Le chef d’Etat français Charles de Gaulle a accordé l’Indépendance de l’Algérie. Cette idée reçue est évidemment largement partagée. Mais, qu’en est-il vraiment ? C’est ce à quoi tente de répondre l’historienne, Sylvie Thénault, dans un ouvrage intitulé « Algérie : des événements à la guerre ».

En effet, bien que la réponse puisse paraître évidente pour certains, ceux qui travaillent sur le sujet refusent de tomber dans cette facilité. Ainsi, même si on peut dire que l’arrivée du général de Gaulle a accéléré le processus – aucune étude sérieuse ne retient la thèse d’une possible indépendance sous la IVème République –, la détermination des Algériens à aller jusqu’au bout de la lutte n’est pas non plus à négliger. Malgré les coups durs de l’armée française, l’ALN (armée de libération nationale) parvient toujours à reconstituer ses réseaux.

De toute évidence, pour mieux cerner le sujet, le retour au contexte qui a permis le retour général de Gaulle au pouvoir est requis. En fait, tout commence le 13 mai 1958. A travers la mobilisation de leurs associations, les ultras s’opposent uniment à l’investiture de Pierre Pflimlin comme président du Conseil. Dans un journal alsacien, il a déclaré, quelques mois plus tôt, que tout en étant ferme, il faudrait négocier avec les Algériens. Du coup, son nom a été tout de suite inscrit sur la liste des ennemis de l’Algérie française. Et quand le nom de Pflimlin circule pour succéder à Félix Gaillard, la réponse des ultras ne se fait pas attendre. « A Alger, le rassemblement organisé sur le forum, épicentre de la vie politique, tourna à l’émeute… Eux voyaient en Charles de Gaulle l’homme providentiel pour garder l’Algérie française », note l’historienne.

Appelé à perpétuer le maintien du système colonial, dans le premier temps – et c’est le moins que l’on puisse dire –, le général de Gaulle n’a pas les coudées franches. « Prisonnier de l’armée et de la foule, il prononce des paroles apparemment définitive : ‘dix millions de Français à part entière’, ‘Vive l’Algérie française’ », écrit, pour sa part, Guy Pervillé sur son site internet. Du coup, dans les premiers mois suivant le retour du général de Gaulle au pouvoir, la politique algérienne demeure la même. Et même si ce dernier ne montre pas les signes de rupture, « ceux-là mêmes qui l’avaient ramené au pouvoir par leur coup de force eurent rapidement des doutes », argue l’historienne.

Quoi qu’il en soit, les vrais signes d’ouvertures ne commencent à se manifester que lorsque les institutions de la Vème République sont consolidées. Dans son discours du 16 septembre 1959, le général de Gaulle parle pour la première fois du principe de l’autodétermination. Bien qu’il maintienne l’effort de guerre intact, il évoque aussi l’éventuelle formation d’un « gouvernement algérien ». Cela est bien entendu insuffisant pour calmer les ultras. Ces derniers ne veulent rien entendre. Pour eux, il n’y a qu’une seule politique : le maintien de l’Algérie à la France. Or, le général de Gaulle, après avoir intensifié l’action militaire sur le terrain, veut désormais sortir la France du bourbier algérien. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette nouvelle politique obéit aussi à des contraintes. Car, sur le terrain des opérations et sur la scène internationale, le FLN historique – pas l’actuel où les principes sont troqués contre des privilèges – est omniprésent. En fait, bien que les dirigeants de la révolution algérienne ne tablent pas sur une victoire militaire, leur action diplomatique déstabilise la France. Comme le rappelle si bien l’historienne, « la lutte des Algériens pour l’indépendance prit pour terrain la scène mondiale, où la France fut mise en difficulté et désavouée ».

En somme, il va de soit que le général de Gaulle n’a pas octroyé l’indépendance à l’Algérie. Considérée comme un frein à l’épanouissement de la France, l’Algérie représente un gouffre financier, selon les propres termes du général de Gaulle. Sur le plan international, la France est également isolée. Mêmes les alliés traditionnels souhaitent que la France tourne la page de cette histoire coloniale. Pour toutes ces raisons, estime l’historienne, le général de Gaulle n’a pas donné l’indépendance à l’Algérie. « Il dut gérer un conjoncture difficile, dans laquelle la France était mise en échec, sans perspective de retournement de la situation », conclut-elle. Cela dit, en étant contraint de négocier, cela ne veut pas dire que le général de Gaulle a relégué les intérêts de la France au second plan. Jusqu’à l’ultime round des négociations, la délégation française, mandatée par le général de Gaulle, a exercé une pression intenable pour que la délégation algérienne, mandatée par le CNRA (conseil national de la révolution algérienne) et conduite par Krim Belkacem, accepte ses conditions. C’est peine perdue, puisque les patriotes de l’époque ne jouent pas avec le sang des martyrs. Ce qui est aux antipodes du FLN actuel où l’on se bat à coup de poings pour des postes et des privilèges.

Ait Benali Boubekeur

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