Pour avoir appelé à une “libération religieuse”, plusieurs blogueurs saoudiens sont passible de la peine de mort.

Il s’appelle Raef Badaoui, il a 35 ans et a cofondé un réseau libéral sur le web, “Free Saudi liberals”. Pour avoir proclamé le 7 mai dernier “Journée du libéralisme” en Arabie saoudite, appelant à lutter contre l’emprise du religieux sur la vie publique, cet militant 2.0 est condamné à mort. C’est du moins ce qu’a affirmé son épouse, Ensaf Haidar, qui vit désormais au Liban avec leurs trois enfants, à l’antenne de CNN le 26 décembre. Selon cette dernière, la cour d’appel a déclaré son mari coupable d’abandon public de sa foi, alors qu’il a été condamné en première instance à sept ans de prison et 600 coups de fouet pour insulte à l’Islam. Amnesty International précise, de son côté, que le blogueur saoudien, incarcéré depuis juin 2012, est accusé : “d’avoir écrit de nombreux articles libéraux, dont un sur la Saint-Valentin, une fête proscrite en Arabie Saoudite”. Toujours selon Amnesty International, les autorités saoudiennes reprochent à Raef Badaoui d’avoir “ridiculisé la Commission de la promotion des vertus et de la prévention des vices [la police religieuse]”. L’ONG considère ainsi le blogueur saoudien comme un “prisonnier de conscience qui est détenu pour la simple raison d’avoir exercé son droit à la liberté d’expression”.

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En réalité, Raef Badaoui n’a jamais renoncé à sa religion. Sur son blog, le jeun Saoudien essaye de changer les mentalités en invitant les internautes, non pas à renier leur foi, mais débattre sur différents sujets sociaux et sociétaux. Sur “Free Saudi liberals”, il n’a jamais été question de blasphème. Une subtilité et une invitation au débat qui échappent totalement à l’esprit étriqué des autorités religieuses saoudiennes. En Arabie saoudite, appeler à l’égalité des croyances et encourager une “libéralisation religieuse” équivaut à une hérésie, une apostasie, ce qui est passible, selon la loi de la charia, d’une peine de mort.

Raef Badaoui n’est pas le seul blogueur saoudien inquiété dans le royaume de Riyad. Il y a trois jours, un écrivain libéral saoudien; Turki Ahmad, également actif sur internet, a été arrêté pour des propos sur Twitter. Son Tweet a été jugé offensant à l’Islam, ont indiqué mardi 24 décembre ses proches. Sur le réseau social, l’écrivain saoudien s’est attaqué à ceux qui donnent, selon lui, une lecture extrémiste du “message d’amour” du prophète Mohamed, qui devient des appels à la haine par ceux qui interprètent sa pensée. Il s’est également élevé contre “un islamisme extrême”, un “nouveau nazisme”, qui se profile dans le monde arabe, selon lui. Ces Tweets ont déchiré la communauté des usagers de Twitter en Arabie saoudite, entre ceuxi qui ont pris sa défense et ceux qui ont dénoncé ses propos. Turki Ahmad a été arrêté sur ordre du ministre de l’Intérieur, le prince Mohammed ben Nayef ben Abdel Aziz, alerté par des responsables d’associations religieuses. L’arrestation n’a toutefois pas encore été confirmée auprès du ministère de l’Intérieur.

En 2013, un troisième blogueur saoudien a eu affaire à la justice de son pays pour des raisons religieuses. Hamza Kashgari a été livré en février dernier par la Malaise au royaume de Riyad pour y être jugé pour blasphème. Sa condamnation faisait suite aux propos tenus, encore une fois, sur le site de micro-blogging Twitter, jugés insultants à l’égard du prophète Mohamed. Malgré son repentir, le journaliste-blogueur avait fait l’objet d’appels demandant son exécution.