L’allégeance infaillible, une quinzaine d’années durant, de la secrétaire générale du parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, au chef de l’Etat a cédé la place ces derniers mois à la déception devant le fait que Abdelaziz Bouteflika n’ait pas tenu ses promesses de la dernière campagne présidentielle.

S’exprimant ce mercredi à l’ouverture des travaux du bureau politique de son parti, Louisa Hanoune a ainsi déploré, une fois de plus, le « désengagement » du président de la République de ses promesses électorales. Pour elle, « le président renie son mandat ». « Depuis la présidentielle d’avril 2014, on note un virage brutal à droite ultralibérale », estime-t-elle. Et d’argumenter: « Ce virage est essentiellement perceptible à travers une émergence violente de l’oligarchie qui prend place et lieu du secteur public. C’est pour programmer la faillite de notre pays ». La patronne du PT digère mal ou pas du tout « le silence, très lourd de sens, du président sur les dérives actuelles». « Est-ce qu’il est d’accord avec ces dérives dangereuses et mortelles qui s’appliquent en son nom ? » interroge-t-elle. Les dérives sont telles qu’ « un pays, comme l’Arabie Saoudite, s’indigne-t-elle, nous lance des accusations de terrorisme, alors que ce pays est lui-même la matrice du terrorisme ».

Lutte contre la corruption, mission impossible

Le phénomène de la corruption qui ne cesse de prendre de l’ampleur depuis l’arrivée de Bouteflika n’a pas été épargné par Louisa Hanoune. Elle a donc souligné l’incapacité du gouvernement à lutter contre ce fléau. « L’instruction du Premier ministre aux ministres relative à la lutte contre la corruption, le gaspillage de l’argent public et à la déclaration du patrimoine, apparaît comme une farce, et ce avec tout le respect qu’on doit à ses bonnes intentions mais dans un contexte général complètement purifié et gangrené », estime-t-elle, avant de se demander « quel est le ministre qui va l’écouter ou appliquer son instruction? ». Louisa Hanoune estime que « nous sommes dans une période où les gens volent de toute part, c’est carrément la politique de qui peut voler le plus ». D’après elle, il y a « un courant à l’intérieur des institutions qui accepte que l’oligarchie dérobe ». « Ces gens là se trouvent à la Présidence de la République, au gouvernement, dans d’autres institutions et appliquent ce qu’ils appellent la ligne nationaliste. C’est la ligne de la rapine et la prédation », accuse-t-elle.

Paiement par chèque: La 3e tentative va-t-elle aboutir?

Évoquant l’obligation de paiement par chèque dans les transactions d’un millions de dinars et plus, la patronne du PT a lancé des fléchettes en direction des députés FLN, réfractaires à cette mesure. « Ce n’est pas le simple citoyen qui s’y oppose», lance-t-elle en faisant allusion aux puissants députés affairistes de l’ex-parti unique. « Mais, vont-ils pouvoir tenir cette fois-ci ? » interroge-t-elle, le gouvernement étant à sa troisième tentative d’imposer ce mode de paiement.

Une mise au pas de la presse

Louisa Hanoune n’a pas omis, par ailleurs, de dénoncer « les pressions contre la presse et l’attitude de l’ARAV (Autorité de régulation de l’audiovisuel, NDLR) » et d’apporter « le soutien total » du PT à la chaîne KBC.  « C’est cela le totalitarisme et la caporalisation de la vie politique et une mise au pas de la presse pour l’empêcher d’aborder les questions d’intérêt national », analyse-t-elle. Pour Louisa Hanoune, « ces avertissements sont un ordre de l’oligarchie parce il y a toujours le nom d’une personne qui revient ».

« Est-ce qu’on peut imaginer qu’un avertissement soit adressé à l’émission ‘Les guignols ‘en France ? », se demande-t-elle. Et de conclure: « La satire en politique fait partie de la liberté d’expression. Elle comporte du talent, de la finesse, de la créativité et surtout plaît beaucoup aux algériens ».

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