdelkader ? 

Tout d’abord, les autorités compétentes doivent se pencher sérieusement sur le livre scolaire et donner une place très importante à l’Emir dans toutes ses dimensions, génie militaire, homme d’Etat, poète, philosophe, penseur, ‘’humanitariste’’, soufi.

Deuxièmement, les autorités doivent tenir les promesses données par le président Boumédiène. Aujourd’hui, la jeunesse algérienne attend ces promesses. Le président de la République ne doit pas tenir compte des idées négatives et blasphématoires relayées par les falsificateurs de l’histoire de l’Emir Abd-El-Kader et nous espérons que très prochainement, notre Emir aura et son mausolée et une ‘’journée nationale de la mémoire » ainsi que ‘’dar el-Emir » dans chaque wilaya. C’est le minimum que l’Etat doit offrir à notre héros national.

Entretien réalisé par Abdou Semmar

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